L'économiste atterrée Mireille Bruyère prône des droits communs du travail

Florine Galéron
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Pourquoi, selon vous, faut-il aller vers la création de droits communs du travail ?
Le salariat, qui est la forme juridique la plus répandue dans le monde du travail, donne accès à des droits sociaux (allocations chômage, compensation en cas de maladie, congés payés, retraite, NDLR). Or, avec les évolutions socio-économiques et la démographie, il y a de moins en moins de contrats de travail en tant que salarié en CDI et donc beaucoup de personnes ne bénéficient plus de ces droits (par exemple parce qu'elles travaillent sous le statut d'auto-entrepreneur).
Pour faire face à cette précarité, les socio-libéraux et les libéraux proposent de réduire les protections sociales en flexibilisant le travail. Jean Tirole prône par exemple un CDI pour tout le monde avec des droits progressifs au fil de la carrière mais cela signifie une perte d'acquis sociaux pour ceux qui sont déjà en CDI. Nous sommes opposés à cette conception qui revient à réduire les protections sociales en universalisant le droit du travail.
Nous pensons plutôt qu'il faut créer un minimum de revenus garanti au-dessus des minima sociaux actuels permettant de vivre de manière décente. Certaines activités non salariées pourraient donner accès à l'ouverture de droits sociaux, en particulier les initiatives d'économie sociale et solidaire qui contribuent à la création des communs. Ces personnes non-salariées mais ayant contribué à un projet d'utilité sociale (comme par exemple des auto-entrepreneurs ou les membres de coopératives) pourraient bénéficier de l'ouverture de droits à la protection sociale.
Au-delà de ces nouveaux droits monétaires, vous prônez un droit à la formation universelle quel que soit le contrat de travail...
Oui, l'idée est que l'on puisse cumuler des droits à la formation de la même manière, quel que soit son statut : salarié en CDI, en CDD mais également les indépendants. Nous critiquons le système actuel avec le compte personnel de formation (CPF) car nous ne pensons pas qu'il faille individualiser le droit à la formation sur un compte numérique et que les salariés doivent ensuite se débrouiller pour construire leur formation. Cela ne permet pas de réduire les inégalités. Une personne faiblement diplômée et qui a des difficultés à s'organiser n'utilisera jamais ce droit à la formation.
Florine Galéron
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