Quand le désert médical avance
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Il ne décolère pas... « Certaines femmes prêtes à accoucher devront parcourir 180 km - deux heures de route - pour aller dans une maternité », tonne Vincent Chauvet, le maire (Modem) d'Autun, une petite ville de 13 000 habitants en Saône-et-Loire. L'Agence régionale de santé (ARS) a en effet décidé, du fait que l'hôpital local n'était pas, apparemment, en mesure d'assurer la garantie de continuité des soins, faute de pédiatre, la fermeture du service de gynécologie-obstétrique. Décision communiquée au maire... à la dernière minute. Et alors que quatre autres élus locaux - à Ganges (Hérault), Sedan (Ardennes), Guingamp (Côtes-d'Armor) et Porto-Vecchio (Corse) -, sont aux prises avec les mêmes décisions, qui feront disparaître leur maternité, Vincent Chauvet les a contactés pour voir quelles pourraient être les actions à mener en commun ou celles qui auraient, dans l'une ou l'autre commune, déjà fait leurs preuves pour lutter contre ce « grand déménagement du territoire » qu'il refuse, et, de façon plus générale, contre ce que l'on appelle des déserts médicaux, même si, techniquement, la commune d'Autun n'en est pas un. Et, bien sûr, dans ces petites villes, la population a manifesté pour dire son attachement à la maternité.
La notion de désertification médicale, dont on parle depuis les années 2000, est circonscrite, dans le jargon de l'administration française, à quelque chose de bien spécifique, comme l'indique Guillaume Chevillard, chargé de recherche à l'Irdes (Institut de recherche et de documentation en économie de la santé) : « Il s'agit avant tout de mesurer l'accès à un médecin généraliste, en fonction de la distance à parcourir, des délais pour les rendez-vous et les soins non programmés. » C'est cette définition, celle de « communes sous-denses en médecins généralistes », car affichant ainsi un indicateur d'accessibilité potentielle localisée inférieur ou égal à 2,5 consultations par an - qui permet de dire si le lieu doit être ensuite considéré comme une « zone d'intervention prioritaire », susceptible de bénéficier de mesures visant à attirer des médecins généralistes... En effet, selon les données de la Direction de la recherche, des études, de l'évaluation et des statistiques (Drees), les Français iraient aujourd'hui consulter leur médecin généraliste en moyenne 3,4 fois par an. Un indicateur en baisse, d'ailleurs, puisque le chiffre était de 3,5 en 2019 et 3,7 en 2016. Une commune dont l'indicateur d'accessibilité potentielle localisée est inférieur ou égal à 2,5 consultations par an est donc considérée comme sous-dotée en médecins généralistes. Toujours selon la Drees, près de 26 départements ont au moins 200 communes sous-dotées en médecins généralistes, d'après l'étude qu'elle a menée entre 2019 et 2021 sur toute la France. L'Aisne, l'Eure, la Seine-et-Marne, la Saône-et-Loire, l'Oise, la Côte d'Or sont ainsi les départements les plus touchés. En revanche, sept communes seulement dans les Bouches-du-Rhône affichaient un indicateur d'accessibilité potentielle localisée inférieur à 2,5 consultations par an.