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Economie - La Tribune AfriqueConjoncture - La Tribune Afrique

Congo : la facture salée du FMI, une épée de Damoclès pour Sassou

Aboubacar Yacouba Barma

Publié le 22 avril 2018 à 12:02 - Mis à jour le 13 décembre 2024 à 01:03

Sassou Nguesso en 2016

Sassou Nguesso en 2016

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Le FMI et le gouvernement congolais ont sont enfin parvenus sur un accord après plusieurs rounds d’intenses négociations sur les réformes que devrait mettre en œuvre le pays afin de pouvoir bénéficier d’une assistance financière. Plongé dans une conjoncture des plus difficiles avec notamment une dette abyssale, le Congo n’avait pas vraiment beaucoup de marges de manœuvres et a dû se plier aux desideratas de l’institution de Bretton Woods.

Pour le gouvernement congolais, c'est un véritable ouf de soulagement ! Au terme d'une nouvelle mission à Brazzaville qui s'est étalée du 3 au 18 avril, l'équipe du FMI en charge depuis plusieurs mois des négociations avec le gouvernement congolais, a annoncé vendredi dernier, être parvenue à un accord avec le pays. A la clé, un soutien financier de l'institution de Bretton Woods qui constitue une bouffée d'oxygène pour le régime de Denis Sassou N'guesso qui fait face depuis 2014 à une conjoncture économique des plus difficiles.

«La mission a conclu un accord avec les autorités de la République du Congo sur les contours des politiques qui pourraient être soutenues par un arrangement financier. Le programme proposé vise à promouvoir une croissance soutenue et inclusive notamment en rétablissant la viabilité budgétaire et en améliorant la gouvernance. Il vise aussi à contribuer aux efforts régionaux de renforcement de la stabilité extérieure». Abdoul Aziz Wane, FMI

Il était vraiment temps pour le Congo qui pâtit certes de la baisse des prix de pétrole entamée à partir de 2014, mais aussi et surtout le poids d'une dette abyssale que le gouvernement a tenté une première fois de cacher au FMI. Les négociations avaient alors pris une nouvelle tournure, hésitant à venir en aide au Congo qui en avait pourtant urgemment besoin pour faire face à la crise économique qui a amplifié les revendications sociales dans un climat des plus tendus. A plusieurs reprises, le FMI a faillit dire non alors que le Congo se trouvait à la limite de la cessation de paiement, ce qui a accentué la pression sur le gouvernement du premier ministre Clément Mouamba qui a dû se plier aux diktats du FMI. C'est en effet sur un programme qui n'a rien à envier aux fameux Plans d'ajustement structurel (PAS) des années 80 dont les conséquences sur les économies africaines a été dévastatrices comme le reconnaissent actuellement les principales institutions financières, dont le FMI lui-même.

Engagements et promesses de réformes

«Les autorités devront entreprendre des réformes audacieuses et immédiates dans le domaine de la gouvernance pour traduire en action la rupture avec les politiques et pratiques du passé proclamée par le gouvernement» a annoncé Abdoul Aziz Wane, le chef de mission du FMI. Des engagements pour un programme de réformes qui visent non seulement la situation économique mais qui s'étendent aussi à la gouvernance, c'est en effet sur quoi le gouvernement congolais s'est engagé devant le FMI. À cet égard, la mission a même montré le chemin aux autorités. C'est ce qui explique les félicitations qui lui ont été adressées sur «son intention de publier une étude sur la gouvernance pour guider les futures réformes dans la gouvernance, la transparence, et la gestion des finances publiques».

A en croire le FMI, le gouvernement congolais a également pris l'engagement de créer un organe indépendant de lutte contre la corruption avec tous les pouvoirs d'investigation et un système de déclaration du patrimoine pour les hauts responsables, et de renforcer le contrôle des grands projets d'infrastructure et des entreprises publiques, notamment celles du secteur pétrolier. «La mission s'est félicitée des décisions des autorités de rendre pleinement compte au Parlement et à la population sur la gestion des ressources naturelles et des grands travaux au cours des dernières années» s'est même laissé dire le Congo par le FMI qui à ce sujet estime «qu'une participation forte de la société civile sera cruciale pour le succès des réformes de la gouvernance».

«La mission salue les efforts des autorités pour améliorer la transparence du secteur pétrolier en vue d'accroître de manière significative la part de l'Etat dans les ressources naturelles de la nation. La première étape sera de développer la capacité de l'État à réconcilier systématiquement toutes ses transactions relatives aux ressources naturelles. La mission se félicite de l'intention des autorités de donner à toutes les entreprises exploitant les ressources naturelles un délai pour déclarer tous droits dont elles pourraient se prévaloir sur la part du gouvernement dans ces ressources». FMI

Exigences et concessions

L'équipe du FMI dit bien comprendre le fait que les autorités vont continuer à travailler dans les prochaines semaines sur la mise en œuvre de leur stratégie exhaustive pour restaurer la viabilité de la dette et assurer le financement total du programme mais ce n'est qu'une fois établie le respect de toutes les politiques du FMI en la matière qu' un arrangement financier pour soutenir le programme économique du Congo sera proposé à l'examen du Conseil d'administration du FMI. Autant dire que le gouvernement n'est sorti d'affaire surtout que le FMI veillera au grain pour s'assurer de la mise en œuvre des engagements pris avant de se décider à délier la bourse.

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Cependant vu le contexte, le Congo n'a pas vraiment d'autres alternatives. Le FMI a d'ailleurs tenu, au terme de la mission de son équipe, à faire l'état des lieux, une manière de rappeler au gouvernement que c'est de son aide que viendra le salut et qu'il va falloir faire plus de concessions et de promesses. «L'économie congolaise souffre des effets des bas prix du pétrole, une dette insoutenable, et des défis importants liés à la gouvernance» a souligné le FMI citant aussi la récession prolongée de l'économie non pétrolière qui affecte négativement les populations vulnérables. «Malgré un ajustement budgétaire prononcé depuis 2015, les déséquilibres macroéconomiques demeurent importants et la dette est insoutenable» a poursuivit même source. Et de mettre en exergue le niveau élevé de la dette et l'accumulation d'arriérés qui en a résulté et qui nuisent à la confiance des investisseurs, la stabilité du système financier, ainsi qu'aux services sociaux. «Les faiblesses dans la gouvernance et la lutte contre la corruption ont exacerbé les lacunes dans la mise en œuvre des lois et règlements et les vulnérabilités économiques» a estimé la mission.

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Pour le Congo, il va falloir désormais convaincre le FMI par les actes et donc des résultats concrets. Cependant, pour le gouvernement c'est déjà un soulagement puisque la conclusion de ce programme à elle seule, ouvre la voie à d'autres accords avec des partenaires financiers internationaux qui n'attendaient que la décision du FMI avant de s'engager. Le premier sur la liste, la France comme l'a confirmé son ministère de l'Economie et des finances, Bruno Lemaire qui était à Brazzaville il y a quelques jours où il a fait miroiter au gouvernement une aide de plusieurs dizaines de millions d'euros dès la conclusion d'un accord avec le FMI.

Aboubacar Yacouba Barma

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