Taxes Trump : « L’Afrique devrait réagir en phase avec les autres régions du monde »

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A l'instar de plusieurs places financières à travers le monde, la Bourse de Casablanca, au Maroc, a ouvert et clôturé dans le rouge ce lundi, son indice MASI affichant l'une de ses plus fortes dégringolades (-5,64%) depuis sa création. Ici, comme à Johannesburg ou au Caire, l'onde de choc provoquée par la nouvelle tarification douanière de Donald Trump - entrée en vigueur le 5 avril - fait son effet. « Je suis profondément préoccupée [...] par le risque d'une escalade vers une guerre tarifaire », confie la directrice de l'Organisation mondiale du Commerce (OMC), Ngozi Okonjo Iweala, dans sa déclaration officielle en réaction à la décision unilatérale du président américain. L'institution internationale estime que la nouvelle politique de Washington, combinée aux mesures prises depuis le début de cette année, pourrait entraîner « une contraction globale d'environ 1 % du volume des échanges mondiaux de marchandises » en 2025.
Sur les 54 pays africains, 51 font désormais face à des droits de douane allant de 10% (pour la majorité) et jusqu'à 50% pour le Lesotho, le pays le plus durement touché au monde, quand Madagascar (47%), l'Angola (32%), l'Afrique du Sud (30%) ou encore la Côte d'Ivoire (21%) sont également mis à mal. Si la Chine a rapidement contre-attaqué en relevant ses droits de douanes sur les produits américains, l'Union européenne (UE) -qui a vu ses tarifs augmenter à 20% - a d'abord condamné la démarche américaine avant de s'avancer vers des négociations. Bruxelles propose notamment la suppression réciproque des taxes douanières sur les produits industriels.
En Afrique cependant, les réactions officielles se comptent encore sur le bout des doigts. Enseignant à la New York University, l'économiste Abdoulaye Ndiaye estime que les pays du continent « devraient réagir en phase avec les autres pays ». « Cette situation place les Etats-Unis contre le reste du monde. A mon avis, l'Afrique devrait observer et voir ce que décident les autres : Japon, l'Europe..., afin de choisir le meilleur positionnement selon ses intérêts », explique l'expert.
Une voie dans laquelle le Lesotho semble déjà s'inscrire. Ce royaume d'Afrique australe entend envoyer une délégation aux Etats-Unis pour négocier la baisse des droits de douane imposés par Trump, a annoncé le ministre du commerce ce week-end. Sans changement, cette petite économie enclavée dans l'Afrique du Sud prendrait un coup fatal, car son secteur du textile, principal employeur du pays, vit quasiment de la production de jeans, elle-même principalement exportée vers les Etats-Unis. « C'est le déficit commercial enregistré par les Etats-Unis qui explique le taux élevé de 50% imposé au Lesotho », explique l'économiste. Et d'ajouter : « De nombreux pays africains ne sont imposés qu'à hauteur de 10%, justement parce que la balance commerciale penche en faveur des Etats-Unis ».
Les chiffres sont en effet éloquents. Globalement, les échanges de biens entre le continent africain et les Etats-Unis ont atteint 71,6 milliards de dollars en 2024, selon le Bureau du représentant américain au commerce dirigé par Jamieson Greer. Les pays africains ont importé des Etats-Unis 32,1 milliards de dollars de biens, en hausse de 11,9 % en glissement annuel, tandis qu'ils ont exporté 39,5 milliards de dollars, en hausse de 1,9 %. Dans le détail, le Lesotho a exporté 237,3 millions de dollars de marchandises vers les Etats-Unis et n'a importé de son partenaire que 2,8 millions de dollars. La Côte d'Ivoire a exporté 1 milliards de biens vers le pays de l'Oncle Sam et a importé 596,6 millions de dollars de biens.
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Si les produits comme le pétrole et certains minerais (importants dans les exportations africaines vers les Etats-Unis) sont épargnés de la tarification douanière, beaucoup d'autres produits alimentent ce commerce : textile, cacao, café, automobile... Plusieurs économistes évoquent l'opportunité pour les pays africains d'explorer d'autres marchés et d'accélérer l'intégration économique du continent à travers la zone de libre-échange continentale africaine (Zlecaf). « Peu importe la situation hégémonique des Etats-Unis, si Donald Trump ne revoit pas sa copie, les Etats-Unis ne peuvent s'en sortir », estime l'économiste.
Tout ceci arrive au moment où Jamieson Greer et son équipe tenaient plutôt un discours ambitieux quant au positionnement des Etats-Unis vis-à-vis du continent. « L'Afrique subsaharienne offre de nombreuses opportunités aux entreprises américaines en tant que marché émergent pour les exportations américaines », déclaraient-ils en publiant les derniers chiffres annuels du commerce, soulignant que « l'administration cherche à élargir les marchés des biens et services américains en Afrique subsaharienne ». Mais les nouveaux droits de douane imposés par Donald Trump pourraient considérablement saper l'enthousiasme des pays africains dont plusieurs sont liés commercialement au pays de l'Oncle Sam par l'Agoa (Bénin, Nigeria, RD Congo, Ghana, Côte d'Ivoire...) ou un accord de libre-échange à l'instar du Maroc. Du coup, si les pays qui sont imposés au minimum de 10% se sentaient de prime abord mieux loti, à froid, l'articulation entre divers accords et nouveaux tarifs douaniers peut s'assimiler à un petit casse-tête chinois sur le plan juridique.
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Dimanche, les Américains ont manifesté leur mécontentement dans plusieurs Etats, notamment en raison des pertes immédiates sur les marchés boursiers. A la télévision, le ministre américain des Finances, Scott Bessent, annonçait qu'une cinquantaine de pays « ont approché » Washington pour une révision à la baisse de leurs droits de douane. Alors que les matières premières aussi restent volatiles et que la tension monte à l'international, de gros points d'interrogation demeurent quant à ce que feront les Etats-Unis. « Il faut réagir, oui, mais je crois aussi qu'il est important pour les pays ne prennent pas, sur le court terme, des décisions qui soient irréversibles, drastiques sur le court terme », relativise Abdoulaye Ndiaye qui, dès la sortie du président américain a préconisé dans une article scientifique « le boycott international » comme « un outil géopolitique et géoéconomique important ». Pourquoi ? « Tout simplement parce qu'avec ce gouvernement Trump, il y a beaucoup d'incertitudes. Il ne serait pas étonnant que d'ici trois mois, il change la donne si cette stratégie ne fonctionne pas ».