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Économie - La Tribune Région Sud

Philippe Bartier : "La CCI ne doit pas vivre ses rêves, mais aider ses ressortissants"

Carole Payrau

Publié le 20 avril 2016 à 12:43 - Mis à jour le 20 avril 2016 à 12:55

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Président du pôle d’activités de Toulon-Est, l’Afuzi, vice-président de la CCI du Var, il est le premier à entrer dans la course à la présidence de l’organe consulaire varois. Il se pose, d’ores et déjà, comme un candidat de rupture, en voulant replacer le chef d’entreprise au cœur des préoccupations de la chambre.

Vous venez d'officialiser votre candidature à la CCI du Var. Quelles en sont les raisons ?

Ce qui me motive à me présenter en tant que candidat à la présidence de la CCI, c'est un constat, qui tient en quelques chiffres : 14 % d'électeurs aux dernières élections consulaires, 15 et 17 % aux précédentes... On se retrouve avec des taux de participation minimes. La Chambre de commerce et d'industrie compte 52 000 ressortissants, qui s'intéressent de moins en moins à ce qu'il se passe en son sein. Lorsque 85 % créent leur entreprise par la chambre, qui fait figure de passage obligé, 10 % seulement continuent à faire appel à elle par la suite. Tous les autres la désertent ! Ainsi, la moindre chose pour regagner de l'intérêt à leurs yeux, c'est de replacer le chef d'entreprise au cœur de nos projets. D'instaurer avec ce dernier une réelle proximité. C'est ce qu'ils attendent... et c'est vital : la CCI ne doit pas vivre ses rêves, mais aider ses ressortissants. On oublie trop souvent que les entrepreneurs ont la tête dans le guidon, et doivent composer de façon récurrente avec de nouvelles normes, des variantes dans leurs métiers. Aujourd'hui, l'évolution des marchés impacte fortement nos entreprises, déstabilise notre façon de réfléchir, d'agir, de se projeter vers l'avenir. Ce qui était valable hier, ne l'est plus forcement aujourd'hui et les politiques menées jusqu'à maintenant sont à repenser. Pour l'heure, l'offre ne correspond plus.

Est-ce la recette que vous avez développée à la tête de l'Afuzi ? Pour mémoire, vous avez obtenu l'ISO 50001, première nationale pour un parc d'activités, vous œuvrez pour un PDIE, avez mis en place une crèche d'entreprises... L'Afuzi a-t-elle été le laboratoire de ce que vous voulez insuffler à l'échelle de tout un territoire ?

C'est en effet la politique qui a été mise en place sur le parc d'activités de Toulon-Est, fort de 600 entreprises, dont je suis le président. Elle a consisté en le maintien et la gestion d'un environnement social,  économique, environnemental qui leur est favorable. Et lorsque j'ai annoncé ma candidature à nos adhérents, je leur ai dit que j'aimerais que tout notre territoire varois soit à l'image de ce que l'on a construit, depuis 40 ans et avec eux. A l'Afuzi, nous aidons continuellement les chefs d'entreprise dans la vie de tous les jours. Car la proximité, ce n'est pas seulement leur serrer la main et passer son chemin. Je les connais, j'en suis un moi-même, puisque dirigeant des Laboratoires du Sud. Je suis donc à même de comprendre leurs préoccupations.

Plus concrètement, comment s'illustrera la ligne directrice de votre politique ?

Par une meilleure analyse du terrain tout d'abord, et la mise en place d'actions plus en phase avec les demandes de ce terrain. Répondre aux demandes de proximité des chefs d'entreprise, cela veut dire par exemple satisfaire leurs besoins de formations spécifiques. Je pense notamment à la nécessité de leur faire passer le cap du numérique, tous secteurs confondus. Même pour des métiers de service, tels les coiffeurs, ce virage-là est incontournable : dans le futur, on ne prendra pas les rendez-vous autrement ! Cela peut signifier aussi peser sur les banques, les inviter à prendre des risques afin de financer les entrepreneurs... Il faut se demander pourquoi ces derniers ne parviennent pas à s'en sortir aujourd'hui, et agir en conséquence. Si l'on ne s'investit pas pour eux, on va les perdre. C'est à nous d'inventer leur monde.

La proximité avec les entrepreneurs est votre priorité, on le comprend, mais quid des grands projets structurants ?

Il faut bien sûr s'appuyer sur les projets en cours, tels le futur Terminal croisières, dont la première pierre a été posée en 2015 à La Seyne-sur-mer... L'activité croisières constitue une richesse, des retombées financières à capter. Nous devons également nous appuyer sur celles drainées par l'aéroport, totalisant quelque 600 000 passagers. Fab Lab, centrale biomasse... de nombreux projets ont émergé, il nous faut poursuivre dans cette veine, car il y a encore beaucoup à faire.

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On se représente souvent votre territoire comme "coincé" entre les deux grandes métropoles que sont Nice et Marseille... Est-ce le cas ? Quel regard portez-vous sur le tissu économique varois ?

Bien sûr, il y a de part et d'autre, deux grosses métropoles, deux gros aéroports... mais ce n'est qu'un sentiment. Le Var doit continuer à cultiver son identité car il y a de la richesse, et une véritable qualité de vie. Par ailleurs, il faut tenir compte de notre tissu économique, qui a la particularité, à 90 %, d'être composé d'entreprises de moins de 10 salariés. PME et TPE en constituent le véritable creuset : on a tendance à l'oublier, on est un territoire un peu différent des autres... Il n'y a pas de grosses entreprises pour tracter les autres, et c'est justement notre mixité qui nous maintient : l'émergence des nouvelles technologies, notre tourisme, le yachting, la mer, qui constitue un creuset économique important, avec des entreprises et des fédérations de très bonne qualité. Notre économie va bien, elle se portera de mieux en mieux.

Comment envisagez-vous l'avenir, avec les coupes budgétaires qui affectent les CCI ? Est-ce le moment venu pour un nouveau modèle économique ?

Face ces coupes sombres et dramatiques, il faut bien sûr se réinventer. Un gros effort de mutualisation a déjà été entrepris à l'échelle de la CCI du Var, il faut continuer à travailler en ce sens au côté d'autres partenaires qui ont les mêmes problèmes que nous. Avec un maître mot : en finir avec les redondances et les mille-feuilles.

Enfin, comment collaborer avec la Région Paca, qui a vu sa compétence renforcée en termes de développement économique ?

Je cultive de bons rapports avec l'équipe en place. Puis il faut reconnaître que les moyens ont été revus à la hausse. Et que jusqu'ici, la Région s'est bel et bien positionnée sur différents dossiers, n'étant pas regardante à aider Toulon. On peut citer l'exemple du pôle Chalucet (ce chantier de 61 M€, qui va accueillir une série d'équipements publics et privés centrés autour de l'enseignement et de la connaissance, contribue au projet global de réaménagement du centre-ville de Toulon NDLR). Si donc les projets que nous défendons sont pertinents, s'ils correspondent à une réelle demande des territoires, s'ils sont source de croissance, alors nous ferons le siège de la Région, s'il le faut... mais je suis convaincu qu'ils seront derrière nous. A nous donc d'être force de proposition avec des projets porteurs et légitimes.

Carole Payrau

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