Henri Proglio ou l'obsession du pouvoir

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Henri Proglio. Copyright Reuters
Henri Proglio. Copyright Reuters
C'est un portrait au vitriol que dressent les journalistes Pascale Tournier et Thierry Gadault du patron d'EDF, Henri Proglio, dans leur livre enquête "Henri Proglio, une réussite bien française" (Ed. du Moment). L'homme, qui détonne dans le paysage des grands patrons français, est, selon les auteurs, le parfait produit de la consanguinité entre le politique et l'industrie, où l'influence et le pouvoir comptent davantage que la réussite économique.

Mais pourquoi est-il si méchant? « Parce queeeee », répondait le petit bonhomme haineux armé de sa tronçonneuse dans la publicité Orangina. Même question pour Henri Proglio. L'enquête de Pascale Tournier et Thierry Gadault sur le président en exercice d'EDF est passionnante mais glaçante.

Personnage fascinant, jamais attachant

Le personnage est fascinant, il n'est jamais attachant. Son ascension est étonnante mais besogneuse et sans grand panache. Il a fait et dirigé Veolia, il dirige EDF mais ses stratégies industrielles sont filandreuses, absconses et pas aussi « successfull » qu'il aimerait le faire croire. Henri Proglio formé un peu par hasard à HEC, entré sans trop savoir pourquoi à feu la Compagnie Générale des Eaux, est arrivé tout en haut plus par l'incapacité de ses concurrents que sur ses propres qualités. Et depuis que Jacques Chirac lui a donné les coups de pouce nécessaires, il se maintient contre vents et marées en haut de la pyramide du capitalisme français.

Insubmersible

Régulièrement on le croit condamné. Parfois parce qu'il est victime d'un des innombrables pièges qu'il a tendu à un ennemi et qui s'est retourné contre lui. Parfois parce que le président, en l'occurrence Nicolas Sarkozy, est lassé de ses excès ou qu'il est, comme François Hollande, viscéralement allergique au personnage. Mais Proglio est insubmersible. Il en sait toujours plus sur les autres que ces derniers sur lui. Son réseau politique, à droite, au centre et à gauche est tel, les services qu'il a rendus à tout un chacun sont si nombreux que jamais l'homme ne coule.

Système d'accointances et de réseaux

Il a embauché qui il fallait quand il fallait, investit où il fallait quand la nécessité politique le lui dictait ; il a su écouter, comprendre, aider et, parfois, trahir, une bonne partie de la classe politique française Ce système d'accointances et de réseaux est parfaitement décrit par les deux journalistes Pascale Tournier et Thierry Gadault. Les coups tordus de Proglio, sa méfiance quasi paranoïaque, sa détestation pour quelqu'uns de ses pairs comme les services qu'il a rendus.

« Une réussite bien française » titrent-t-ils donc justement leur enquête car c'est bien là que le bat blesse. L'homme n'apparait pas comme un capitaine d'industrie, un visionnaire, un stratège. Pis, sa personnalité ne sert pas son entreprise. Ainsi la profonde détestation qu'il entretenait pour Anne Lauvergeon, la patronne d'Areva, l'a quasiment amené à définir la politique d'EDF (et du nucléaire français) en fonction de sa volonté de détruire sa rivale. Le fameux contrat raté des deux EPR à Abou Dhabi, l'incapacité de Nicolas Sarkozy et Claude Guéant à raisonner Proglio, l'échec total de la stratégie de ce dernier pour faire tomber sa rivale et redéfinir à lui seul le nucléaire français est l'un des épisodes les plus sinistrement significatifs de cette « réussite française ».

"Obsédé par la trahison"

Henri Proglio est un manoeuvrier, jamais accepté par la confrérie des grands patrons, toujours méfiant, « borderline » dans sa manière de gérer les dossiers et les gens et, dit Alain Bauer, qui le conseilla longtemps, « obsédé par la trahison ». C'est donc un personnage de roman. Mais il est surtout le parfait produit de la consanguinité des politiques et des dirigeants des grandes entreprises. Et ce n'est plus romanesque du tout.


"Henri Proglio, une réussite bien française", Pascale Tournier et Thierry Gadault, éditions du Moment, 18,50 euros.
 

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Commentaires
a écrit le 22/05/2013 à 17:58 :
Après son départ l'action de Véolia est passée de 22 euros à 7 euros avec des comptes passé au peigne fin par la nouvelle direction. C'est étonnant que malgré les audits on puisse encore trafiquer les comptes à se point.Et que fait les autorités de régulation et de contrôle? Je serais curieux de voir les comptes d'EDF après son départ si la même "stratégie y à été appliquée.
a écrit le 22/05/2013 à 17:47 :
on peut lui dire merci pour les augmentations à répétitions de nos notes d'électricité et également merci à la communauté de taxes publiques de tous genres.
a écrit le 22/05/2013 à 17:43 :
Lorsque l'on est à la tête d'une entreprise comme EDF, le plus important, c'est de savoir s'entourer d'une équipe de cadres compétents, avisés, et de savoir les écouter, le reste n'est que prises de décisions suivant les conseils de l'entourage et validation des dossiers par une signature.
a écrit le 22/05/2013 à 15:48 :
La petite mignonne,c'est vrai ça on s'ennuie,vous avez des news ?
a écrit le 22/05/2013 à 15:38 :
Qu'en pense Rachida Dati ? y'en a pas mal à dire de ce coté la.
a écrit le 22/05/2013 à 15:32 :
En gros il bouffe plus souvent avec les politiques,qu'avec son staff management.
Moralité:à EDF il y a encore des cadres compétents,sinon Henri serait passé à la trappe depuis longtemps.
a écrit le 22/05/2013 à 14:07 :
Proglio un pur produit de la nomenclature et spécifité française des groupes étatiques.
Dans le privé il aura fait le gardien de la porte.Le soir avant dormir il remercie Chirac et
le parrain Sarko.
a écrit le 22/05/2013 à 12:09 :
Un portrait à charge , tellement dans l.outrance si l.on en croit votre chronique. Tant d.excès.... Croyez-vous vraiment qu'HP se serait maintenu à de tels niveaux sans compétences ? Il faut raison garder.
Réponse de le 22/05/2013 à 13:36 :
Il a des competences reelles mais celles du systeme francais...copinage clientelisme politique. et certains en haut ont en plus une vision strategique, management, commerciales qui sont des competeneces indispensables pour reussir le job et non pas pour obtenir le job.
Des gens competents mais sans les competences de Proglio existent mais sont relegues loin derriere ...il suffit de regarder l etat de la France pour comprendre....
Chez les politiques pareil...
a écrit le 22/05/2013 à 12:02 :
Proglio patron de Verolia, ça résume tout

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