Budget, admission post-bac... : le gouvernement présente son plan étudiants

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Le gouvernement assure  vouloir permettre aux futurs étudiants de pouvoir énoncer 10 vœux maximum et non hiérarchisés pour éviter les choix par défaut.
Le gouvernement assure vouloir permettre aux futurs étudiants de pouvoir énoncer "10 vœux maximum et non hiérarchisés pour éviter les choix par défaut". (Crédits : REUTERS/Charles Platiau.)
La position du gouvernement était attendue concernant la réforme de l'enseignement supérieur et ce, notamment, après le fiasco admission post-bac de cet été. Sécurité sociale, orientation dès le lycée, suivi des projets étudiants et surtout accès à l'université... Tour d'horizon des mesures annoncées.

(Article publié le 30 octobre à 14h16 et mis à jour à 18h47)

Après une première vague de réformes - notamment celle du Code du travail -, le gouvernement a lancé un nouveau volet en présentant, ce lundi, la feuille de route de nouvelles réformes : apprentissage, formation professionnelle, assurance chômage ou encore enseignement supérieur.

Concernant ce volet, le Premier ministre Edouard Philippe, accompagné de Frédérique Vidal, ministre de l'Enseignement supérieur et Jean-Michel Blanquer, ministre de l'Education nationale, ont annoncé à la presse le "plan étudiants" du gouvernement comprenant les nouvelles mesures concernant l'entrée à l'université. Qu'en est-il ?

■ Réformer l'accès au supérieur

C'était le point plus attendu de ces annonces, l'accès au supérieur. Dans ses réformes, le gouvernement a annoncé la suppression de la sélection par tirage au sort pour entrer à l'université. Mais aussi, la mise en place d'un nouvelle plateforme "plus simple et plus transparente" pour remplacer APB. Une bonne nouvelle lorsque l'on sait qu'Admission Post-Bac avait laissé sans affectation plus de 3.700 bacheliers avant la rentrée.

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Le gouvernement assure également vouloir permettre aux futurs étudiants de pouvoir énoncer "10 vœux maximum et non hiérarchisés pour éviter les choix par défaut".

Si les bacheliers pourront toujours choisir librement leur filière, l'accès pourra être conditionné au suivi d'enseignements de rattrapage. Le projet d'orientation des élèves sera examiné par le conseil de classe. Si la filière est saturée, un examen individuel des dossiers remplacera le tirage au sort - un système que le Premier ministre, Edouard Philippe a qualifié "d'affligeant". Concernant les classes préparatoires aux grandes écoles ou les BTS, les formations sélectives le resteront.

■ Une orientation plus discutée au lycée

Pour améliorer l'orientation des futurs bacheliers dès le lycée, le gouvernement promet plusieurs mesures dont notamment l'accompagnement individuel des élèves par deux professeurs principaux en classe de terminal. Deux semaines dédiées à l'orientation seront intégrées à l'année de terminale pour tous les élèves et des journées "voire des semaines d'immersion" dans les universités seront proposées aux lycéens.

3.000 "étudiants ambassadeurs" en service civique iront à la rencontre des lycéens pour les conseiller dans leur projet à venir. Edouard Philippe a annoncé qu'ils étaient, pour l'heure, en cours de recrutement.

D'autre part, le gouvernement entend renforcer le dialogue entre enseignement secondaire et enseignement supérieur.

■ L'offre Post-bac mise à jour

Sans grande précision, le gouvernement entend la création d'un "contrat de réussite pédagogique" qui permettrait de mieux suivre le parcours de l'étudiant. Mais aussi, la personnalisation possible du premier cycle. Le tutorat et l'accompagnement des étudiants seront renforcés avec la nomination d'un directeur des études et de nouvelles formes de pédagogie - "par projet, pédagogie inversée, enseignements par les pairs...", a énuméré la ministre - seront encouragées.

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Les établissements pourront proposer des cursus pluridisciplinaires ainsi que des cursus accélérés permettant d'obtenir la licence en deux ans.

■ Régime général de la sécu et vie étudiante

Frédérique Vidal est partie d'un constat clair : "Notre système de sécurité sociale ne marche pas bien." Avant de poursuivre:

"Nous supprimerons la cotisation que [les étudiants] payent et nous transférerons au régime général la sécurité sociale des étudiants."

Ainsi, dès la rentrée 2018, les étudiants seront rattachés au régime général alors qu'ils dépendent actuellement d'un régime de sécurité sociale spécifique.

Dans la thématique "conditions de vie étudiante", le gouvernement entend créer de nouveaux centres de santé au sein des universités. Mais aussi mettre en place un soutien à la mobilité allant jusqu'à 1.000 euros pour un étudiant qui change d'académie.

