Marc Raiola, hors les lignes
Gaëlle Cloarec
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Petit, il se destinait à la réparation des corps. C'est finalement sur le corps social que Marc Raiola s'est penché, plus précisément sur celui des travailleurs et du besoin des entreprises en termes d'emplois. Il faut dire que pour le dirigeant du groupe familial niçois Intérima, spécialiste du travail temporaire, il y a de quoi faire, surtout "sur un marché du travail globalement tendu où l'on ne peut plus se permettre de passer à côté de profils parce que ceux-ci ne rentrent pas dans les clous habituels". Certes, la crise du Covid-19 et son lot de défaillance d'entreprises à venir va un temps quelque peu modifier la donne. Quoique que. Le problème de l'emploi en France s'avère être aussi structurel que conjoncturel.
"La France est le pays européen où la classe d'âge qui arrive à travailler sans trop de difficulté est la plus restreinte, explique-t-il. Avant 26 ans, tu es trop jeune. Après 46 ans, trop vieux. Autrement dit, la durée de vie de travail potentiellement normal pour un salarié français est de 20 ans sur une carrière de 40 ans. C'est quand même problématique. Or, malgré les différentes mesures mises en place, rien ne bouge. Idem pour l'apprentissage. On multiplie les initiatives pour le généraliser mais cela ne prend jamais. Et personne ne se demande vraiment pourquoi. Peut-être faudrait-il, dans un cas comme dans l'autre, poser les choses différemment pour faire évoluer les mentalités ? Regardez la cuisine ! Dix ans de Top Chef et tout le monde se rue dans les lycées hôteliers alors que la restauration n'a pas fondamentalement changé, mais son image oui !"
On le voit, Marc Raiola a le discours franc. Et l'envie de faire bouger les lignes en posant les choses différemment, comme il dit. Ardent défenseur de la PME, "un choix de qualité de vie", ce diplômé de l'EM Lyon a fait d'Interima, co-créé par son père Pascal en 1978, un groupe familial solide regroupant aujourd'hui sept agences dans les Alpes-Maritimes, contre trois à son arrivée en 2000. Vingt-neuf salariés y travaillent pour un effectif d'intérimaires équivalent à 300 temps pleins intervenant dans les secteurs de l'industrie, du transport, du commerce spécialisé et du tertiaire. "L'objectif n'a jamais été de faire une croissance à tout va pour être n°1 mais de rester dans une logique de marché de proximité en se différenciant non pas par le volume mais par les prestations amenées", souligne-t-il. Ainsi, au positionnement originel - "l'intérim, c'est-à-dire la délégation et la gestion de personnel" - se sont greffées au fil des années des activités liées au recrutement direct, à la formation et, depuis l'an passé, aux compétences. "Les entreprises ont souvent tendance à aller chercher ailleurs des compétences qu'elles ont parfois en interne. L'idée ici est de les aider à travailler sur celles de leurs salariés et de les faire émerger." L'ensemble a réalisé en 2019 un chiffre d'affaires de 15 M€.
Gaëlle Cloarec