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Au Maroc, flottement autour de la flottabilité du dirham

Photo de Abdelmalek Alaoui

La Tribune Afrique

Publié le 21 juin 2017 à 06:00 - Mis à jour le 21 juin 2017 à 07:37

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« Je suis mécontent ! Parce que l’on remet en cause la crédibilité de la banque centrale ». Coupant avec le langage d’ordinaire très policé et technique des patrons de banque centrale, Abdellatif Jouahri, Gouverneur de la marocaine Bank Al Maghrib, s’est insurgé hier après midi lors d’une conférence de presse à Rabat contre ce qu’il considère comme une « attaque spéculative » contre le dirham de la part des banques commerciales de son pays. A quelques semaines – voire quelques jours- de l’introduction de...

Selon Jouahri, les banques marocaines  auraient abusé des opérations de couverture de change proposées à leurs clients ces derniers jours, accréditant ainsi la rumeur selon laquelle la monnaie marocaine pourrait être dévaluée, et réalisant au passage pour leur compte des marges sur ces instruments. Du coup, les entreprises se sont ruées au guichet de devises, contraignant la banque centrale à exercer un contrôle ponctuel des opérations afin de s'assurer que ces dernières ne relèvent pas de la spéculation mais correspondent bien à des activités « normales », incluant le versement de dividendes ou le dénouement d'opérations commerciales. Du coup, la machine s'est emballé, et la machine à générer de la rumeur a fonctionné à plein, contribuant à l'accélération du mouvement. De son propre aveu, Abdellatif Jouahri serait d'ailleurs personnellement intervenu auprès des patrons de banques marocaines pour leur demander de mettre un terme à cette spirale. Il faut dire qu'en matière de dévaluation, le vénérable banquier à l'inamovible nœud de cravate « double Windsor » sait de quoi il parle, ayant été ministre des finances du Royaume au début des années 80, précisément lorsque le Maroc fut contraint de dévaluer sa monnaie. Soucieux de préserver la confiance et connaissant l'effet dévastateur de ce type de rumeur, le "Gouv", comme l'appellent ses collaborateurs, a donc voulu tuer dans l'oeuf les bruits qui ont animé les salles de marché du Royaume.

« Aucun risque de dévaluation »

Selon lui, dans le cas d'espèce, il n'y aurait donc aucun risque que le pays ne baisse la valeur de sa monnaie, qu'il estime pour sa part « correctement orientée ». Il est vrai que d'un point de vue strictement technique, rien ne pourrait justifier une dévaluation- et donc un acte régalien volontaire- du dirham, le pays disposant à date de près de six mois de réserves de change ainsi que d'une ligne de précaution du FMI qui lui permet de se prémunir contre un choc exogène conjoncturel. Toutefois, même si le scénario d'une dévaluation est totalement à exclure, celui d'une légère correction du dirham suite à sa flottabilité ne peut, quant à lui être totalement écarté, ce qui pourrait en partie avoir poussé certaines grandes entreprises et leurs banques à vouloir se doter d'instruments de couverture. En revanche, si cette correction « technique » venait à survenir, elle resterait dans des proportions très faibles, la banque centrale marocaine ayant opté pour une flottabilité « partielle et graduelle » qui n'aboutira qu'au bout de plusieurs années.En clair, le risque de baisse du cours du Dirhahm vis-à vis de l'Euro ou du Dollar est contenu.

Un déficit de communication de Bank Al Maghrib?

Bien que les banques aient été pointés du doigt, la responsabilité serait cependant partagée. Ainsi, selon un ancien très haut responsable de la Banque Centrale Marocaine, désormais reconverti dans le secteur privé et contacté par La Tribune Afrique « la responsabilité de cet « effet domino » et de cette fièvre qui s'est emparée du marché est certes à mettre sur le compte des banques commerciales qui ont probablement voulu « tester » l'appétence de leurs clients pour les nouveaux instruments de couverture, mais Bank Al Maghrib porte aussi une part de responsabilité, car la banque centrale a communiqué à minima sur cette réforme majeure, et n'a pas fait œuvre de suffisamment de pédagogie auprès du public, laissant la voie grande ouverte aux détracteurs de la flottabilité, qui ont eu un boulevard devant eux pour développer des thèses qui confinent au conspirationnisme ». Or, toujours selon cette même source : « La réforme est bonne sur le fond et fait consensus auprès des acteurs les plus importants, notamment les bailleurs de fonds multilatéraux, car elle permet au Maroc de transposer sur le plan monétaire son nouveau statut de puissance économique du continent, ouvert sur le monde, et déterminé à devenir le futur dragon africain, mais du point de vue de la méthode et de la pédagogie, Bank Al Maghrib aurait du être en première ligne plutôt que de laisser les banques commerciales expliquer la réforme aux clients ».

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