■ Près d'un milliard d'euros d'aide de l'Etat sur le quinquennat

Dernier point annoncé, l'engagement financier de l'Etat pour accompagner la réforme. Il est question d'environ 1 milliard d'euros. 450 millions d'euros tirés du Grand Plan d'Investissement qui aideront à la mise en place des nouveaux cursus, la modularisation, la mise en œuvre des contrats de réussite et l'accompagnement personnalisé des étudiants. Les autres 500 millions d'euros serviront, sur l'ensemble du quinquennat, à ouvrir des places, créer des postes dans "les filières en tension" (ouverture de 130.000 places) et à "valoriser l'engagement des enseignants dans la mise en place de la réforme".

Un budget contesté

En direct, les réactions n'ont pas tardé à fleurir, et ce notamment concernant le montant de la participation financière de l'Etat. Présidente du syndicat étudiant UNEF à Paris 2, Mélanie Luce, a écrit sur Twitter :

"100 millions d'euros pas an pour accueillir les jeunes à l'université et créer des places en BTS : totalement irréaliste et insuffisant !"

"1 milliard d'euros en 5 ans, dont 450 millions par appel à projet, ça fait 100 millions par an pour les universités pour accueillir 1 milliard d'étudiants en 2020"

Avant même l'annonce, l'économiste Thomas Piketty a rappelé à ce sujet sur son blog du Monde que si "le débat sur le budget 2018 s'est jusqu'ici concentré sur la question des cadeaux aux plus riches, [...] il est important d'insister aussi sur le revers de la médaille, autrement dit sur les perdants du budget 2018, et en particulier sur le sacrifice de la jeunesse, à travers la chute de la dépense par étudiant dans l'enseignement supérieur".

Avec d'un côté, un nombre d'étudiants qui augmente (+20% entre 2008 et 2018) et, d'un autre, un budget de l'enseignement supérieur qui progresse de moins de 10% (en euros constants), la dépense par étudiant (toujours en euros constants) chute de 10%. Ce qui fait dire à Thomas Piketty :

"Disons-le nettement : cette baisse est totalement anachronique et scandaleuse - et de surcroît en contradiction flagrante avec les discours européens officiels, qui proclament fièrement que l'objectif prioritaire de l'Europe est d'investir dans la formation et l'innovation, mais qui ne se soucient guère de vérifier si l'on se donne les moyens d'atteindre ces objectifs."

"Non à la sélection à l'université"

Outre le montant de l'aide financière jugée insuffisante, l'accès à l'université est également controversée à l'UNEF. Le syndicat voit, à travers les mesures du gouvernement, par l'étude du dossier d'un futur bachelier une sélection pour entrer à l'université. La présidente de l'UNEF, Lila Lebas s'est exprimée sur RTL :

"Oui, il y a une sélection qui dit clairement son nom quand on pourra refuser des jeunes sur la base de leur dossier [...] Le processus d'orientation aura pour but de décourager et non d'accompagner et construire un réel projet."

Et d'ajouter :

"L'orientation par défaut ce n'est pas notre vision de l'orientation."

Le syndicat étudiant a également partagé, sur Twitter, sa pétition pour interpeller le gouvernement face à ce qui est vu comme une "sélection à l'université".

Sur fond de tensions concernant les réformes sociales avec la réforme du Code du travail,  les syndicats CGT, FO, Solidaire et FSU ont appelé à une journée de mobilisation le 16 novembre prochain. L'Unef, la Fidl et l'Unel s'y sont aussi associés afin de s'opposer à l'instauration d'une sélection à l'entrée de l'enseignement supérieur.

Un projet de loi sera présenté au conseil des ministres le 22 novembre

___________

La liste des mesures du "plan étudiants"

plan étudiants

(avec agences)

