Point de vue : les raisons d'être optimiste pour l'Afrique

 |   |  627  mots
(Crédits : dr)
Point de vue Matthias Leridon, président de Tilder et auteur de " L'Afrique va bien ", Éditions Nouveaux Débats Publics.

Événement d'une grande portée symbolique à l'échelle d'un continent longtemps exclu de ce genre de manifestations, belle opportunité économique pour le pays hôte et ses proches voisins, la Coupe du monde de football qui va s'ouvrir en Afrique du Sud nous donnera aussi l'occasion de découvrir une Afrique qui change, vite, et qui n'a pas fini de nous surprendre.

Le discours de déploration, associant l'Afrique subsaharienne à la pauvreté, à la surpopulation et à la violence aurait-il fait son temps ? Il n'entre pas dans mon intention de nier ou de minimiser les problèmes qui continuent de s'y poser, car ils sont encore nombreux. Je tiens simplement à souligner que, depuis plus d'une dizaine d'années déjà, et même si cela se manifeste de manière très inégale selon les pays et les territoires, l'Afrique est bel et bien entrée dans une dynamique positive dont les effets commencent à se faire sentir.

Sur le plan économique, et même si elle tient encore une part très modeste dans le commerce mondial, l'Afrique a durablement renoué avec la croissance depuis le début du millénaire. Un taux de croissance estimé à plus de 4,5 % pour 2010, des prévisions à 6 % ou 7 % pour 2011 : ces chiffres peuvent faire rêver la vieille Europe, fragilisée par l'ampleur des déficits et la mise en oeuvre de plans d'austérité. Selon une étude récente du FMI, le dynamisme économique africain sera une composante non négligeable de la croissance mondiale en 2010, signe que le continent est sorti de son isolement pour entrer de plain-pied dans la mondialisation. Pièce supplémentaire à verser à l'analyse : certains économistes (Alwyn Young) ont établi que les chiffres de la croissance africaine sont sans doute sous-estimés à cause du manque de fiabilité des informations disponibles et de l'importance de l'économie informelle. En ajoutant les correctifs nécessaires, l'Afrique atteindrait des taux de croissance proches de ceux des pays émergents d'Asie ou d'Amérique du Sud.

Signe de ce « décollage » africain qui n'est pas encore perçu dans toute son ampleur : beaucoup d'éléments, considérés autrefois comme des freins au développement, se transforment désormais en atouts. C'est notamment le cas en matière démographique : continent le plus jeune du monde, l'Afrique a déjà franchi le cap du milliard d'habitants et sa population pourrait doubler d'ici à 2050. Cette explosion démographique explique sans doute les difficultés que doivent affronter beaucoup d'États africains. Mais dans un proche avenir, elle fera alors de l'Afrique le premier marché commercial du monde, offrant un débouché indispensable aux pays exportateurs. Le secteur de la téléphonie mobile y a déjà connu une formidable croissance, attirant la convoitise d'investisseurs venus du monde entier. Le portable est en effet devenu un instrument indispensable dans nombre de pays, où il remplace non seulement le téléphone fixe, mais sert aussi d'instrument financier (phénomène du « m-payment »). De manière plus large, l'état de sous-équipement global du continent et la soif de consommation de populations qui sont désormais branchées sur les rythmes mondiaux font de l'Afrique une terre d'avenir et un futur moteur de croissance pour l'économie mondiale.

Ne nous contentons pas d'interpréter ce dynamisme en termes de rattrapage, comme si les Africains n'avaient vocation qu'à être des imitateurs, condamnés à emprunter des voies déjà frayées par d'autres. La réalité est qu'à l'heure où les nations développées doutent de leur propre modèle de croissance, l'Afrique est en train de trouver sa voie propre. Raison de plus pour changer notre regard sur le devenir d'un continent qui pourrait bien devenir une source d'inspiration pour le reste du monde...

 

 

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Commentaires
a écrit le 27/12/2010 à 21:25 :
hiba

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :