« Avoir la santé, ce n’est pas être silencieux… » (Géraldine Mosna-Savoye)
Géraldine Mosna-Savoye
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Géraldine Mosna-Savoye.
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En 1936, le chirurgien René Leriche déclara ce qui reste encore cité dès lors que l'on parle de santé : « La santé, c'est la vie dans le silence des organes. » Phrase souvent reprise mais amputée, la plupart d'entre nous en retiennent ce qui nous frappe le plus : l'idée selon laquelle la santé est le silence des organes.
Il y a beaucoup à dire sur cet oubli de la « vie », surtout quand on évoque la question de la santé, et nous allons y revenir. Mais avant cela, arrêtons-nous : pourquoi s'en tient-on, quand on entend cette phrase, au « silence des organes » ? Qu'est-ce qui nous interpelle dans cette déclaration ?
Peut-être d'abord, ce qui nous arrête, c'est bien cette contre-intuition : avoir la santé, ce n'est pas être silencieux, peut-on se dire, mais bien au contraire, pouvoir exprimer à plein toutes ses potentialités. De notre expérience, qu'il s'agisse d'un rhume ou d'une pathologie plus sérieuse, la maladie nous contraint, nous empêche, elle nous musèle. Dans notre esprit, le malade n'est jamais en action, il ne fait pas de bruit, mais s'allonge, s'endort, se force au repos.
Pourtant, et c'est là toute la force de cette phrase, même mutilée, nous voici bien obligés de nous rendre à l'évidence : quiconque s'est réveillé un matin engourdi, quiconque s'est cassé la jambe, quiconque a fait des examens médicaux, a pris conscience d'une voix qui ne s'exprime pas en temps de « bonne santé », celle de la douleur.
Tout à coup, le silence est rompu. Tout à coup, ce qui était jusque-là tranquille, paisible et serein, se met à crier, à nous appeler. Des parties de notre corps se révèlent à nous, un poumon encombré, un os fracturé, une épaule endolorie, un mal de ventre, une coulée de sang.
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Oui, être en bonne santé, c'est ne pas être embarrassé, ne pas être encombré, ne pas être interpellé par son corps. Celui-ci nous accompagne, nous soutient, nous porte sans sourciller, sans se manifester, sans s'exprimer... enfin, le croit-on, jusqu'à tomber, littéralement, malade. Car c'est bien une chute qui se fait dans le fonctionnement habituel de nos organes.
Géraldine Mosna-Savoye
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