LA TRIBUNE - L'agence de notation Standard & Poor's a dégradé la note de la France vendredi soir. Comment interprétez-vous cette décision ?
CHRISTIAN ECKERT- Cette décision est logique compte tenu de l'incroyable différence entre les résultats budgétaires et les prévisions du gouvernement pour 2023. Avoir 20 milliards d'euros de déficit supplémentaire est relativement inédit. Malgré de nombreuses déclarations, je n'ai pas le sentiment que les remèdes ont été documentés. Une loi de finances rectificative aurait permis de préciser et documenter mieux les choses.
Comment expliquez-vous un tel dérapage des finances publiques ?
Le gouvernement dit que c'est à cause de l'inflation plus faible que prévu. A court terme, l'inflation est une bonne nouvelle pour les finances publiques. Ce sont des recettes de TVA immédiates. La masse salariale permet d'augmenter le niveau des cotisations. Les dépenses sont plus facilement pilotables. Mais l'écart ne peut pas s'expliquer simplement par une inflation moins forte que prévu. S'agissant de la taxe sur les énergéticiens, elle était censée rapporter 12 milliards d'euros. Elle n'a rapporté que 600 millions d'euros.
En tant que secrétaire d'État au Budget pendant trois ans, je peux affirmer que nous avons accès à une actualisation très régulière des comptes publics. Je n'arrive pas à croire que le gouvernement ait découvert qu'il s'était autant écarté des prévisions de 2023. Le ministère des Finances possède des armées de fonctionnaires très compétents et des spécialistes pour ne pas faire des erreurs aussi grossières. Il y a un manque de transparence sur ce qu'il s'est passé en 2023.