Melpomeni Dimopoulou, la chercheuse qui entend disrupter le stockage des données numériques
Gaëlle Cloarec
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"Pour tout vous dire, je trouve assez excitant que mes travaux de recherche trouvent une utilité hors du monde académique. L'entreprise ouvre le champ des possibles, et je veux voir jusqu'où". Ainsi parle Melpomeni Dimopoulou. Ton déterminé, argumentaire sûr, la post-doctorante au laboratoire Informatique, Signaux et Systèmes de Sophia Antipolis (I3S), arrivée de Grèce en 2016 pour poursuivre des études en Biologie Computationnelle et Biomédecine à l'Université Côte d'Azur, entend désormais tracer sa route sur le terrain entrepreneurial. Avec l'ambition de proposer une solution de stockage de données numériques disruptive car durable, intègre et respectueuse de l'environnement, issue de ses recherches conduites sous la direction du Dr Marc Antonini. Celles-ci s'intéressent aux "Techniques d'encodage pour le stockage à long terme d'images numériques dans l'ADN synthétique". Autrement dit, comment utiliser l'ADN synthétique comme support de stockage des données numériques, lesquelles, estime-t-on, devraient dépasser les 175 milliards de Téraoctets en 2025.
"L'ADN est une molécule très prometteuse et très compacte qui possède de nombreux avantages", explique-t-elle. Comme celui d'offrir "une capacité extrême, un milliard de fois plus grande que celle d'un disque dur". L'ADN est aussi une molécule durable, qui résiste au temps et qui ne s'altère pas, et ce "pendant des centaines d'années, voire plus, comme le prouve la récupération par les scientifiques de l'ADN d'un mammouth vieux de 40 000 ans." Des propriétés qui tranchent avec les dispositifs actuels et présentent un double impact positif, environnemental et sociétal. En effet, "la capacité offerte par la molécule ADN en termes de stockage permettrait de limiter la construction de nouveaux data centers, lesquels génèrent autant d'émissions de CO2 que l'ensemble de l'industrie mondiale du transport aérien. En outre, la durabilité de la solution réduirait le recours aux périphériques conventionnels que les data centers doivent remplacer très régulièrement, limitant d'autant le gaspillage de matériaux et d'énergie, donc du coût du stockage. Enfin, l'intégrité des données garantie par l'ADN donnerait un second souffle à l'archivage des données, notamment lié à la préservation du patrimoine culturel". Et Melpomeni Dimopoulou de citer en exemple l'incendie de 2008 d'un arrière-studio d'Universal, en Californie, durant lequel des centaines de milliers de titres sont partis en fumée. "Cela reste le plus grand désastre de l'histoire de la musique". Bref, avec l'ADN de synthèse, "qui n'est pas issu d'un organisme, qui ne contient pas de gènes et qui ne peut donc pas produire de vie", insiste-t-elle, le stockage se fait plus vert. Et au regard des besoins identifiés, notamment en matière de données froides (données rarement utilisées comme les photos anciennes stockées par les utilisateurs sur Facebook) dont le volume ne cesse de croître chaque année, la solution dispose d'arguments pour convaincre.
Gaëlle Cloarec