Investir dans les infrastructures  ? Ce que proposent les candidats  à la présidentielle 2017

 |   |  1235  mots
Yannick Jadot, par exemple, prône l'abandon de certains « grands projets inutiles » comme « les nouvelles lignes à grande vitesse, le tunnel Lyon-Turin (photo), l'aéroport de Notre-Dame-des-Landes, le Grand contournement ouest de Strasbourg, etc. ».
Yannick Jadot, par exemple, prône l'abandon de certains « grands projets inutiles » comme « les nouvelles lignes à grande vitesse, le tunnel Lyon-Turin (photo), l'aéroport de Notre-Dame-des-Landes, le Grand contournement ouest de Strasbourg, etc. ». (Crédits : reuters.com)
Les principaux candidats à la présidentielle de 2017 ont des visions bien différentes sur l’investissement public. Entre rigueur budgétaire et grands plans de relance, ils se distinguent dans leurs propositions en matière d’investissement public dans les infrastructures. Tour d’horizon, d’un extrême à l’autre…

L'image de fillon se degrade, selon un nouveau sondage

Fillon, l'austère

À la lecture du programme de François ­Fillon, le moins que l'on puisse dire, c'est que la relance de l'économie par l'investissement public n'est pas sa priorité. À l'inverse, il a fait de la baisse de la dépense publique sa marque de fabrique. Il est, dans ce cadre, le plus austère des candidats à l'élection présidentielle : il souhaite « redresser les finances publiques et amorcer le désendettement de l'ordre de 110 milliards d'euros en cinq ans ».

Pour réaliser ces baisses de dépenses, François Fillon compte, notamment, agir sur deux leviers : la suppression de 500 .000 postes de fonctionnaires, ainsi que le maintien sous tension financière des collectivités locales. Ces collectivités, dont les investissements représentent 70 % de l'investissement public civil, sont pourtant les principaux soutiens financiers des secteurs du bâtiment et des travaux publics.

Mais en parallèle, François Fillon souhaite « donner aux Régions toutes les compétences sur leur territoire, pour la meilleure organisation du transport et de la mobilité », et ajoute qu'« elles pourront s'impliquer dans des projets de nouvelles infrastructures, telles que les canaux, avec l'appui de l'État et de l'Europe ». Reste à savoir si les transferts financiers aux Régions seront suffisants pour qu'elles assument davantage de compétences, sachant que les objectifs de réduction de dépenses du candidat sont massifs. Enfin, François FIllon souhaite mettre l'accent sur « le numérique et le très haut débit, car aucune zone de notre espace national ne doit passer à côté de la révolution numérique ».

___

Des jeunes de l'udi rejoignent emmanuel macron

Macron, Monsieur numérique

Si son programme se fait attendre, Emmanuel Macron a toutefois précisé ses intentions en matière de financement des infrastructures publiques.

Il préconise notamment un « plan quinquennal d'infrastructures, raisonnable, que l'on sait financer », focalisé sur des « infrastructures prioritaires » afin de résoudre le problème « d'accès au centre d'activités le plus proche, ou pour attirer de l'activité ». Sur l'accès au haut débit dans tous les territoires, notamment, le fondateur d'En Marche ! dit vouloir donner « une date limite à tous les opérateurs de télécoms » pour qu'ils remplissent cet engagement. Sinon, « l'État se substituera à eux si, dans les deux ans qui suivent mai 2017, ils n'ont pas déployé partout au bon rythme la fibre ou le cellulaire », a-t-il averti. Les géants des télécoms sont prévenus.

___

Hamon face aux crispation d'une gauche deboussolee

Hamon, l'Européen

Pour le vainqueur de la primaire de La Belle Alliance populaire, Benoît Hamon, la priorité est claire : la transition écologique. Celle-ci guidera la quasi-totalité des investissements publics s'il est élu. Le candidat PS promet ainsi « un plan massif d'investissements dans la rénovation énergétique des bâtiments, afin de réduire notre consommation d'énergie et lutter contre la précarité énergétique ». Mais pour y arriver, l'État ne sera pas seul. Benoît Hamon prévoit, en effet, de mettre « la finance au service de la transition écologique pour trouver les 60 milliards d'euros nécessaires sans attendre le bon vouloir du marché ». Plus original, il déclinera ses objectifs au niveau européen par « un plan d'investissement de 1. 000 milliards centré sur la transition écologique et à destination prioritaire des zones de l'Europe les plus défavorisées ». De quoi faire bouger les lignes sur le Vieux Continent.

___

Nicolas dupont-aignan candidat a la presidentielle

Dupont-Aignan, remettre en état l'existant

Le candidat de Debout La France, Nicolas Dupont-Aignan, prône une forme d'humilité en matière d'investissements publics : selon lui, il faudrait avant tout s'atteler à « rattraper le retard en matière d'infrastructures et améliorer le service rendu ».

