ENTRETIEN - Présidente du Conseil de la famille, Hélène Périvier dresse un tableau préoccupant des inégalités femmes/hommes au sein de la sphère familiale. À l'occasion de la journée du 8 mars, cette économiste spécialiste des inégalités revient aussi sur les avantages et les limites d'une réforme du congé parental actuellement en débat.LA TRIBUNE - Au sein de la sphère familiale, quels sont les principaux facteurs d'inégalités entre les femmes et les hommes ?
HÉLÈNE
PÉ
RIVIER - À l'arrivée des enfants, l'inégal partage des tâches domestiques se renforce. Les femmes réalisent l'essentiel de ces tâches, qui augmentent. Environ 70% du travail domestique et familial est réalisé par les femmes. Des travaux récents ont montré qu'à l'arrivée d'un enfant, il y a un décrochage très important des revenus d'activité des femmes alors que ceux des hommes restent stables.
Cela s'explique surtout par un retrait partiel ou total sur le marché du travail lorsqu'elles ont des enfants. Le renoncement à des promotions peut également avoir un effet sur le salaire horaire. De leur côté, les hommes ne modifient pas leur comportement sur le marché du travail. Cela renforce les inégalités professionnelles. L'organisation de la famille est un élément important à prendre en compte en matière d'égalité.
Une récente étude de la direction statistique du ministère de la Santé sur l'articulation vie professionnelle/vie familiale note que depuis 2002, les situations d'emploi sont plus souvent similaires au sein des couples, mais l'égalité est encore loin. Comment expliquez-vous cela ?
La participation des femmes au marché du travail a beaucoup augmenté en France durant les décennies 80 et 90. C'est un phénomène que l'on observe dans la plupart des pays européens. En revanche, la hausse du taux d'emploi en équivalent temps plein est beaucoup moins marquée. Entre la génération née en 1955 et celle née en 1975, il n'y a pratiquement pas de dynamique, dès lors que l'on tient compte du temps partiel. Plus de femmes travaillent, mais elles ont plus souvent un emploi à temps partiel qu'avant.
Propos recueillis par Grégoire Normand