Comment, entre Dakar et la Corse, l’ex-footballeur Mamadou Faye a créé Woly la PME créatrice de jus de fruits
Jean-Marc Rafaelli
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Il se définit lui-même comme le plus Corse des Sénégalais. La désignation n'est pas usurpée. Natif de Dakar et aujourd'hui âgé de 57 ans, Mamadou Faye a la double nationalité. Mais cet ancien footballeur professionnel, qui compte plusieurs sélections en équipe nationale du Sénégal au poste de milieu défensif, est Corse de cœur et d'adoption, ce qui est forcément le cas lorsqu'on a porté le maillot bleu du Sporting-club de Bastia pendant douze saisons. Jeune retraité - il a rangé définitivement ses crampons en 2000 - Doudou, comme l'appellent affectueusement ses proches et ses amis, avait espéré un moment une reconversion dans le football à travers l'ouverture d'un centre de formation dans son pays mais le projet n'a pas pu aboutir. Il y a dix ans, il s'est lancé corps et âme dans l'action humanitaire en créant l'association Corsénégal qui, chaque année, collecte des fournitures scolaires et du matériel informatique reconditionné pour les acheminer dans des écoles rurales de Dakar et de sa région. « Là-bas, les enfants n'ont rien, ils sont totalement démunis. Les Corses sont par nature généreux, des communes et des particuliers se démènent pour m'épauler au maximum de leurs capacités, cependant les besoins sont immenses. C'est difficile quand on a si peu de moyens mais je n'abandonne pas, je continue... »
Comme il l'a toujours fait sur un terrain de foot, Mamadou Faye éprouve le besoin irrépressible de mouiller le maillot. Le sentiment d'être comme sur un banc de touche le chagrine. Il raconte la lassitude de se demander chaque jour au réveil comment il pourrait avantageusement occuper ses journées. Un matin, l'idée de créer une unité de fabrication de jus de fruits exotiques traverse son esprit et s'y arrête définitivement. « Enfant, mes parents étaient séparés et j'ai été élevé par ma grand-mère paternelle Woly, à Niary Taly, un des innombrables quartiers pauvres de Dakar. Elle m'a tout appris, à lire et à écrire, elle me faisait la morale tous les jours. Elle avait une âme de botaniste et me familiarisait à toutes les plantes, les fleurs et les herbes que nous rencontrions au cours de nos longues promenades dans les champs. Inconsciemment j'ai sans doute été prédisposé à fouler les pelouses... » dit-il avec un sourire malicieux.
Jean-Marc Rafaelli