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Afrique de l’ouest : le commerce illicite génère un manque à gagner annuel de 50 milliards de dollars

Aboubacar Yacouba Barma

Publié le 21 février 2018 à 13:20 - Mis à jour le 21 février 2018 à 13:23

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18 juillet 2026

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L’Afrique de l’ouest perd en moyenne 50 milliards de dollars chaque année en raison des flux financiers illicites qui ont pris ces dernières années une ampleur sans précédent dans la région. C’est ce que vient de relever un rapport conjoint de la BAD et de l’OCDE sur l’économie du commerce illicite en Afrique de l’Ouest. Selon le document, présenté le mardi 20 février à Paris, cet important manque à gagner se répercute sur la croissance des pays de la sous-région qui se voient ainsi privés d’énormes...

L'Afrique de l'Ouest paie un lourd tribut à l'expansion des activités illicites qui a émergé ces dernières années et qui occasionnent un important manque à gagner aux caisses des Etats. C'est en moyenne 50 milliards de dollars qui échappent chaque année aux radars des autorités et régulateurs économiques par le fait des trafics de tout genre, et qui sont transférées en toute illégalité vers l'Europe ou ailleurs dans le monde.

C'est là, la conclusion du rapport que vient de rendre public conjointement l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) et la Banque africaine de développement (BAD), sur les « flux financiers illicites, l'économie du commerce illicite en Afrique de l'Ouest ». Les résultats du rapport ont été présentés le mardi 20 février au centre de conférence de l'OCDE en présence des principaux auteurs ainsi que les représentants des organismes partenaires notamment la Banque mondiale, le NEPAD ainsi que le Groupe intergouvernemental d'action contre le blanchiment d'argent en Afrique de l'Ouest (GIABA).

«La seule sous-région de l'Afrique de l'Ouest, sur laquelle se concentre ce nouveau rapport, verrait ainsi lui échapper 50 milliards de dollars américains tous les ans, selon les estimations. Ce sont autant de ressources financières que les pays concernés ne peuvent mettre à profit de leur développement ou de leurs investissements domestiques ».

Selon le rapport, en plus du manque à gagner pour le développement et les investissements pour les pays ouest africains qu'engendrent ces flux financiers illicites (FFI), les activités illicites ou criminelles causent d'autres pertes financières du fait de leur répercussion sur l'économie, la sécurité et le développement.

Une région de plus en plus vulnérable aux activités illicites

Selon le rapport, les pays ouest-africains deviennent de plus en plus vulnérables au point où la distinction entre "licite" et "illicite" est devenue assez floue du fait que des communautés entières peuvent dépendre du commerce illicite. Des secteurs entiers de l'économie sont ainsi pris en otage par le règne de l'illégalité notamment le secteur agricole, les échanges frontaliers ou l'exploitation des ressources naturelles.

« Le licite et l'illicite sont de plus en plus interconnectées en Afrique de l'ouest. Cela s'explique, en partie, par la prépondérance de l'économie informelle, qui représenterait 60-70% de l'activité économique globale de sa région. Cela s'explique aussi par l'existence de réseaux de protection des élites connectés aux flux licites et illicites ».

D'après les auteurs du rapport, par exemple, « dans les zones agricoles, cela peut être l'exploitation illicite des ressources forestières ou le travail forcé qui alimente certaines industries, comme la production de cacao ». C'est le cas aussi de la pêche illégale, de la contrefaçon ou encore du trafic de faune sauvage.

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En matière de commerce, le document a aussi relevés que l'essentiel des produits contrefaits et de qualité inférieure importées en Afrique de l'ouest sont introduits astucieusement dans les flux commerciaux légitimes en direction des pays de la région. « Les ressources limitées de l'Etat, la corruption endémique des autorités portuaires et le manque de capacités pour réaliser des inspections physiques des conteneurs produisent un environnement favorable à la contrebande » poursuit le rapport qui pointe du doigt, à ce sujet, "la Chine comme « principal pays source d'articles contrefaits et de qualité inférieure". « Les Emirats arabes unis, Hong Kong et la Chine servent de points de transit vers les marchés ouest-africains qui, eux-mêmes, servent de points de transit vers d'autres pays du continent » lit-on dans le rapport qui fait également cas de l'ampleur d'autres fléaux comme le trafic de cannabis ou des êtres humains, les enlèvements avec demande de rançon ou la cybercriminalité.

Le poids de l'économie informelle

Les estimations de la BAD et de l'OCDE n'ont pas manqué de soulever quelques contestations au vu des sommes en jeu pour la seule région ouest-africaine. Cependant, au regard de l'ampleur du phénomène en Afrique, certains analystes estiment que le montant des pertes qu'engendrent l'économie illicite dans la région sont largement sous estimées. C'est d'ailleurs là que le travail révèle toute son importance puisqu'il met en lumière les différentes connections entre l'économie illicite et les autres secteurs stratégiques de développement. D'autant que le poids de l'économie informelle s'ajoute aussi à la complexité du phénomène et amplifie le manque à gagner pour les pays en question.

« Plusieurs pays de la région affichent des indicateurs de développement et des institutions publiques faibles, et présentent une capacité réglementaire limitée. Comme c'est le cas dans de nombreux pays en développement, l'activité économique se déroule largement au sein de l'économie informelle ».

Cependant, ont souligné les auteurs, « tout ce qui est informel n'est pas mauvais : de fait, le secteur informel fournit souvent des moyens de subsistance précieux, particulièrement pour les personnes les plus pauvres ». Et cela même si, « les activités informelles échappent aux mécanismes réglementaires d'équilibre des pouvoirs ».

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A coté de ces activités d'autres comme l'évasion fiscale ou le blanchiment d'argent participent à saigner la région, tout comme le reste du continent d'ailleurs, et freine la dynamique de développement de ces pays fragiles qui manquent cruellement de ressources financières.

Aboubacar Yacouba Barma

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