« En Corse, l’État n’a été réactif que lorsqu’il a été bousculé ! » (Jean Baggioni)
Jean-Marc Rafaelli
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Christian Buffa
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LA TRIBUNE - Comment le jeune enseignant que vous étiez est-il entré en politique ?
JEAN BIAGGIONI - Bien avant de devenir enseignant puis inspecteur de la Jeunesse et des Sports, je suis entré en politique au moment des événements de mai 58 quand, à Alger puis en Corse, des hommes ont réclamé le retour du général De Gaulle. C'était pour moi l'engagement passionné derrière celui que nous considérions comme le sauveur de la Patrie. À 20 ans, servir un homme qui, de son vivant, était déjà dans l'Histoire de France, c'était exaltant.
Vous avez toujours appartenu à la famille libérale. Quelle a été votre réaction quand, en 1982, la Corse a été dotée d'un statut particulier ?
En tant qu'élu de droite, j'aurais pu stigmatiser l'initiative d'un gouvernement de gauche. Mais je dois reconnaître que Gaston Defferre, Premier ministre de l'Intérieur de François Mitterrand, a été l'initiateur d'une décentralisation sans précédent et d'une évolution institutionnelle de progrès. Je suis entré à l'Assemblée de Corse sous la bannière libérale pour servir ce nouveau statut, quand bien même les clivages politiques m'éloignaient de ses concepteurs.
Dix ans plus tard, à la faveur du statut Joxe, la Corse a son propre gouvernement, appelé conseil exécutif, dont vous êtes le premier président. Une aventure pour vous ?
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Vous ne croyez pas si bien dire ! Une fois la loi de mai 1991 promulguée, s'est tenue l'élection de l'assemblée territoriale. Bras droit de Jean-Paul de Rocca Serra, figure tutélaire de la droite corse, j'ai été élu président du Conseil exécutif contre toute attente puisque c'était la gauche qui avait conçu le projet. À l'époque, personne d'autre que moi en France ne portait ce titre. C'était si étrange que les ministres ne me connaissaient pas, ils ignoraient tout de ma fonction et de la nouvelle administration de la Corse. Moi-même, je ne succédais à personne, je n'avais ni archives, ni nouveaux moyens humains ou matériels. Je suis parti d'une page blanche pour inventer le périmètre de ma fonction. Par ailleurs, pour la première fois de son histoire, la Corse était dotée d'un pouvoir bicéphale. Jean-Paul de Rocca-Serra, réélu président de l'Assemblée, conservait son personnel, ses murs, ses meubles et, pensait-il, ses prérogatives passées. Or, le statut transférait l'ensemble des compétences au président du Conseil exécutif es-qualité. Mais c'était mon ami et je ne voulais pas le bousculer. Il m'a fallu agir patiemment, avec diplomatie et affection, pour faire reconnaître progressivement mes besoins, mon autorité et mon rôle. Et ce, sans que personne ne se rende compte à l'extérieur que cette dualité institutionnalisée pouvait engendrer le moindre problème ou le moindre ressentiment.
Jean-Marc Rafaelli