« Rien n'est plus structurel que le soin », rappelle Cynthia Fleury. Voilà pourquoi tout ce qui porte atteinte au soin, tout ce qui exacerbe les inégalités du soin - de sa conscientisation à son accès - doit être combattu. Or les poisons sont nombreux. Ils sont la privatisation et la marchandisation « qui apportent un peu de bon et surtout le pire ». Ils sont l'approche hypertechniciste focalisée sur la maladie et qui néglige le malade. Ils sont l'obsession technocratique qui aboutit à « considérer les soignants comme des abrutis ». Ils sont les disparités - territoriales, sociales, d'habitat - qui, comme pour l'accès à l'éducation, provoquent d'injustes et de délétères inégalités quant à « rendre capacitaire le corps ». Au final, ils composent une poudrière qui « prépare à des lendemains de guerre, à des fractures frontales délirantes, à des zones de non-État de droit ». « Il est grand temps de mettre en lumière les humanités médicales », préconise la philosophe*. Cette éthique du soin travaille sur l'ensemble des « enveloppes » de l'individu : corporelle bien sûr, mais aussi les autres déterminants (milieu architectural, design, mobilité, paysage, accès aux éveils, etc.), car « de ce continuum de "tous les habitats" dépendent les leviers d'aide et donc la capacité d'un corps de se rétablir ». Elle vise à mettre en lumière les vertus du care, trop souvent reléguées par le tropisme du cure. De quoi repositionner la santé dans l'entièreté de son acception et lui conférer - de nouveau - un rôle démocratique prépondérant.
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En quoi le soin - l'accès, la qualité - est-il un marqueur singulier des inégalités au sein de la population française ?
CYNTHIA FLEURY- Le soin est un marqueur des inégalités d'abord dans le phénomène de conscientisation et d'autorisation d'accès aux soins. Les êtres humains n'appréhendent pas le soin de la même façon. Cette approche peut avoir différentes influences : a-t-on fait l'objet de soins (ou pas) ? se considère-t-on (ou pas) soi-même comme l'objet ou le sujet d'un soin ? la généalogie et la culture auxquelles on est lié encouragent-elles (ou pas) au droit de prendre soin de son corps ? les histoires personnelles dont on est l'enfant, conditionnent-elles (ou pas) à accéder au soin ? etc. Les niveaux de conscientisation composent une grande variété de configurations.