Rénovation énergétique : « Notre rôle consiste aussi à interpeler le secteur bancaire » (Dominique Estrosi-Sassone)
Gaëlle Cloarec
Ce contenu est réservé aux abonnés La Tribune

Photo d'illustration
DR
Gaëlle Cloarec
Ce contenu est réservé aux abonnés La Tribune

Photo d'illustration
DR
Six mois d'enquête, 174 personnes auditionnées, 21 réunions plénières et un rapport pour tenter de comprendre pourquoi la France peine à remplir ses objectifs en termes de neutralité carbone et de lutte contre la précarité énergétique. Présentées en juillet dernier, les conclusions de la commission d'enquête du Sénat sur l'efficacité des politiques publiques en matière de rénovation énergétique esquissent un premier train de réponses, à l'heure où la parole présidentielle s'empare - enfin - de la planification écologique.
Il faut rappeler que pour tenir la trajectoire de décarbonation fixée par la France d'ici à 2050, le bâtiment en général, le résidentiel en particulier, doit être placé en haut de la pile, lui qui représente 48% de la consommation nationale d'énergie et 28% des émissions de gaz à effet de serre. En effet, les deux-tiers du parc actuel sont concernés par la rénovation énergétique car seuls les logements classés A et B seront considérés, demain, comme neutres en carbone. Soit, si l'on se limite au seul parc social, 4 millions de logements en France, dont 250.000 sur un total de 330.000 en Provence-Alpes-Côte d'Azur. Selon la SNBC (Stratégie nationale bas carbone), cela nécessite à l'échelle nationale un rythme de rénovation de 370.000 logements par an d'ici à 2030 et 700.000 au-delà. Or, nous en sommes loin : en 2022, moins de 100.000 rénovations globales ont été engagées alors que chaque année plus de 8 milliards d'euros sont dépensés.
Alors, qu'est-ce qui pèche ? "La confiance", estime Dominique Estrosi-Sassone, sénatrice LR des Alpes-Maritimes et présidente de la commission d'enquête évoquée plus haut. "Si nous voulons passer à la vitesse supérieure et relever le défi de l'accélération de la rénovation énergétique, il faut redonner confiance à nos concitoyens". Une confiance, constate le rapport, érodée "par l'instabilité, la complexité des outils et un reste à charge trop élevé et trop long à rentabiliser". D'où cet attentisme qui pénalise une trajectoire qui n'est toutefois pas exempte de progrès réels. Et Dominique Estrosi-Sassone de prendre l'exemple de MaPrimeRénov, lancée en 2020 et consacrée aux travaux de rénovation énergétique. Si l'on en croit les chiffres de l'ONRE (Observatoire national de la rénovation énergétique), cette aide connaît un vrai succès avec plus de 650.000 demandes en 2021 et 2022, mais "72% d'entre-elles se limitent à une rénovation par geste, en l'occurrence le changement de mode de chauffage, alors qu'il faudrait des rénovations globales" où l'isolation du logement serait le maître-mot. "La décarbonation seule ne permettra jamais d'éradiquer les passoires thermiques et de lutter contre la précarité énergétique qui touche 5,6 millions de ménages en France".
Gaëlle Cloarec