Filière cinéma : le cri d'alarme du loueur de matériel de tournage Papaye

Sophie Arutunian
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Papaye est une société connue par les professionnels du cinéma, mais peu du grand public. Quel est votre métier ?
Ancien technicien de cinéma, j'ai commencé dès 1986 à développer une activité spécialisée dans la location de matériel de tournage (cela va de la caméra à la machine à café en passant par l'éclairage, la machinerie, les camions et les groupes électrogènes pour les tournages) et la prestation de service pour le cinéma et la télévision. Au début, je travaillais uniquement dans le sud-ouest, d'une part car je suis originaire de cette région, d'autre part car je voulais prouver qu'on peut "fabriquer" du cinéma ailleurs qu'à Paris. Exister en Province dans ce secteur relève du défi. J'ai construit lentement mais sûrement la réputation de ma société qui a pris son nom "Papaye" au 1er janvier 1994 (Papaye était mon surnom sur les plateaux de tournage). Nous avons travaillé pour les plus grands noms du cinéma, tels qu'André Téchiné, le regretté Claude Chabrol, Pierre Granier-Deferre, Bertrand Tavernier et d'autres encore.
Pour quelles raisons votre société est-elle en difficulté ?
Depuis 2013, la société traverse de graves difficultés liées à la monopolisation des marchés par les équipes parisiennes sur notre secteur, ce qui me peine d'autant plus que je participe depuis toujours à l'économie locale et à sa richesse. Je m'acquitte localement de diverses taxes et je contribue à la dynamisation du tissu professionnel et économique du cinéma en région. Pour vous donner un ordre d'idée, je réalise aujourd'hui un chiffre d'affaires deux fois moins important qu'en 2012 (500 000 euros, NDLR). L'effectif de mes salariés est passé, sur la même période, de 12 à 3. C'est très dur.
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Plusieurs raisons expliquent cette chute d'activité : un partenaire peu scrupuleux résident en Ile-de-France (l'affaire est en justice), mais également le fait que la majorité des tournages qui ont lieu dans la région se font aujourd'hui sans le matériel ni le personnel technique de Papaye. Je m'explique : aujourd'hui, les producteurs qui viennent tourner en Midi-Pyrénées préfèrent faire venir des professionnels de Paris plutôt que d'embaucher des compétences sur place. C'est absurde et ça tue encore plus le marché. Ainsi, ma société et d'autres, locales, ne sont même plus consultées pour être prestataires. C'est un mépris total vis-à-vis du savoir-faire régional.
Sophie Arutunian
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