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Économie - La Tribune Région Sud

Didier Boidin, le Palais des Festivals de Cannes et la stratégie d'attractivité

Laurence Bottero

Publié le 10 octobre 2019 à 12:11 - Mis à jour le 10 octobre 2019 à 16:35

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Arrivé aux manettes de la société d'économie mixte qui gère l'établissement et les événements s'y déroulant, en plein cœur de l'été, ce professionnel de l'hôtellerie n'ignore pas le défi dans un contexte où les nouvelles technologies bousculent les modèles établis et où la concurrence ne faiblit pas.

Didier Boidin connaît bien Cannes, lui qui a été le directeur de l'hôtel Carlton onze années durant, de 1994 à 2005. Une ville dont il sait les atouts, les rouages, les perspectives de développement, les progrès à faire et les concrétisations à assurer.

Une vision sans doute renforcée aussi par son parcours post-5étoiles, qui s'est teinté d'international pour le compte du groupe InterContinental avant de rejoindre la SBM à Monaco, en tant que directeur général des opérations hôtelières et des achats en 2017. Didier Boidin revient donc sur La Croisette avec des connaissances locales et des compétences élargies. Un cocktail qui colle assez bien avec le challenge qu'il a accepté.

Faire preuve d'imagination

Car Cannes, bien que paraissant comme une destination pour laquelle tout va bien, n'en n'a pas moins des défis à relever. Dont celui de conserver sa position privilégiée, ses salons, tout en anticipant les évolutions si possible et en sachant utiliser à bon escient celles qui sont le quotidien.

D'ailleurs, Didier Boidin le dit lui même, sa mission numéro 1 "est de sécuriser le business existant".

Avec 307 jours d'exploitation annuels sur les 365 jours que compte une année, on peut considérer que le ratio est satisfaisant. Qu'avec dix salons professionnels installés et récurrents depuis a minima 18 ans, tout va bien sous le soleil cannois.

Cependant, Didier Boidin l'avoue, "nous avons d'importants contrats en cours de renouvellement, avec la volonté de continuer ces partenariats. Certains événements sont arrivés à maturité, comme le Midem et le MipTv, qui ont besoin de trouver un nouveau souffle. Nous devons développer de nouveaux salons et de congrès pour que la Semec (Société d'économie mixte pour les événements cannois, qui gère le Palais des Festivals et les événements qui s'y déroulent NDLR) pèse encore moins sur le contribuable cannois. Plus nous serons indépendants, mieux cela sera".

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Se projeter, cela signifie "imaginer ce que sera le salon 2025", dit Didier Boidin. "Vers quel type de solution doit-on s'orienter pour être compétitif ?"

Le canevas idéal, Didier Boidin l'imagine parfaitement bien, avec un équilibre entre salons qui seraient à différentes tailles de maturité. "Il faudrait 5 salons qui seraient en année 1, 4 salons qui seraient en année 2 et 4 autres salons en année 3". Un schéma parfait sur le papier. Plus difficile à concrétiser en réalité. D'autant, qu'il "faut plusieurs années pour développer un salon". Pas facile, mais pas impossible.

Si en tourisme d'affaires le défi est celui-là, concernant le tourisme de loisirs il est de lisser l'activité. L'enjeu est stratégique, pas uniquement pour le Palais des Festivals mais pour tous les acteurs économiques, également. "Le Palais est le bras armé de la ville en matière de promotion. Plus nous lissons les activités, plus les autres acteurs économiques bénéficient des retombées et d'un contexte favorable", explique le directeur général de la Semec. Une sorte d'effet domino qui vise à renforcer globalement la destination.

Une destination qui se défend bien, face à sa voisine Monaco par exemple, qui ne dispose pas de la même configuration en bord de mer. Une destination confrontée à une concurrence européenne. Mais une destination qui aurait intérêt à attirer des locomotives en matière de restauration ou de loisirs. "Il nous manque un peu d'attractivité de ce côté là", estime Didier Boidin.

Arrêt sur image

Mais qui dit attractivité, image de marque, dit inévitablement, réseaux sociaux. Présente sur Facebook (45 000 abonnés), Twitter (19 000 abonnés), disposant d'une chaîne Youtube, c'est sur Instagram que Cannes a joué la carte du partage, lançant son premier parcours avec une sélection des 10 lieux les plus instagrammables au cours de l'été. Une autre façon de vendre du rêve au 33 000 abonnés. L'autre façon étant de convier des infuenceurs à l'occasion d'événements culturels ou sportifs. "Oui, il faut utiliser les nouvelles technologies", estime Didier Boidin, mais en distinguant ce qui relève des process. Les nouvelles technologies qui servent des sujets très sérieux comme la sécurité.

Déterminée à être une destination "verte", Cannes fait partie des villes pilotes "Destinations Internationales Responsables" avec Biarritz, Bordeaux, Marseille, Deauville... "Nous ne pouvons pas passer à côté de la RSE. Nous devons être prêts pour ces enjeux", souligne Didier Boidin.

Prendre de la hauteur

En parallèle, c'est sur l'ouvrage qu'il faut toujours remettre son travail. Les investissements réalisés ont transformé le Palais -, qui réalise un chiffre d'affaires de 45 M€ (2018) - dans le fond et dans la forme. 93 M€ ont ainsi été injectés depuis 2008, servant une volonté de d'amélioration de la fonctionnalité. 61,2 M€ vont à nouveau être mobilisés pour ajouter des m2 à l'existant. Une extension qui se réfléchit avec les grands comptes de la Semec, tels Reed Midem, Cannes Lions, TWFA... "Il faut pousser intelligemment les murs. Nous devons gagner de la hauteur", confirme Didier Boidin. En parallèle, et il faut apparemment le voir comme un bon signe, l'industrie hôtelière met elle aussi la main au portefeuille et investit, tous projets cumulés - Le Majestic, Le Carlton en font partie -, 1 milliard d'euros. Une synergie qui est visible en dehors des frontières locales et régionales et qui résonne comme un bon signe. Celui, a minima, que la stratégie de marketing territorial est partagée. Pas que sur les réseaux sociaux. En "vrai".

Laurence Bottero

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