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« Et pourquoi pas créer un ministère de la Femme en Égypte ? »

Propos recueillis par Marion Guénard, au Caire

Publié le 08 mars 2011 à 16:48 - Mis à jour le 08 mars 2011 à 16:48

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Cette égyptienne de 33 ans qui dirige des librairies très prisées des lecteurs francophones, a suivi de près la révolution du 25 janvier. Elle témoigne.

Nourhane Nabil, propriétaire et fondatrice des Librairies Renaissance, au Caire

Comment avez-vous vécu le soulèvement égyptien ?

J'étais très fière. J'ai découvert sur la place al-Tahrir une Égypte jeune, motivée, prête à communiquer avec le monde. Les gens parlaient français, anglais... Les manifestants essayaient de s'exprimer autant qu'ils le pouvaient. Ils étaient très organisés et tenaient bon, malgré les deux discours successifs d'Hosni Moubarak, qui refusait de partir. J'ai trouvé cela très beau car, avant al-Tahrir, nous devenions petit à petit une société individualiste. Nous ne nous parlions plus. On pouvait presque ressentir comme un système de castes. Alors que, le soir de la victoire, tout le monde s'embrassait, pleurait, chantait - musulmans, chrétiens, jeunes, vieux ! Avec la révolution, nous avons mis en avant des valeurs de fraternité, celles que nos parents nous inculquaient. Je sais aussi, cependant, que tout reste à faire. Les Égyptiens ont prouvé qu'ils étaient en fait une grande civilisation en se battant pour leurs droits. Maintenant, il faut reconstruire l'Égypte.

Par quels moyens ?

Les grèves sectorielles doivent cesser. Nous devons arrêter de célébrer la révolution tous les vendredis place al-Tahrir. Il faut avancer et relever la tête. Nous devons reprendre le chemin du travail. Il faut remettre le pays en route pour que les touristes reviennent. En Égypte, c'est un secteur qui fait vivre énormément de familles !

Les événements ont-ils eu un impact immédiat sur vos activités ?

Mes trois librairies sont restées fermées pendant trois semaines ! En tant qu'importatrice, j'avais des fournisseurs à régler à l'étranger en devises étrangères. Or, pendant plusieurs jours, les banques étaient fermées. J'ai une quinzaine d'employés. Mais je n'ai mis personne à la porte et j'ai continué à verser les salaires, à partir de mes fonds propres. J'ai demandé aux éditeurs français de repousser leurs factures d'un mois, ce qu'ils ont accepté. Je leur en suis très reconnaissante. Puis, il y a eu le couvre-feu. Nous avons fonctionné a minima. Nous fermions vers 14 heures, pour que les employés puissent rentrer chez eux en toute sécurité. Depuis le 25 janvier, nous avons donc enregistré une perte sèche. Et maintenant, je crains que la livre égyptienne ne soit dévaluée. Si cela arrive, je serai obligée de fermer...

Cette révolution va-t-elle faire évoluer la condition de la femme en Égypte ?

J'espère qu'il y aura plus de femmes au gouvernement, qu'elles prendront plus de place en tant que cadres dirigeantes. Il reste beaucoup à faire pour les femmes et leurs droits chez nous. Les Égyptiennes ont eu le droit de vote avant les Françaises, mais aujourd'hui, l'inégalité entre hommes et femmes est évidente dans le pays. On pourrait créer un ministère de la Femme, comme en Tunisie. Pourquoi pas ?

Comment envisagez-vous l'avenir ?

La révolution du 25 janvier a commencé sur Facebook. Pour moi, c'est le signe d'une volonté d'ouverture au monde. J'espère que les gens vont, sur cette lancée, avoir l'envie de s'instruire, de se former pour construire un avenir meilleur. Le livre, en particulier en français, n'est pas un produit de première nécessité en Égypte. Si les salaires augmentent, les Égyptiens mettront certainement plus d'argent dans les produits culturels. Car, pour l'instant, la majorité des gens n'a pas le choix : c'est acheter de la nourriture pour ses enfants ou acheter un livre. Ce serait bien que tout ça change. Car c'est grâce à l'enseignement, grâce à l'esprit critique, que l'on avance.

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Propos recueillis par Marion Guénard, au Caire

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