Abrogation de la réforme des retraites : le texte du RN jugé recevable par les députés
latribune.fr
Le texte du RN visant à abroger la dernière réforme des retraites qui avait porté l'âge de départ à 64 ans, a été jugée recevable ce mercredi au bureau de l'Assemblée nationale.
Reuters
Le texte du RN visant à abroger la dernière réforme des retraites qui avait porté l'âge de départ à 64 ans, a été jugé recevable ce mercredi au bureau de l'Assemblée nationale, ouvrant la voie à un examen qui posera des questions délicates de positionnement à la gauche parlementaire.
Le texte du RN visant à abroger la dernière réforme des retraites a été jugée recevable ce mercredi au bureau de l'Assemblée nationale. La plus haute instance exécutive de l'Assemblée nationale, à majorité de gauche et où le RN n'a actuellement pas de droit de vote, devait se prononcer sur sa recevabilité financière, alors que les députés n'ont théoriquement pas le droit de proposer des mesures aggravant la situation des finances publiques.
Dix députés (sur 22) se sont prononcés pour la recevabilité et sept contre. Les représentants du Nouveau Front populaire ont voté pour. Le texte ira en commission avant une arrivée prévue dans l'hémicycle le 31 octobre, où le parti d'extrême droite compte défendre son texte lors de sa niche parlementaire, une journée réservée à ses propositions de loi. Pour rappel, il avait soumis sa proposition de loi le 12 septembre.
«Promesse tenue», a salué sur X le député Thomas Ménagé, co-auteur du texte avec la présidente du groupe RN Marine Le Pen.
Dans le détail, son texte prévoit de faire revenir l'âge normal de départ à 62 ans « à compter de la génération 1955 », et de fixer la durée de cotisation requise à 42 annuités, « à compter de la génération 1961 ». Une position intermédiaire entre la situation actuelle et une réforme plus ambitieuse, que le RN mettrait en place en cas d'arrivée au pouvoir, ont déclaré plusieurs sources au sein du groupe. La loi sur le report de l'âge de départ à la retraite à 64 ans avait été adopté en 2023 après qu'Elisabeth Borne, alors Première ministre, avait engagé l'article 49.3 pour faire passer la réforme à l'Assemblée nationale.
L'examen de la recevabilité des propositions des députés est d'abord la responsabilité d'une délégation, confiée à un ou plusieurs membres du bureau. Sujet d'âpres négociations entre la gauche, le camp présidentiel et la droite, elle a néanmoins été provisoirement confiée à deux vice-présidents, Xavier Breton (A droite, ex-LR) et Nadège Abomangoli (LFI), qui ne sont pas parvenus à un accord sur le texte du RN. Le bureau a donc été amené trancher.
Au final, la proposition du Rassemblement national est accueillie différemment selon les groupes. Pour Nadège Abomangoli, le texte est « recevable » car « bien gagé d'un montant conforme à l'estimation de la réforme proposée », même si son entourage relève qu'il n'a « aucune chance d'aboutir », et émane « d'un groupe qui ne s'est pas mobilisé dans la rue auprès des syndicats ».
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En revanche, pour le groupe des élus MoDem (35 sièges, plus un apparenté), il « contrevient » bien au principe interdisant d'aggraver les déficits publics, et sa validation par le bureau équivaut à un « dévoiement de la procédure parlementaire ». Et de dénoncer dans un communiqué la « complicité bienveillante du Nouveau Front populaire, qui donne quitus à toute la démagogie et l'irresponsabilité dont le Rassemblement National sait faire preuve, au détriment de l'intérêt général ».
Mais la manœuvre est aussi une chausse-trappe tendue à la gauche parlementaire, qui a fait de l'abrogation de la réforme des retraites l'un de ses principaux engagements de campagne pendant les législatives. Au point de voter un texte du groupe d'extrême droite ? « C'est un piège, c'est fait pour ça », a estimé la présidente du groupe écologiste Cyrielle Chatelain contactée par l'AFP. « Il y a un débat entre donner le point au RN et faire monter la colère », a résumé son collègue Sébastien Peytavie. Si le questionnement traverse toutes les formations du Nouveau Front populaire, ceux-ci ont tout de même voté pour la recevabilité du texte mercredi. « On est cohérent », défend Cyrielle Chatelain.
LFI présentera sa propre loi d'abrogation de la réforme des retraites
En attendant, le président de la Commission des Finances de l'Assemblée nationale, Eric Coquerel (LFI), a annoncé dimanche que son groupe présenterait sa propre proposition de loi d'abrogation de la réforme des retraites dans sa niche parlementaire de novembre, estimant ne pas pouvoir soutenir celle du RN fin octobre.
« Nous, ce que nous regardons aujourd'hui, c'est de faire en sorte que d'ici la fin de l'année, on puisse s'assurer de l'abroger mais avec nos propres mesures que nous allons proposer », a expliqué Eric Coquerel.
«C'est un problème de donner une victoire sociale à un mouvement qui propose une politique économique qui n'est pas très différente finalement de celle de Monsieur Macron et de lui donner cette caution-là», a estimé le député insoumis.
Sur France 3, la cheffe des députés insoumis, Mathilde Panot, a assuré « n'avoir aucune envie de donner cette victoire politique à l'extrême droite qui n'a jamais combattu la réforme des retraites », refusant toutefois de rejeter le texte du RN avant de connaître son contenu.