2017, l'année du retour de l'investissement dans les infrastructures ?

Lors du Forum des Travaux Publics organisé jeudi 23 février au Carrousel du Louvre à Paris, quatre candidats à la présidentielle (Macron, Fillon, Hamon et Le Pen) ont répondu aux questions de la FNTP. Tous s'accordent sur la nécessité de dégager des moyens pour relancer l'investissement dans les infrastructures.
(Crédits : reuters.com)

"Réinvestissons la France" : c'était le mot d'ordre du Forum des Travaux Publics organisé par la FNTP jeudi 23 février. Trois candidats à la présidentielle sont venus en personne (Emmanuel Macron, Marine Le Pen et François Fillon) et un, Benoît Hamon, a répondu lors d'un entretien filmé et retransmis dans la grande salle pleine à craquer du Carrousel du Louvre (1). S'ils sont élus, sont-ils prêts à investir dans les infrastructures ? Ont-ils l'intention de fournir aux collectivités locales les moyens de leur développement ? Vont-ils créer un grand ministère des infrastructures ? Qui paiera la note : usagers ou contribuables ? Et quid de la récente loi sur la pénibilité au travail, fortement contestée par les employeurs ? Ce sont les principales questions que Bruno Cavagné, président de la FNTP, et Christophe Barbier de l'Express ont posé aux impétrants.

Emmanuel Macron veut remplacer l'écotaxe par une eurovignette

Emmanuel Macron qui va bientôt présenter son programme détaillé veut « réduire le millefeuilles des dépenses de fonctionnement » et promet « un pacte quinquennal fort de 10 milliards d'euros sur cinq ans pour les collectivités locales ».  En parallèle, il évoque un « plan d'investissement de 50 milliards dont 20 pour les travaux publics ». Bruno Cavagné lui rappelle que « la profession souffre d'une absence de prévision » et propose la création d'un COPI (conseil d'orientation et de programmation des infrastructures). Réponse du leader d'En Marche : « je partage cette philosophie, votre pire ennemi c'est l'incertitude ». Mais qui va payer ces programmes ? « Une eurovignette sur les transporteurs serait une bonne réponse à la disparition de l'écotaxe » répond Emmanuel Macron. Sur la question des grands travaux en cours (LGV Lyon Turin et Bordeaux Toulouse, aéroport de Notre Dame des Landes, canal Seine Nord), l'ancien ministre des finances est d'accord pour finir le Lyon Turin « car la contribution européenne est conséquente » et le canal Seine Nord, « parce que je crois à la multimodalité ». Mais il reste prudent sur l'aéroport nantais très controversé : « j'y suis favorable, mais c'est un Sivens puissance 10 ! (Rémi Fraisse, jeune contestataire à ce projet de barrage, avait trouvé la mort en octobre 2014 lors d'une manifestation NdA) ». Concernant la pénibilité au travail, Emmanuel Macron, qui n'aime pas ce mot, propose d'employer plutôt les termes de « prévention et d'équité car je crois dans le travail ».

Marine Le Pen veut renationaliser les autoroutes

Marine Le Pen avait bien préparé ce grand oral. Elle a rappelé que les investissements d'infrastructures en France avaient fortement baissé. « Nous étions premier mondial en 2008 pour l'état des routes, nous ne sommes plus que dixième en 2016 ». Pour la Présidente du Front National, le coupable est l'Union Européenne, « qui impose depuis 2010 une austérité qui aboutit à la baisse des dotations aux collectivités locales ». La candidate propose un « arrêt de la gabegie due aux multiples niveaux administratifs en redistribuant les fonctionnaires territoriaux » et veut instaurer « une révolution de la proximité au plan économique et politique ». Pas question pour elle de réduire la dette à tout prix, comme le demande l'Europe, « qui nous condamne à une austérité sans fin » : « selon le FMI, un euro investit par l'État génère 7,5 euros de croissance à cinq ans. Et d'après l'OCDE, une hausse de 0,5 % du PIB peut être financée par le déficit sans accroître la dette ». Chantre d'un État stratège en matière d'infrastructures, la candidate veut aussi renationaliser les autoroutes « car les Français ont été spoliés », taxer les poids lourds étrangers et prélever une partie de la TIPP (taxe intérieure sur les produits pétroliers) pour l'entretien du réseau routier.

Le compte pénibilité ne trouve pas grâce aux yeux de la présidente du Front National : « j'aimerais connaître l'identité de celui qui l'a inventé. C'est un dispositif ingérable et très onéreux. Il faut arrêter cette folie et revenir à une évaluation personnalisée par la médecine du travail ». Que pense la candidate de la directive des travailleurs détachés et du plan Juncker (plan d'investissement de 315 milliards sur trois ans) ? La réponse est claire : « l'ensemble de mon projet ne peux être mis en oeuvre avec les règles actuelles de l'UE.  Il faut sortir de l'UE car on ne pourra rien faire pour le patriotisme économique, le protectionnisme ou l'immigration ». Pas sûr que les grands groupes français du BTP de taille européenne et mondiale apprécient.

François Fillon : redresser l'économie avant d'investir

François Fillon, dernier candidat en chair et en os, a commencé son intervention en évoquant son cheval de bataille : un plan de redressement de l'économie de 100 milliards d'euros pour faire baisser la dette d'ici cinq ans, « sans lequel aucune promesse n'a de sens. Il faut réformer le code du travail et baisser les charges sociales comme personne ne l'a fait depuis trente ans ». Le candidat des Républicains ne promet pas de maintenir les dotations aux collectivités locales mais propose un « accord avec des contreparties, soit des dotations variables en fonction de la baisse des dépenses de fonctionnement entreprises ». Pas question d'augmenter les impôts pour financer les infrastructures  - « c'est de la folie ! Nous avons le record en matière de fiscalité, qui pèse sur la compétitivité » - et les usagers paieront une partie des travaux, tandis que l'Etat revendra ses participations dans les entreprises privées. Le compte pénibilité sera supprimé (applaudissements dans la salle) et Notre Dame des Landes sera construit car « l'Ouest français doit avoir un aéroport international ».

Benoit Hamon met l'accent sur la rénovation énergétique

Benoît Hamon, interrogé et filmé par Christophe Barbier et Bruno Cavagné au siège du PS, veut « un modèle de développement de tempérance » et désire consacrer 20 milliards aux travaux d'infrastructures. Prenant exemple sur François Mitterrand, il propose de construire à Paris un « grand palais de la langue française » et évoque comme priorités la rénovation thermique des bâtiments et le ferroutage « en attendant le véhicule électrique ».  Sur la pénibilité, « il faut travailler sur la prévention. Je compte même m'appuyer sur ce que vous, entreprises du bâtiment, avez fait sur vos chantiers en matière de prévention pour expliquer les dangers du burn out aux entreprises de services ».

A l'applaudimètre, François Fillon et Emmanuel Macron ont clairement gagné, même si le premier promet plus d'économies que de dépenses, et si le second est resté flou sur la manière dont il compte financer ses projets.

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Commentaire 1
à écrit le 24/02/2017 à 13:10
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Euh... Mélenchon ? 14% dans les sondages ? Bon alors je le fais pour vous hein : https://laec.fr/chapitre/la-planification-ecologique

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