Un vaste espace. Des grappes de personnes réunies autour de tables. Des discussions en fond sonore... En cette fraîche matinée, le troisième étage de la Place des entrepreneurs, immeuble appartenant à l'UPE 13, déclinaison locale du Medef, a tout d'un open-space classique. Ici, on pianote sur un ordinateur. Là, on g
ratte assidûment un calepin
. Sur les visages, beaucoup de sourires. Des yeux embués, aussi. «
Quelqu'un a dû se parfumer avec de l'oignon
», plaisante Sylvain, grand, le regard bleu, timide et taquin. Une boutade pour reconnaître avec pudeur que ce matin, beaucoup des occupants de cet open space particulier ont
versé une larme.
«
On arrive au bout des six semaines intensives de l'entreprise éphémère
», explique Claude. L'heure est donc à la séparation et à un certain déchirement.
Au chômage
depuis de longs mois,
Claude
a, comme beaucoup des personnes présentes ici, fortement souffert de l'isolement
social provoqué par l'absence d'emploi
. «
On est cloîtré chez soi à lancer des CV qui ne marchent pas. Pas un seul rendez-vous. On se croit hors du monde
».
D
e quoi miner l'estime de soi. En particulier lorsque le taux de chômage est bas, et que se diffuse l'idée selon laquelle trouver du travail ne dépendrait que de la volonté de celui qui en est privé. D'après la Dares, les personnes exposées au chômage entre 2006 et 2010 seraient ainsi plus nombreuses
(26% pour les hommes)
à signaler des épisodes dépressifs que celles en emploi sur la même période
(13%), b
ien que le lien de causalité ne soit pas évident - la santé mentale pouvant en effet accroître le risque de se retrouver au chômage.
R
este que cette période est souvent synonyme de mal-être et que
l'entrée au sein de l'entreprise éphémère est apparu
à Claude
comme un
sas de répit
. «
On trouve des gens qui ont les mêmes problèmes que nous. Et ensemble, on est plus fort
s
pour trouver du travail
».
Même constat pour Didier, ancien préparateur de commandes en surgelé qui a dû s'arrêter de travail suite à un choc thermique : «
Je commençais à partir vers le fond. L'entreprise éphémère a été ma bouffée d'oxygène
».