Le big data est-il un danger sociétal ?
Yannick Chatelain
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Le big data est un concept, évoqué pour la première fois en 1997 et popularisé dans les années 2012, visant à exprimer un volume considérable de données. Ces données sont désormais en mesure d'être traitées pour en extraire la substantifique moelle et leur donner du sens. Qui dit big data et recherche de sens, dit algorithmes. En ce qui concerne les algorithmes liés au big data, ils sont, pour caricaturer, les "ouvriers" experts préposés à l'extraction de sens. L'enjeu consiste donc à formaliser la mission qui va leur être assignée.
Le big data qui concerne tant les entreprises que les états est-il un danger sociétal ? Quitte à ne pas souscrire à une "technofacination" béate et passer pour un oiseau rétrograde de bien mauvais augure, commençons par visiter le musée du pire.
Parmi les missions qui peuvent être assignées aux algorithmes du big data, vous serez enthousiasmés d'apprendre qu'à l'heure où j'écris, le big data et la surveillance de masse vivent une véritable idylle. De l'autre côté de l'Atlantique, le FBI se vantait récemment de pouvoir accéder, "quasiment en temps réel, aux 500 millions de publications quotidiennes sur Twitter" [1]. Comme d'autres pays, la France, n'est pas en reste. D'aucuns ont entendu parler des "boîtes noires", "livrées" (sans budgétisation ni mode d'emploi) avec la "loi sur le renseignement". Boîtes noires qui à ce jour ne sont toujours pas mises en place.
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Ces "boîtes noires" représentent-elles un danger sociétal ? Est-ce un danger pour une société que d'avoir quelques individus - une autorité administrative amputée de juge judiciaire - assignant à des algorithmes (à venir) la mission de trier des millions de datas, pour isoler le bon comportement citoyen du mauvais ? Est-il admissible qu'une poignée d'individus s'arrogent la faculté de définir le bien et le mal sur la base de leurs propres valeurs et moralité ? Qu'adviendra-t-il alors si le bien et le mal (perceptible, a priori, par tous et toutes dans ses grandes lignes) et les valeurs qui définissent notre humanité s'inversent soudainement chez celles et ceux qui, sans transparence, seront demain aux manettes algorithmiques ? Les valeurs dans notre monde n'ont-elles pas un jour déjà dérivé jusqu'à s'inverser ?
Yannick Chatelain
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