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Affaire Lubrizol : la polémique monte sur la présence de sites Seveso près des villes

latribune.fr

Publié le 29 septembre 2019 à 14:33 - Mis à jour le 29 septembre 2019 à 22:00

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Pascal Rossignol

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Après l'accident de l'usine Lubrizol, Bruno Le Maire juge "utile" de revoir l'implantation des usine Seveso pour les éloigner des villes. Le Premier ministre promet la "transparence totale" aux populations inquiètes.

Le ministre de l'Économie et des Finances Bruno Le Maire, a jugé dimanche qu'il serait "utile" de revoir les règles d'implantation des usines sensibles, après l'incendie jeudi de l'usine chimique Lubrizol de Rouen. "Avoir des usines classées Seveso qui sont quasiment imbriquées dans une ville, on ne ferait plus ça aujourd'hui", a déclaré le ministre, qui a été élu dans la région, sur le plateau du Grand Jury de RTL et LCI.

"L'urgence aujourd'hui c'est garantir la sécurité sanitaire des habitants de Rouen. Après, qu'on fasse un retour d'expérience, que nous regardions quelles leçons il faut en tirer sur les implantations d'usines, sur les usines à risque, sur la topographie de toutes les usines à travers le territoire, pourquoi pas, je pense que ça pourrait être utile", a t-il avancé.

Plusieurs riverains, associations ou syndicats ont fait part depuis jeudi de leur inquiétude ou de leur colère, alors que l'usine chimique Lubrizol, un site industriel Seveso seuil haut, est située dans la ville de Rouen, à environ trois kilomètres de la célèbre cathédrale.

Les sites Seveso sont classés selon deux niveaux de risque, seuil haut et seuil bas, en fonction de la quantité de matières dangereuses présentes. Selon le ministère de la Transition écologique et solidaire, la France compte 1.312 sites classés Seveso (dont 705 en seuil haut) à ce jour. Fin 2015, lors du dernier recensement, la France en comptait 1.261 (dont 700 en seuil haut).

Bruno Le Maire, auparavant ministre de l'Agriculture de 2009 à 2012, a par ailleurs souligné qu'il lui "paraîtrait normal" que soient indemnisées les pertes des agriculteurs de la région rouennaise, "pour ceux qui n'auraient pas été assurés". Autour de Rouen les agriculteurs ont été touchés de plein fouet avec un "gel" des productions et des récoltes susceptibles d'avoir été exposées à la suie "jusqu'à obtention de garanties sanitaires", a annoncé samedi le préfet de Normandie Pierre-André Durand.

"Transparence totale"

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  • A Rouen, l'incendie de l'usine chimique éteint, les questions demeurent

La "transparence totale": Premier ministre en tête, le gouvernement promet  de transmettre toutes les analyses de la pollution engendrée par l'incendie de l'usine chimique Lubrizol de Rouen alors que l'inquiétude était toujours de mise en Normandie, et jusque dans les Hauts-de-France. En déplacement dans le Morbihan à l'université du MoDem, Edouard Philippe a assuré dimanche que "pour faire face à l'inquiétude légitime des populations, il n'y a qu'une solution: le sérieux et la transparence complète et totale". "Nous avons souhaité faire en sorte que tout ce qui est su, que toutes les analyses qui sont réalisées soient rendues publiques", a fait valoir Édouard Philippe, originaire de Normandie (Le Havre).

Samedi, au cours d'une conférence de presse fleuve - près d'1H30 - le préfet de Normandie, Pierre-André Durand, avait présenté les résultats de différentes analyses, dont celles très attendues concernant une éventuelle pollution atmosphérique. Il avait évoqué "une situation normale" de la qualité de l'air, sauf sur le site de Lubrizol (présence de benzène), tout en rappelant plusieurs décisions concernant l'agriculture, notamment "un gel" des récoltes, appliquant le principe de précaution.

Le préfet avait aussi assuré que les analyses seraient publiées sur le site de la préfecture. Chose faite dans la soirée, avec pas moins de quatre communiqués de la préfecture et la publication de données parfois absconses, comme "les résultats d'analyse des gaz prélevés sur canisters".

Car, plus de trois jours après l'incendie spectaculaire de cette usine classée Seveso seuil haut implantée à trois km de la cathédrale de Rouen, les images de l'incendie et de l'impressionnant nuage noir sont encore dans toutes les têtes, les gens s'interrogeant sur les conséquences sanitaires et environnementales.

Des témoignages font état de suies, probablement issues du nuage noir, dans l'Aisne, l'Oise et même à Lille, conduisant l'Agence régionale de santé des Hauts-de-France à demander aux habitants de signaler aux différents services "la présence de retombées sous forme de suie".

Crainte du monde agricole

Dès samedi, plusieurs syndicats, dont la CGT et Solidaires, mais aussi des associations écologistes (Greenpeace, France nature environnement) avaient appelé à manifester mardi à 18h devant le palais de justice de Rouen, exigeant "une transparence complète" sur cet accident industriel. Dans un communiqué commun, ils regrettent que "la liste des produits qui ont brûlé n'ait pas été communiquée".

La CGT rappelle en outre que "par le passé, la préfecture de Rouen puis la ministre de l'Ecologie avaient déjà caché des informations sur les risques encourus notamment lors de l'épisode du nuage de Mercaptan en 2013" après un incident dans cette même usine, "en ne diffusant pas les informations nécessaires sur la composition du nuage et sur les risques pour la population".

Et dans la soirée, plusieurs députés de gauche ont réclamé une commission d'enquête parlementaire. "Il faut toute la vérité sur #Lubrizol. Comme pour #AZF il y a 17 ans, une commission d'enquête parlementaire doit être ouverte dès la semaine prochaine", a plaidé Olivier Faure, numéro un du PS, sur Twitter.

Sur France 3 dimanche, la présidente du Rassemblement national Marine Le Pen s'est elle interrogée "sur la qualité des contrôles effectués" dans cette usine chimique. 
"Il y a une dérive dans notre pays qui consiste à transmettre à des structures privées le soin d'assurer le contrôle de toute une série de structures dangereuses. C'est à l'Etat de le faire. L'Etat est le gage de la neutralité", a-t-elle estimé.

En Normandie, région agricole, l'inquiétude était toujours de mise dimanche. "Ce que l'on a jeté, ça correspond à 5.000 litres de lait, soit 1.500 à 1.800 euros: c'est à peine ce que j'arrive à me tirer comme salaire sur l'exploitation par mois", a expliqué à l'AFP Sébastien Catoir, agriculteur à Conteville, dans l'Eure. "Ce n'est pas à nous agriculteurs de supporter une pénalité financière comme celle-ci", a-t-il dit, alors que les causes de l'incendie restaient toujours inconnues dimanche.

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