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Économie - La Tribune Région Sud

Bernard Mouret : “Nous inventons le modèle électrique de demain”

Photo de Laurence Bottero

Gaëlle Cloarec

Publié le 03 avril 2019 à 17:24 - Mis à jour le 12 décembre 2024 à 23:46

Bernard Mouret

Bernard Mouret

Emmanuelle Delteil

Le Quotidien Numérique

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Installé au cœur de l’Eco-Vallée, Nice Smart Valley est entré en phase opérationnelle en septembre avec le lancement des premières campagnes de tests de flexibilité en appui au réseau. Après six mois d’observation, quels sont les premiers enseignements ? Eléments de réponse le directeur régional Côte d’Azur d’Enedis*.

La Tribune - Lancé le 1er janvier 2017, le démonstrateur Nice Smart Valley opère depuis septembre dernier des tests d'activation de flexibilité en appui au réseau électrique auprès de 200 clients particuliers et d'une dizaine d'entreprises volontaires. En quoi cela consiste-t-il ?

Bernard Mouret - Il s'agit de simuler un besoin de flexibilité comme une baisse de tension et de demander aux clients volontaires de s'effacer, donc de ne plus consommer d'électricité, le temps que le réseau se rétablisse. A l'inverse, une surtension, due à l'arrivée en masse d'énergie photovoltaïque par exemple, nécessitera de consommer plus pour la faire baisser et ainsi ne pas endommager le réseau. C'est cette gestion de la flexibilité en appui au réseau qui est expérimentée par Nice Smart Valley sur le territoire de la métropole Nice Côte d'Azur, et ce dans des configurations géographiques différentes, en montagne, sur le littoral et dans la zone industrielle et économique de Carros, auprès de plus de 200 clients particuliers et entreprises jusqu'en octobre 2019.

Comment cette flexibilité s'opère-elle ?

Nous testons trois formes de flexibilité : la flexibilité pilotée à distance par l'agrégateur au travers du compteur intelligent Linky. En cas de refus du client, la flexibilité est dite comportementale, c'est-à-dire que c'est au client, alerté par sms, d'agir sur sa consommation. Enfin, elle peut être hybride en jouant sur les réseaux électriques et de gaz. C'est ce que testent les industriels volontaires qui ont tous été équipés de chaudières adaptées.

Quels enseignements pouvez-vous déjà en tirer ?

Techniquement, cela fonctionne. Le plus difficile finalement a été de convaincre les clients volontaires de s'engager dans cette expérimentation, leur appétence n'étant pas avérée. Les quatre autres pays européens membres du projet Interflex (Allemagne, République Tchèque, Pays-Bas et Suède, ndlr) ont recruté plus facilement, peut-être parce que l'électricité y est plus chère et le réseau moins performant qu'en France. Les agrégateurs du consortium (EDF, Engie et GRDF, ndlr) ont donc dû redoubler d'arguments pour démontrer aux clients l'intérêt à jouer le jeu. Preuve qu'il y a encore beaucoup de pédagogie à faire autour des notions de smart grids.

C'est justement le rôle du show-room Nice Smart Valley, inauguré à Nice en décembre 2017...

Tout à fait. Le show-room a accueilli à ce jour plus d'un millier de visiteurs, issus du monde entier. C'est un lieu pédagogique qui s'adresse à tous, citoyens et élus, lesquels sont à même de définir les schémas énergétiques locaux, ce qui suppose de comprendre comment les réseaux peuvent subvenir aux besoins de demain en intégrant l'apport de production locales issues de l'éolien, du solaire ou de la biomasse. Ces productions décentralisées, encouragées par l'Etat, servent l'objectif de la transition énergétique et génèrent de la valeur en permettant le développement d'une nouvelle économie locale, mais elles créent des contraintes sur les réseaux qui ne sont pas conçus pour accueillir de fortes puissances en bout de chaîne à moins de dépenser des sommes importantes pour les faire grossir. Or, l'objectif est d'éviter ces investissements lourds en jouant, notamment, sur la flexibilité.

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Comment rendre la flexibilité attractive ?

En la rémunérant. Il y a un market design à mettre en place entre le client, l'agrégateur et le distributeur en fonction des contraintes rencontrées sur le réseau. La question est donc de savoir si l'intérêt de faire appel à ces flexibilités représente une économie capable de rémunérer toute la chaîne.

Avez-vous une première réponse ?

Non. Nous ne savons pas encore si la flexibilité, demain, sera une réalité ou une vision de l'esprit mais notre approche expérimentale contribue, par empirisme, à trouver des solutions et un modèle économique. Lequel, pour Enedis, ne peut être envisagé qu'à une échelle locale.

L'autre expérimentation de Nice Smart Valley concerne l'îlotage avec l'installation d'une batterie de stockage de 250 kw sur les îles de Lérins, aujourd'hui alimentées par un unique câble de 20 000 volts. Où en êtes-vous ?

Les premiers tests ont débuté le 13 mars par une coupure de l'alimentation de l'île Sainte-Marguerite pour voir si la batterie tenait la charge. Ce qui fut le cas. Des simulations complémentaires interviendront en avril. Il s'agira notamment d'expérimenter la possibilité de faire dialoguer cette batterie avec une seconde, en l'occurrence celle d'Engie, pour servir la flexibilité par exemple. Car là aussi il nous faut trouver des cas d'usage, des services monnayables capables d'assurer la rentabilité de ce type d'équipement particulièrement onéreux. Gardons à l'esprit que derrière les notions d'énergies renouvelables, de batteries, de limitation des productions centralisées comme le nucléaire, il y a des installations qui demandent de lever un certain nombre de barrières électrotechniques mais aussi financières comme le coût de maintenance ou la nécessaire transition du savoir-faire à mettre en œuvre. C'est tout cela que nous sommes en train de tester avec Nice Smart Valley. Nous inventons le modèle électrique de demain.

*Enedis pilote avec EDF, Engie, GE, Socomec et GRDF le démonstrateur de smart grids français issu du projet européen Interflex qui vise à mesurer l'impact des énergies renouvelables et la montée en puissance du véhicule électrique sur les réseaux

Gaëlle Cloarec

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