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Économie - La Tribune Région Sud

Comment les Bouches-du-Rhône doivent voir plus grand

Carole Payrau

Publié le 06 juillet 2017 à 20:41 - Mis à jour le 06 juillet 2017 à 21:15

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La feuille de route de la nouvelle équipe à la présidence de Provence Promotion est claire : aller plus loin en matière de promotion, prospection et implantation. Et se donner enfin des moyens à la hauteur de ses ambitions.

Marseille Provence gagnerait-il à croire un peu plus en lui ? C'est en effet l'observation du tout nouveau président de Provence Promotion, Jean-Luc Chauvin. Car s'il n'hésite pas à mettre en exergue les bons points du territoire, il lui décerne une mention "peut mieux faire" en termes de définition de ses ambitions... mais aussi des moyens qu'il s'octroie. Pour plagier en effet une vieille publicité, Marseille Provence, ce sont souvent les autres, et notamment les étrangers, qui en parlent le mieux... en bien s'entend. "Encore faut-il que nous-mêmes, nous le réalisions. Et que l'on cesse d'être gagne petit. Cela veut dire par exemple être plus visible au salon du Bourget ! C'est en soi révélateur que des territoires n'ayant pas une activité significative en aéronautique étaient présents sur des stands de 1 000 m2, quand la superficie du nôtre était bien inférieure. Assez de nous replier sur nous-mêmes", martèle Jean-Luc Chauvin.

Le digital pour faire la différence

Mais des bons points il y a. Notamment au travers du travail réalisé par l'institution, aujourd'hui passée dans le giron de la Métropole et de la CCI, consécutivement à la loi NOTRe. "Nous comptons en 2016 une soixantaine de projets qui ont abouti, ce qui correspond à la création de 1 240 emplois... et à un bon niveau d'activité. On se situe dans la moyenne supérieure, par rapport à l'objectif que l'on se fixe, à savoir boucler entre 50 et 70 projets annuellement. Quant aux caractéristiques de ceux qui s'implantent ici, ce sont des Américains, des Allemands, des Britanniques... Demain, ce seront des Chinois. Et en termes de secteurs, il s'agit essentiellement de numérique. On observe une certaine polarisation des entreprises qui s'en réclament dans les Bouches-du-Rhône, puisqu'elles représentent près d'un tiers des structures en PACA, contre 12 % en moyenne à l'échelle nationale", dresse Philippe Stéfanini en guise de bilan. Les décideurs venus de l'étranger ne s'y trompent pas, donc : Marseille Provence, c'est bel et bien un poids lourd du digital. Et ce ne sont pas Romain Amido, fondateur de la Fintech Fin.track, et Bruno Mussard, responsable de projet chez l'américaine UL International, spécialisée historiquement dans la certification électrique et aujourd'hui dans l'audit de sécurité pour les systèmes de paiement numérique, qui diront le contraire.

Marseille plutôt que Londres ou Barcelone

Le premier hésitait à s'établir entre Londres et Barcelone avant de poser les valises à Marseille, dans les locaux du Pôle Innovation de la Belle de Mai. Le cœur du jeune créateur balançait pourtant plutôt du côté de l'outre-Manche ou de la péninsule ibérique... "Nous pouvions travailler de n'importe où, mais nous nous faisions ici une montagne des formalités administratives. Toutefois nous avons trouvé des interlocuteurs avec une dynamique, et puis... ce qui a pesé, c'est que l'on comprenait notre projet". Encore faudra-t-il garder la fintech dans le giron du territoire, puisque Romain Amido, qui projette l'embauche d'une cinquantaine de talents internationaux, recherche une surface à même d'accueillir sa future équipe. Le constat est également positif du côté de Bruno Mussard, dont l'entreprise est établie aujourd'hui à La Ciotat. "La carte à puce a été créée en France. Rien de plus logique donc à s'implanter ici pour s'appuyer sur l'expertise nationale en termes d'audit et de certification. D'autant que Marseille Provence, c'est le vivier d'entreprises comme ST Microelectronics, Gemalto..." Car comme le pointe du doigt Philippe Stéfanini, le territoire abrite l'un des deux bassins au monde pour ce qui est de la sécurité digitale. "La grande industrie n'est pas morte, la micro-électronique non plus". Le numérique figure donc parmi les points forts du territoire, et pas seulement parce que les câbles qui y transitent innervent près de 2 milliards de la population mondiale... même si forcément, ceci contribue à cela. Faire donc de Marseille Provence la Silicon Valley de l'Europe ? Le terme n'est pas usurpé, et certaines jeunes pousses l'attribuent au territoire sans avoir le sentiment de prononcer un gros mot. Tel est le cas de Guireg Capitaine, cofondateur de la start-up Smart Sailors, lauréate de l'appel à projet lancé récemment par la CMA CGM sur le Carburateur. "J'étais consultant en sécurité informatique à Montréal, et j'avais comme beaucoup un énorme a priori concernant Marseille. J'ai été très agréablement surpris de découvrir un tel écosystème relatif au numérique".

Jouer sur l'échiquier international

Ainsi, l'heure n'est plus à la fausse pudeur : il faut savoir capitaliser sur ses atouts, pour Jean-Luc Chauvin. Ce en poussant plus loin dans les trois métiers qui sont ceux de Provence Promotion, à savoir la promotion, la prospection et l'implantation. Quelques pistes, non exhaustives : "mettre en place une communauté d'entrepreneurs leaders à même d'échanger avec les décideurs étrangers intéressés par le territoire, capitaliser sur les grands événements sportifs, culturels et prendre le temps d'y expliquer qu'ici, il se passe des choses, suivre les entrepreneurs étrangers après leur prise de décision, ce dans tous les aspects, jusqu'à leur installation sur le territoire", avance le président de la CCIMP. "Mettre en place et cultiver une communication quotidienne avec les maisons mères des structures installées ici", renchérit de son côté Philippe Stéfanini. Mais aussi, gagner en attractivité en  accompagnant les mutations du territoire, illustre de son côté Béatrice Aliphat, vice-présidente de Provence Promotion et conseillère déléguée à l'industrie et aux réseaux d'énergie au sein de la Métropole. "Je suis porteuse de ces questions sur l'Etang de Berre. Et si on trouve des conditions pour économiser 4 à 5 % de consommation énergétique, cela peut faire la bascule en notre faveur pour de futures implantations".

Intérêts communs

Bref, une feuille de route ambitieuse et une réflexion à laquelle contribueront également la Région, dorénavant adhérente de l'agence comme le conseil départemental des Bouches-du-Rhône. Car il s'agit bien de faire front ensemble. La concurrence au sein même du département n'a pas lieu d'être, illustre Jean-Luc Chauvin en citant à son tour le cas Quechen : "22 sites avaient été retenus au départ, nous ne sommes plus que deux... C'est à cette échelle que se situe la concurrence. Si donc une entreprise a intérêt à s'installer sur le pays d'Arles plutôt que sur Marseille Provence, il faut favoriser cela". Et de reprendre le fameux leitmotiv du jouer collectif... Un jeu d'autant plus aisé à mettre en place, peut-être, que toutes les collectivités concernées sont issues de la même couleur politique (LR).

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Carole Payrau

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