Encore en attente de reconnaissance

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Yves Nicolas, DG de PwC France.
Yves Nicolas, DG de PwC France.
Avec plus de 200 000 entreprises, l'économie sociale et solidaire pèse lourd en France et ses valeurs ont le vent en poupe. Mais elle est exclue de nombreux dispositifs publics et demeure méconnue de Bruxelles.

Plus de 10% de l'emploi en France, 2,3 millions de salariés, 217 000 établissements employeurs... Telle est la réalité de cette nébuleuse si mal connue qu'est l'économie sociale et solidaire (ESS), incluant à la fois les coopératives, les mutuelles d'assurance ou de santé, les banques mutualistes, ainsi que la myriade des associations et fondations, actives notamment dans l'aide sociale, les maisons de retraite, les activités de sports et loisirs ou la culture, etc. « S'associer, mutualiser, coopérer est l'expérience commune à ces entreprises gouvernées par les personnes et non par le capital », résume Gérard Andreck, qui préside la Macif et le Ceges (Conseil des entreprises, employeurs et groupements de l'économie sociale).

Nombre de ces entreprises de l'ESS, plongées depuis longtemps dans le grand bain concurrentiel, ont été contraintes de se plier à certaines pratiques.
« Les mutuelles d'assurance et les banques coopératives sont aujourd'hui dotées de règles de gouvernance, d'audit ou de transparence financière du même niveau que leurs rivales du secteur traditionnel, assure Yves Nicolas, le directeur général de PwC France. Quant aux associations, depuis le scandale de l'ARC, elles sont soumises à des contrôles renforcés par des commissaires aux comptes. » Avec ses 1 000 salariés, « le Secours catholique est géré comme une vraie entreprise, indique son président François Soulage. Nous n'avons pas d'obligation de résultats quantitatifs, mais une vraie obligation de moyens. »
La même transparence que les autres, donc. Mais des valeurs différentes, qui constituent de vrais atouts en cette période de crise financière. « Grâce au partage démocratique du pouvoir et de la richesse pro- duite, les entreprises de l'ESS résistent mieux », assure Gérard Andreck. «Elles n'ont pas pris de risques sur les marchés parce que leur statut ne les incitait pas à aller chercher la rentabilité à tout prix, ajoute François Soulage. Et elles ont pu constituer des réserves. » Pour Roger Belot, le président de la Maif, « la crise devrait être une opportunité de valoriser notre modèle. » Ce qui ne veut pas dire qu'elle n'aura pas quelques effets négatifs sur ces entreprises. D'abord parce que l'État commence à lorgner ces réserves. Ensuite parce que, comme l'indique Roger Belot, « nous sommes dépositaires de fonds qu'il nous faut placer. Ces fonds n'auront sans doute pas cette année la rentabilité qu'on aurait pu attendre, malgré notre politique de placement très prudente. » Quant aux associations, elles redoutent un assèchement des subventions.

En quête de reconnaissance

Malgré ces bémols, l'heure reste à l'optimisme. « Ces entreprises ont le vent en poupe parce qu'elles portent des valeurs que les Français sont en train de redécouvrir », se félicite Yves Nicolas. Mais tous espèrent aussi une reconnaissance plus forte de l'ESS dans les rouages de l'économie classique. « Les politiques économiques (aides à l'innovation, dispositifs de financement...) ne sont pas adaptées aux entreprises sans actionnaires », regrette Gérard Andreck. Ainsi, « les soutiens Oseo ne sont pas mobilisables pour des associations », ajoute Marie- Martine Lips, présidente de la Chambre régionale de l'économie sociale (Cres) de Bretagne, qui travaille beaucoup aussi à sensibiliser les dirigeants de société, en particulier ceux qui souhaitent transmettre leur entreprise. « Le rachat par les salariés sous forme de Scop, souvent possible, est toujours envisagé en dernier lieu, explique-t-elle. Il nous faut rassurer ces transmetteurs sur le fait qu'ils obtiendront une valorisation juste de leur entreprise. » Quant à l'Europe, « elle méconnaît et handicape l'ESS », estime Gérard Andreck, pour qui « les règles européennes sur la solvabilité sont inadaptées aux banques coopératives et aux mutuelles d'assurance. »
Une économie très ancrée sur les territoires, susceptible de générer « 500000 embauches dans les dix prochaines années, pour faire face au renouvellement des générations », selon Gérard Andreck, fière de ses emplois non délocalisables : l'ESS a acquis une force certaine. Elle réclame juste un peu plus de reconnaissance.

Le poids de l'économie sociale et solidaire

- 2,3 millions de salariés répartis entre : associations 78,4 % ; coopératives 13,3 % ; mutuelles 5,4 % ; fondations 2,9 %
- 10,2 % de l'emploi français
- 14 % de l'emploi privé
- 217 000 établissements employeurs
- 55 milliards d'euros de rémunérations brutes
Source : CEGES

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