Avec un "hard Brexit", le commerce extérieur serait fortement pénalisé

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Une sortie sans accord du Royaume-Uni de l'Union européenne pourrait amputer à long terme de 1,7% le produit intérieur brut français, selon l'Insee, qui appelle toutefois à la prudence sur ce chiffrage, le sujet étant entouré de beaucoup d'incertitudes explique l'Insee.
Une sortie sans accord du Royaume-Uni de l'Union européenne pourrait amputer à long terme de 1,7% le produit intérieur brut français, selon l'Insee, qui appelle toutefois à la prudence sur ce chiffrage, le sujet étant "entouré de beaucoup d'incertitudes" explique l'Insee. (Crédits : © Philippe Wojazer / Reuters)
Alors que la date butoir du 29 mars approche à grands pas, le flou persiste pour l'appareil exportateur français. En cas de "hard Brexit", la hausse des droits de douane pèserait sur l’économie française à hauteur de 0,6 % du PIB sans compter la multiplication des barrières non tarifaires.

À dix jours de la date officielle prévue à l'origine pour le Brexit, les entreprises sont plongées dans le flou le plus total. Actuellement, les partenaires européens étudient deux principales options selon l'agence de presse Reutersun délai de deux à trois mois si Theresa May les persuade qu'elle peut trouver un accord à la Chambre des communes, ou une prolongation bien plus longue si elle accepte de se remettre au travail pour tenter de sortir de l'impasse. Si de multiples options restent sur la table, les économistes de l'Insee viennent d'établir des simulations sur l'impact économique du Brexit sur les échanges entre le Royaume-Uni et ses partenaires commerciaux. Et les résultats ne sont guère rassurants pour l'économie française.

"Au Royaume-Uni, l'incertitude sur le Brexit reste importante. En écartant l'hypothèse d'un Brexit sans accord, l'économie britannique se maintiendrait à faible régime. Les ménages outre-Manche ralentiraient leur consommation pour avoir une épargne de précaution. L'investissement des entreprises a diminué pour le quatrième trimestre consécutif pénalisé par l'attentisme en vue du Brexit. Dans les enquêtes de la banque d'Angleterre, les intentions d'investir ont aussi nettement baissé", a expliqué Clément Rousset, chef de la section zone euro à l'Insee ce mardi 19 mars.

Les entreprises françaises devraient ainsi pâtir de la décision du Brexit alors que le Royaume-Uni est un des pays avec lequel la France réalise régulièrement des excédents commerciaux. Rien qu'en 2018, l'excédent dépassait les 11 milliards d'euros selon un  bilan récent des douanes avec 32 milliards d'euros d'exportations pour 20 milliards d'euros d'importations. Alors que l'impact du commerce extérieur sur le produit intérieur brut français est souvent négatif sur les deux dernières décennies, le départ du Royaume-Uni pourrait encore empirer ces résultats décevants.

> Lire aussi : Avant le Brexit, le déficit commercial se creuse encore en France

Un coût de 1,7% sur le PIB en cas de "hard Brexit"

À plus long terme, les économistes de l'Insee estiment que le produit intérieur brut de la France  pourrait être amputé de 1,7% dans le cas d'un "hard brexit". Dans le détail, si la France n'est pas le pays le plus exposé en Europe contrairement à l'Irlande ou l'Allemagne par exemple, l'économie tricolore pourrait subir des répercussions négatives relativement importantes. Un divorce sans accord pourrait coûter 0,6% au produit intérieur brut hexagonal en prenant en compte seulement la hausse des tarifs douaniers. La France serait ainsi le huitième pays le plus touché de l'Union européenne dans le scénario d'un "hard brexit". Dans le détail, environ "de 40 % du choc proviendrait des services et près d'un quart serait supporté par les produits manufacturés hors matériels de transport". L'internationalisation des chaînes de valeur et de production complique également la tâche pour un certain nombre d'entreprises européennes qui ont des sites de production outre-Manche.

Outre les conséquences d'une augmentation des tarifs douaniers sur les flux de biens et services, les échanges pourraient également être plombés par une multiplication des obstacles liées à des contraintes réglementaires, techniques ou administratives supplémentaires. Ce qu'on appelle les barrières non tarifaires. En effet, les temps de contrôle de produits aux frontières, les normes sanitaires et réglementaires, les certifications nécessaires pour certains produits, la reconnaissance des diplômes et des formations professionnelles pourraient peser sur la rapidité et l'efficacité des échanges. "Les barrières non tarifaires sont susceptibles d'accroître significativement l'effet du Brexit sur la valeur ajoutée des partenaires commerciaux du Royaume-Uni à un horizon plus long que celui des droits de douane" explique l'Insee dans sa dernière note de conjoncture. L'institut de statistiques estime que "l'activité économique française serait affectée à moyen terme de 0,3 % en raison des seules nouvelles barrières non tarifaires dues au Brexit dans le cas du scénario soft et 1,1% dans le cas d'un hard Brexit".

Le secteur agroalimentaire en première ligne

Les résultats exposés dans les travaux de l'Insee signalent que, dans l'hypothèse d'un Brexit dur, le secteur agroalimentaire serait le plus touché à la fois par une hausse des droits de douane (+20% en moyenne) et les barrières tarifaires (+15%) en moyenne. Selon des chiffres communiqués par l'association nationale des industries alimentaires (Ania), le total des exportations agroalimentaires françaises s'élevait à 44,3 milliards d'euros en 2015. Sur ce total, 14% des ventes tricolores étaient à destination du Royaume-Uni. Ce qui représente environ 6 milliards d'euros en valeur.

