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OpinionsACT 50

Elections indécises pour Erdogan et son parti en Turquie

reuters.com

Publié le 14 mai 2023 à 09:28 - Mis à jour le 18 décembre 2024 à 19:26

Le president turc tayyip erdogan dans un bureau de vote a istanbul

Le président turc Tayyip Erdogan dans un bureau de vote à Istanbul

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par Can Sezer et Orhan Coskun

ISTANBUL (Reuters) - Les Turcs ont voté dimanche pour le premier tour d'une élection présidentielle très incertaine, qui pourrait mettre fin à 20 ans de règne de Recep Tayyip Erdogan.

L'élection est déterminante pour savoir non seulement qui dirigera la Turquie, membre de l'Otan, mais aussi quelle sera l'orientation politique et économique du pays de 85 millions d'habitants.

Selon les derniers sondages, le candidat de l'opposition, Kemal Kiliçdaroglu du Parti républicain du peuple (CHP), qui se revendique de l'héritage de Mustafa Kemal Atatürk, père de la Turquie laïque, bénéficie d'une légère avance sur Recep Tayyip Erdogan.

Pour être élu au premier tour, il faut recueillir plus de 50% des voix. Si aucun candidat ne parvient à franchir cette barre, ils devront se départager lors d'un second tour le 28 mai.

Les bureaux de vote ont fermé leurs portes à 17h00 (14h00 GMT) mais selon la loi turque, aucune estimation ne pourra être diffusée avant 21h00. Les premiers résultats devraient être connus en fin de soirée.

Les élections présidentielle et législatives se déroulent dans un contexte de grave crise économique mais aussi après le double séisme de février qui a frappé le sud de la Turquie et fait plus de 50.000 morts, selon les chiffres officiels.

"Nous prions pour un avenir meilleur pour notre pays, notre nation et la démocratie turque", a déclaré Tayyip Erdogan, dont l'image a été écornée par les récents évènements, après avoir voté à Istanbul.

RESTAURER LA DÉMOCRATIE

Son rival Kemal Kiliçdaroglu est ressorti tout sourire et sous les applaudissements d'un bureau de vote dans la capitale Ankara.

"J'offre mon amour et mon respect les plus sincères à tous mes compatriotes qui vont voter aujourd'hui. La démocratie nous manque tellement", a-t-il déclaré, égratignant la dérive autoritaire du président sortant depuis la tentative de coup d'Etat dont il a fait l'objet en 2016.

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Restaurer les libertés publiques, c'est aussi la motivation d'un certain nombre d'électeurs de l'ancien haut fonctionnaire, âgé de 74 ans.

"Pour moi, ces élections sont un choix entre la démocratie et la dictature", a déclaré l'un d'eux, Ahmet Kalkan, 64 ans, qui a voté à Istanbul, ville dont Tayyip Erdogan fut le maire. "J'ai choisi la démocratie et j'espère que mon pays va choisir la démocratie."

"On a besoin de changement", a estimé pour sa part Nuri Can, 26 ans, qui a déposé son bulletin dans l'urne à Diyarbakir, ville majoritairement kurde du sud-est de la Turquie où le double séisme de février a été particulièrement dévastateur.

Malgré un contexte difficile, Tayyip Erdogan, 69 ans, continue de bénéficier d'un soutien important, notamment dans les régions conservatrices.

"La situation économique n'est pas bonne mais je continue de penser qu'Erdogan trouvera la solution. Le prestige de la Turquie à l'étranger a atteint des sommets avec Erdogan et je veux que ça continue", a déclaré Hayati Arslan, 51 ans, qui a voté pour le président sortant et son parti islamo-conservateur de la Justice et du Développement (AKP) à Diyarbakir.

"Si Dieu le veut, la Turquie sera un leader mondial", a renchéri un autre partisan du chef de l'Etat, Mehmet Akif Kahraman, devant un bureau de vote d'Istanbul.

FIN D'UNE ÉPOQUE?

Pour la première fois depuis son arrivée au pouvoir en 2003, en tant que Premier ministre puis que président après la réforme de la Constitution et l'instauration d'un système présidentiel en 2017, Tayyip Erdogan semble menacé dans les urnes.

Une des inconnues du scrutin est le choix des cinq millions de jeunes qui voteront pour la première fois cette année.

A la tête d'une coalition hétéroclite de six partis, et soutenu également par le Parti démocratique des peuples (HDP) pro-kurde, Kemal Kiliçdaroglu a promis de revenir, en cas de victoire, à des politiques économiques plus orthodoxes et de ramener le pays vers son passé démocratique et laïque.

Tayyip Erdogan a régné pendant deux décennies sur la Turquie, concentrant les pouvoirs, muselant la dissidence, emprisonnant les opposants et reprenant en main les secteurs des médias, de la justice et de l'économie.

Il a également fait le ménage dans l'armée avec des procès à répétition après la tentative de coup d'Etat militaire en 2016, imputée par Ankara aux partisans du prédicateur Fethullah Gülen, ancien allié de Tayyip Erdogan exilé aux Etats-Unis.

Pendant les derniers jours de la campagne, le président turc a joué son va-tout en multipliant les attaques virulents contre l'opposition, qu'il a notamment accusée samedi de comploter avec son homologue américain Joe Biden en vue de le renverser.

(Avec la contribution de Mehmet Emin Caliskan, Bulent Usta, Ezgi Erkoyun et Deniz Uyar à Istanbul, rédigé ; version française Camille Raynaud et Tangi Salaün)

reuters.com

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