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Échange de prisonniers: Les opposants à Poutine dénoncent leur "expulsion illégale" de Russie

reuters.com

Publié le 02 août 2024 à 20:03 - Mis à jour le 18 décembre 2024 à 16:42

Les dissidents russes ilia iachine, vladimir kara-mourza et andrei pivovarov tiennent une conference de presse apres leur liberation, a bonn

Les dissidents russes Ilia Iachine, Vladimir Kara-Mourza et Andreï Pivovarov tiennent une conférence de presse après leur libération, à Bonn

Leon Kuegeler

Le Quotidien Numérique

04 juin 2026

Photo d'illustration de l'article
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BONN, Allemagne (Reuters) - Vladimir Kara-Mourza et Ilia Iachine, deux des opposants russes libérés dans le cadre du plus grand échange de prisonniers depuis la guerre froide et déportés en Allemagne, ont dénoncé vendredi leur expulsion de Russie qu'ils jugent "illégale", ajoutant qu'ils étaient certains de retourner un jour dans leur pays d'origine.

L'échange, négocié dans le secret depuis plus d'un an, a permis la libération de 24 prisonniers - 16 personnes ont été transférées de la Russie vers d'autres pays tandis que huit autres ont été envoyées en Russie.

Trois des 16 prisonniers qui étaient incarcérés en Russie, Vladimir Kara-Mourza, Ilia Iachine et Andreï Pivovarov, ont participé à une conférence de presse à Bonn, en Allemagne, et exprimé leur gratitude aux gouvernements occidentaux qui ont rendu cet échange possible.

L'opposant russo-britannique Vladimir Kara-Mourza, qui purgeait une peine de 25 ans de prison, et Ilia Iachine, incarcéré depuis 2022 pour avoir critiqué l'invasion de l'Ukraine, ont cependant raconté n'avoir jamais accepté de quitter la Russie, leur pays d'origine.

"Ce qui s'est passé le 1er août, je ne le considère pas comme un échange de prisonniers, je considère cette opération comme une expulsion illégale de Russie contre ma volonté, et je dis sincèrement que plus que tout, je veux maintenant rentrer chez moi", a déclaré Ilia Iachine aux journalistes à Bonn.

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Sa mission désormais, a-t-il ajouté, sera de poursuivre la lutte pour la liberté et la démocratie dans son pays. Il dit avoir reçu des mises en garde selon lesquelles il subirait le même sort qu'Alexeï Navalny, mort en février dans une colonie pénitentiaire russe, s'il rentrait en Russie.

Il s'est engagé à poursuivre son travail "pour la Russie" depuis l'étranger. "Même si je ne sais pas encore comment", a-t-il ajouté.

L'opposant Andreï Pivovarov, ancien directeur de l'ONG Open Russia condamné en 2022 à quatre ans de prison pour avoir dirigé un mouvement politique illégal, s'y est également engagé.

"Nous ferons tout pour rendre notre pays libre et démocratique et pour que tous les prisonniers politiques soient libérés", a-t-il déclaré.

"UN USURPATEUR ET UN MEURTRIER"

Ilia Iachine estime que l'échange, négocié par les États-Unis et l'Allemagne au cours de mois de discussions tenues secrètes avec la Russie, a sûrement sauvé la vie de plusieurs des 16 prisonniers politiques libérés.

"D'autres prisonniers qui ont des problèmes de santé auraient dû être échangés avant moi", a-t-il dit, visiblement ému.

Vladimir Kara-Mourza, lui, était persuadé qu'il ne reverrait plus jamais sa femme et mourrait dans une prison russe. En plus de deux ans d'emprisonnement, il n'a été autorisé à parler qu'une seule fois à son épouse et deux fois à ses enfants, a-t-il expliqué, alors qu'il a passé 10 mois à l'isolement.

On lui avait conseillé d'écrire au président russe Vladimir Poutine pour lui demander de le gracier.

"J'ai dit que je le considérais comme un président non légitime, comme un dictateur, un usurpateur et un meurtrier. Et que je ne signerais aucune demande de grâce, car je ne suis coupable de rien."

Malgré cela, il a été libéré quelques jours plus tard. "Personne n'a demandé notre consentement (...) et pourtant nous sommes là", a ajouté Vladimir Kara-Mourza.

Lorsque l'avion qui le transportait avec les autres personnes libérées à Ankara, la capitale turque, a décollé, raconte-t-il, l'agent qui l'escortait lui a dit de bien regarder (par le hublot) car il ne reverrait plus jamais sa patrie.

"Et j'ai ri", a-t-il dit. "Je lui ai dit : écoutez, je suis historien (...) Je ne me contente pas de ressentir, je ne me contente pas de croire, je sais que je reviendrai dans mon pays. Et ce sera beaucoup plus rapide que vous ne le pensez."

S'il s'est déclaré heureux d'être libre, il a également exprimé des réserves quant aux modalités de son départ, qu'il a aussi qualifié d'expulsion illégale.

Vladimir Kara-Mourza a également expliqué qu'il reconnaissait le fait que le chancelier allemand Olaf Scholz se trouvait face à un dilemme lorsqu'il a été question de libérer Vadim Krasikov.

Libéré jeudi par l'Allemagne après avoir été condamné à la réclusion à perpétuité pour le meurtre à Berlin d'un ex-commandant séparatiste tchétchène, Vadim Krasikov avait servi dans le groupe Alpha, l'unité des forces spéciales du FSB, le renseignement intérieur russe.

L'opération visait "à sauver des vies, et non à échanger des prisonniers", a-t-il estimé. "(Olaf) Scholz est critiqué dans certains milieux pour la décision difficile de libérer l'assassin personnel de Poutine (Vadim Krasikov, Ndlr). Mais les décisions faciles ne viennent que dans les dictatures."

"Il est difficile pour moi de ne pas penser que (...) s'il y avait eu moins de résistance à affronter par le gouvernement Scholz pour libérer Krasikov, alors peut-être qu'Alexeï (Navalny) aurait été là et libre", a-t-il ajouté.

(Reportage Andrey Sychev, Anton Zverev, Christian Lowe, Sarah Marsh, Riham Alkousaa, rédigé par Thomas Escritt ; version française Kate Entringer)

reuters.com

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