Outre l'agroalimentaire, les biens manufacturés seraient également frappés par les deux types de barrière. En revanche, les services en général et plus spécifiquement services financiers ou les réseaux d'énergie et de transport ne seraient pas ou quasiment pas touchés par des tarifs de douane supplémentaires. À quelques jours de l'échéance, le doute persiste.

> Lire aussi l'entretien du directeur du centre d'études prospectives et d'informations internationales (CEPII) Sébastien Jean : "Commerce extérieur : "Le Brexit peut mener à une situation chaotique"

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Commentaires
a écrit le 21/03/2019 à 9:22 :
Les Européens vont être divisés car chacun va défendre ses intérêts comme à chaque fois.
Les Etats du Nord vont vouloir faire toutes les concessions possibles pour éviter un hard Brexit.
Finalement ce sont les Etats d'Europe du Sud (France incluse) qui ont le moins à perdre qui pourraient dire "non" à un nouveau report. Un juste retour de bâton à l'égoïsme de l'Europe du Nord?
a écrit le 21/03/2019 à 2:22 :
et pourtant .....le chomage est au plus bas !!! tous les clignotants sont au vert mais comme les menteurs veulent absolument nous faire croire que quitter l UE doit être une catastrophe alors tout le monde ment !!!!! L UE ne nous apporte rien sinon que nous rendre un peu de ce qu'on lui donne pour gaver ses ponctionnaires qui ne paie pas un centimes d'impôts !!!
a écrit le 20/03/2019 à 9:47 :
Ça va piquer, mais encore plus pour les anglais...Le Brexit, c'est le doux rêve alcoolisé des nationalistes anglais qui se réunissent dans les pubs en rêvant de faire un "Singapour aux portes de l'Europe" en oubliant que la CE a déjà signé des accords de libre échange avec tout le monde ... c'est comme faire des trous dans la coque en s'imaginant que ça va permettre d’écoper plus vite ...
a écrit le 20/03/2019 à 9:34 :
Les articles concernant le Brexit vont toujours dans le même sens: le catastrophisme! ici en plus le catastrophisme c'est pour les pays de l'UE, l'Angleterre elle qui est à l'origine de cette décision elle en sortirait indemne puisqu'on en fait pas état! Il serait intéressant dans un article sur le Brexit sans accord d'évoquer les conséquences négatives mais également les potentialités positives...à moins qu'il n'y en ait pas?
a écrit le 20/03/2019 à 8:54 :
A se demander si la solution ne serait pas un éclatement officiel de l'europe accompagnant au final le RU dans une séparation salutaire des états européens quand même non ?

On ne s'est jamais senti européen on ne se sent plus français, heureusement qu'il y a l'attachement local qui prend bien le relais mais il serait temps de bouger là.
Réponse de le 20/03/2019 à 10:46 :
L'Europe est déjà éclatée mais personne ne veut le dire, L'Europe de l'Est avance avec ses priorités, la Grèce sort d'une catastrophe européenne et est rachetée à la découpe comme le Portugal, l'Espagne et l'Italie font leur petit bout de chemin, La puissante Europe du Nord adossée à son Euromark sous-évalué écrase les autres nations, la France est un cas à elle toute seule (restera ou partira) avec son Euro sur évalué et ses Elites déconnectées, passons sur les nombreux paradis fiscaux et le dumping social et fiscal. Heureusement que nos amis américains sont là pour maintenir un semblant d'homogénéité..Bref, quand est-ce que nous faisons quelque chose de solide avec tous ces matériaux...
Réponse de le 20/03/2019 à 10:50 :
Notre éducation nationale a refusé d'enseigner la tradition et les racines françaises. La France n'est plus qu'un territoire habité par une foule d'individus qui ne constitue pas un peuple. La nation a disparu, il reste les vieilles pierres.
Réponse de le 20/03/2019 à 11:39 :
Oui mais je vois que la génération de mon père, conditionnée par les médias de masse alors qu'il n'arrête pas de dire que les journalistes sont tous de gauche il les écoute comme la vérité avérée, déjà une belle confusion installée, pense encore que l'Europe à marche forcée est obligée sans analyser les nombreux à côtés qui nous hurlent en effet que l'UE c'est foutu en fait.

Du coup quelles sont les rengaines que l'on entend continuellement ? C'est indispensable pour la paix et si on veut lutter contre les américains et les chinois c'est obligé.

Les gens par les médias de masse habituels sont tellement mal informés que nous sommes tous menacés car on voit bien que ceux qui ont ces armes de manipulation massive ne savent pas quoi en faire et ne voient absolument pas les nombreux dégâts sémantiques qu'ils occasionnent.
Réponse de le 20/03/2019 à 11:53 :
Vous ne vous sentez ni européens, ni français, c'est votre avis. Le "on" n'est pas de mise.
Quant à un éclatement de l'UE, désolé, mais il est loin d'être à l'ordre du jour.
a écrit le 20/03/2019 à 8:05 :
Mais puisqu'on vous dit que l'Union Européenne est en position de force, enfin ...!!!
a écrit le 20/03/2019 à 7:14 :
Très bon article. Juste une petite correction dans le titre et le reste du papier : il ne s'agit pas d'un "hard Brexit" mais d'un "No deal" ce qui est tout à fait différent.

Peut-être manque-t-il une précision sur l'enjeu des renégociations bilatérales.

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