ENTRETIEN - 2024 sera-t-elle une annus horribilis de plus pour le secteur de l’immobilier en général, du logement en particulier ? Dans le Sud, la situation se veut particulière. Pourquoi en sommes-nous là ? Quelle est la spécificité de cette crise ? Eléments de réponses avec Jean-Claude Driant, professeur à l’école d’urbanisme de Paris, auteur de Les politiques du logement en France (La documentation française, 2015), invité par l’Observatoire Immobilier d’Habitat (OIH) Côte d’Azur.Si, selon plusieurs analyses, les prix devraient continuer à baisser en France, la valeur des biens en Provence-Alpes Côte d'Azur et notamment sur le territoire azuréen resterait sur une courbe ascendante. Comme en 2023. Les villes méditerranéennes, souligne l'Observatoire Guy Hoquet, se sont en effet démarquées par leur forte progression de prix sur les logements anciens à vendre. Cannes remportant la palme, suivie d'Antibes, de Nice, d'Aix-en-Provence et de Hyères. Ceci dans un contexte de raréfaction de l'offre (-27% de mises en vente de logements neufs dans les Alpes-Maritimes par exemple) qui devrait se poursuivre en 2024, bloquant toujours plus le parcours résidentiel des actifs notamment.
LA TRIBUNE : En quoi la crise actuelle du logement est-elle différente des crises précédentes ?
JEAN-CLAUDE DRIANT :
C'est une crise multifacette qui, pour simplifier, cumule deux crises. Celle du logement, comprendre du logement trop cher, alimenté depuis vingt ans par des conditions de crédits favorables dans le neuf comme dans l'ancien et qui se traduit aujourd'hui par une difficulté pour de très nombreux ménages d'y accéder, à laquelle s'ajoute une crise immobilière extrêmement lourde. Celle-ci est liée au contexte international, à l'inflation et à la montée des taux d'intérêt, et se développe de façon différenciée selon que l'on soit sur le marché du neuf ou sur celui de l'existant.
Dans le neuf, la question se pose en termes de coûts de construction et de foncier qui génèrent des prix complètement inabordables pour la plupart des ménages confrontés au crédit. Même s'il faut souligner que les taux d'intérêt d'aujourd'hui ne sont pas si élevés. Ils le sont moins que l'inflation, ce qui est presque anormal économiquement parlant, cependant ils sont quatre fois plus élevés qu'il y a deux ans alors que les prix des logements n'ont pas baissé en proportion.
Dans l'ancien, la crise est certes liée aux prix trop élevés, mais il semble que l'on fasse ici le pari d'un marché capable de s'ajuster tout seul. Autrement dit, les prix baisseront parce que les vendeurs ne parviennent plus à vendre. Ce qui diffère grandement du neuf dont ni le coût du foncier, ni celui de la construction ne s'ajustent aussi facilement que dans l'existant.