Le maire de Yerres, dans l'Essonne, préfère « maintenir et rénover le réseau ferroviaire plutôt que d'investir dans des projets délirants à la rentabilité douteuse (...) de grands projets inutiles tels que le TGV Lyon-Turin ». En outre, Nicolas Dupont-Aignan propose d'« étendre l'accès au très haut débit et à l'ouverture des téléphones portables à toutes les zones rurales, bourgs et petites villes ». Une condition sine qua non pour ne pas accentuer les déséquilibres territoriaux.

___

Yannick jadot sera le candidat presidentiel des ecologistes

Jadot, pour un schéma national

Le candidat écologiste Yannick Jadot a de grandes ambitions : il souhaite, en effet, « engager une révision complète du schéma national des infrastructures ». Sur ce thème, il rejoint sur plusieurs points Benoît Hamon et Jean-Luc Mélenchon. Comme ce dernier, Yannick Jadot prône l'abandon de certains « grands projets inutiles » comme « les nouvelles lignes à grande vitesse, le tunnel Lyon-Turin, l'aéroport de Notre-Dame-des-Landes, le Grand contournement ouest de Strasbourg, etc. ».

Surtout, le candidat écologiste souhaite mettre en place un plan d'investissement de 600 milliards d'euros par an, « financé par la Banque européenne d'investissement et les banques nationales d'investissement, garanti ou racheté par la Banque centrale européenne, avec quatre priorités : la transition énergétique, le numérique, les infrastructures de transport du quotidien, et la santé ». Un projet hyperambitieux.

___

Jean-Luc Mélenchon

Mélenchon et l'effet de levier de l'investissement public

Peut-être le plus précis sur ce thème, le candidat de la France Insoumise, Jean-Luc Mélenchon, multiplie les interventions sur la relance de l'économie par l'investissement public. Il propose ainsi « un plan d'investissement public de 100 milliards pour faire face à "l'urgence écologique", et qui devrait permettre de créer au moins 1,5 million d'emplois ».

Pour ce faire, il compte bien utiliser l'effet de levier généré par l'investissement public : « N'oublions pas : 1 euro en investissement génère 3 euros d'activité, qui génèrent à leur tour au moins 20 % de retours vers l'État sous forme d'impôts et taxes », rappelle-t-il. Et d'ajouter : « En tout, nous pouvons créer 3,5 millions d'emplois ».

Sur son blog, Jean-Luc Mélenchon précise en outre sa vision des infrastructures ferroviaires en France. Il a d'abord marqué son opposition au projet de la ligne ferroviaire Lyon-Turin, qu'il qualifie de « grand projet inutile » : « Nous n'avons pas besoin d'une deuxième ligne ferroviaire - de surcroît privatisée - entre la France et l'Italie (...) L'argent public prévu pour ce chantier doit, au contraire, être mobilisé au service du développement ferroviaire. » Ainsi, il préconise la mise en service d'une autoroute ferroviaire Nord-Sud au niveau national et, au niveau régional, il opérera, s'il est élu, « le doublement des voies uniques entre Grenoble et Valence, entre Aix-les-Bains et Annecy, entre Saint-Étienne et ­Clermont-Ferrand ; la décongestion du nœud ferroviaire lyonnais (traversée et sortie Sud) et l'amélioration de la desserte Grenoble-Lyon ».

___

Le pen indesirable en ukraine

Le Pen nationalise les autoroutes

De son côté, la candidate du Front National, Marine Le Pen, a une obsession : nationaliser des autoroutes, dont la privatisation sous le gouvernement de Villepin a fait beaucoup parler. Plus globalement, si elle l'emporte, l'État stratège promis par Marine Le Pen soutiendra « l'effort d'investissement en infrastructures », et en particulier « dans la ruralité (très haut débit, couverture téléphonique, routes...) ». De quoi, selon elle, « rendre aux Français un patrimoine qu'ils ont financé et dont ils ont été spoliés ». Par ailleurs, en matière d'écologie, et à coup de « protectionnisme intelligent » et de « patriotisme économique », la candidate promet de « développer massivement les filières françaises des énergies renouvelables (solaire, biogaz, bois...) ». Une politique qui sera principalement menée depuis l'Élysée, puisque la présidente du Front National souhaite supprimer les Régions et les intercommunalités.

(Photos Reuters)

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Commentaires
a écrit le 24/02/2017 à 13:49 :
Vu le mauvais état des autoroutes publiques, nationaliser les autoroutes comme le préconise le Pen est une mauvaise formule. Mieux vaut une meilleure négociation et mise en concurrence des sociétés privées. L'Etat n'est pas le plus compétent pour la gestion des autoroutes. Le programme de Macron est le plus raisonnable et réaliste.
a écrit le 24/02/2017 à 11:24 :
Chiffrage de Jadot = 600 milliards par an, écrivez-vous. Chiffre qui me semble aberrant : pouvez-vous vérifier et rectifier ? Merci !

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :