INTERVIEW- La crise a précipité des millions de personnes dans le télétravail en seulement quelques jours. Pour la chercheuse au CNRS et enseignante Aurélie Leclercq-Vandelanoitte, "le télétravail n'est ni bon, ni mauvais. C'est une question de dosage et il doit s'inscrire dans un projet d'entreprise".LA TRIBUNE-Comment les pratiques de télétravail ont-elles évolué depuis les mesures de confinement au printemps dernier ?
AURELIE LECLERCQ-VANDELANNOITTE- Le confinement a permis de faire l'expérience du télétravail à grande échelle. Avant cette période, le télétravail était un mode d'organisation qui était loin d'être généralisé. Avec les ordonnances Macron, ces pratiques ont commencé à se débloquer. Le télétravail devient de plus en plus répandu dans les pratiques organisationnelles. La confiance et le manque de cohésion ont souvent posé problème auparavant. L'expérience que nous avons vécue a montré que les salariés pouvaient continuer à travailler et être aussi efficaces à distance. Le télétravail est plébiscité par de nombreux salariés et beaucoup d'entreprises font désormais face à une demande croissante pour ce mode d'organisation.
Quelles ont été les conséquences de la mise en place du télétravail dans les entreprises ?
Le télétravail généralisé a montré qu'il n'y avait pas eu de conséquences sur la productivité et les performances des collaborateurs. Cependant, les situations vécues sont diverses. Pour certains télétravailleurs, le mélange des genres entre vies professionnelle/ personnelle a parfois été difficile à gérer lors du confinement. Dans certains cas, la garde d'enfants et la scolarité à la maison ont entraîné des difficultés. Après le confinement, beaucoup de personnes ont continué à apprécier le télétravail grâce aux meilleures conditions de travail qu'il offre. D'autres au contraire ont demandé à revenir à une situation normale car ils n'en pouvaient plus.
Les questions de travail ne se limitent pas aux performances. L'entreprise fonctionne grâce à la cohésion sociale, c'est une « dynamique collective », un « vivre ensemble ». Il y a des ressentis très différents de ce point de vue-là. Il y a parfois des scissions au sein des entreprises. Certains aimeraient plus de télétravail et d'autres moins. Le télétravail n'a pas été autorisé pour toutes les fonctions. Cela peut être perçu comme un "privilège" pour certaines postes. La généralisation de ces pratiques pourrait permettre d'élargir le télétravail à d'autres fonctions et métiers. En parallèle, pour beaucoup de personnes le télétravail n'est pas une solution, et elles souhaiteraient également revenir au bureau pour retrouver une dynamique collective.