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Commentaires
a écrit le 31/10/2017 à 9:01 :
Le défi pour Macron c'est de désamorcer le pb jeunes pour éviter qu'il se cristalise et fasse jonction avec la grogne sociale au printemps 2018. C'est vrai que cela aurait "de la gueule" autrement plus festif que la commémoration envisagée avec le cheval de retour macroniste Cohn Bendit!
a écrit le 30/10/2017 à 15:49 :
Objectif Garderie. C'est pourtant simple de réformer l'Enseignement supérieur : s'inspirer du modèle Suisse, notamment arrêter de mépriser les formations professionnelles de qualité et valoriser le TRAVAIL et les RESULTATS plutôt que la réussite à un concours à 20 ans. Relire l'Etrange Défaite de M. Bloch
a écrit le 30/10/2017 à 15:18 :
Le grand avantage de l'UNEF est, qu'à l'instar de la FSU, il fait paraître la CGT comme un syndicat dynamique et ouvert d'esprit...
Mais que ces postures sont pathétiques et auto-centrées... le syndicalisme vu comme un simple tremplin politique... irrécupérable.
a écrit le 30/10/2017 à 15:00 :
Toujours cette obsession de faire de longues etudes qui seraient soi disant les guaranties de la "réussite"
Beaucoup de jeunes pensent que les métiers d’apprentissage sont des « sous métiers » car ils ont encore en tête l’image d’épinal du métier sous payer, pénible, peu valorisée socialement etc...
Prenons donc 2 exemples : un brillant élève et un cancre ayant des difficultés dans les matières générales mais qui est habile de ses mains...
L’élève brillant va donc obtenir son bac haut la main et envisager de faire de belles et longues études alors que l’élève « médiocre » devra se résoudre à se lancer dans l’apprentissage par défaut et va se retrouver dans la vie professionnelle et obtiendra peut-être un « minable » bac Pro de chauffagiste à 18 ans.
Donc à 19 ans, l’élève médiocre commence à entrer dans la vie active et il travaille assez rapidement avec un salaire proche du smic car les patrons manquent de main d’oeuvre alors que le brillant élève commence sa première année d’étude.
Du coup, le brillant étudiant, fait des études et passent 5 belles années à la FAC en faisants des études sur les sciences humaines et obtient son master en communication, histoire de l’art, biologie, sociologie etc..
Mais le « Cancre » a aussi avancé de son côté, au bout de 5 ans, il a acquis durant ces années une grande expérience, un savoir-faire et connait déjà toute les ficelles du métier de dépanneur chauffagiste au point que ses patrons n’ont pas pu le garder car il a été débauché par un concurrent qui lui a proposé un salaire double qu’il avait à ses débuts.
Alors que le brillant élève à 23 ans, commence juste à chercher du travail, et malgré son « brillant » diplôme, a beaucoup de difficultés à entrer dans le marché du travail car il a choisi une spécialité auquel les débouchés sont inexistantes et auquel chaque poste à pourvoir est assailli par des centaines de CV de toute la France !
Du coup, le brillant étudiant est obligé d’enchainer les stages non-rémunérés ou des contrats précaires de quelques mois pour acquérir une expérience demandé durant des années et puis un jour il finit par lassitude à accepter des boulots « alimentaires » comme chez les opérateurs téléphoniques ou dans la restauration rapide , ou vendeurs dans les grandes surfaces pour survivre en attendant de trouver autre chose...
Quand au « looser », il continue en gagnant bien sa vie avec son métier manuel et il roule déjà avec une belle voiture à 27 ans et il vit déjà dans son appartement contrairement au brillant étudiant qui vit encore chez ses parents et pour les plus courageux qui vit en colocation et a toute les peines du monde à vivre son émancipation, à mettre de côté pour se payer des vacances ou une voiture d’occasion en bon état.

Le cancre lui accumule un capital car il ne manque pas de travail et il se retrouve propriétaire à 30 ans, il peut voir l’avenir sereinement au point de s’offrir de temps en temps des week-end de sports extrêmes, des séjours au ski, des sorties cinémas restos, voir les concerts de ses artistes préférés et aller en vacances à l’autre bout du monde avec ses potes ou avec sa petite amie alors que le brillant élève a toujours du mal à payer ses factures surtout les dépenses imprévues, et il dispose d’un budget sortie très limité et ne peut que aller en vacances low cost comme en Tunisie et refuse systématiquement les plans week-end de ses potes en prétextant qu’il a prévue autre chose alors qu’il n’a en réalité pas les moyens.
Du coup, le « cancre » a déjà vu la moitié de la planète, s’est beaucoup amusé et vit une vie pleine et prospère et le brillant étudiant est toujours dans la précarité malgré qu’il a fini par trouver un poste correspondant à ses compétences sauf qu’il travaille dans une collectivité territoriale avec un salaire à peine supérieure au smic.
Du coup, finalement qui est le gagnant dans cette histoire ?
Le « Cancre » qui a fait un minable BEP-BAC PRO ou le « brillant » étudiant avec son diplôme des sciences humaines ?
Biensur, j’ai pris des exemples caricaturaux, car il existe des métiers manuels durs physiquement auquel le salaire n’évolue pas et des métiers « intellectuels » très rémunérateurs en forte demande comme dans l’informatique, la finance ou la fiscalité d’entreprise...
Réponse de le 30/10/2017 à 15:41 :
Ce que vous dites est loin d'être caricatural...ce qu'il faut c'est ouvrir des filières par la professionalisation, l'apprentissage pour que chacun puisse trouver sa voie. Pour le moment le déversoir c'est la fac dès lors que le corps enseignant, à quelques exceptions près, vomit sur ce qu'est l'apprentissage...
Combiend'enseignants incitent leurs propres enfants à suivre cette voie? Beurk c'est pour les nuls et mes enfants sont à mon image trop intelligents pour cela😁
Réponse de le 30/10/2017 à 16:19 :
Ce qu' il faut c' est cesser d' être en compétition avec l' UE et ses salaires à l' est de l' est à 400 euros qui détruisent tout l' emploi industriel dans le dos des français depuis la ratification du traité de Lisbonne en 2007 ...

Le reste c' est l' habituel habillage de la com européiste colportée par la presse subventionnée.

https://www.youtube.com/watch?v=W1GR1QWplUM
Réponse de le 31/10/2017 à 3:29 :
Avec un master le taux de chomage est proche de zero alors qu'avec une formation professionnelle il est très élevé.

En ce qui concerne les rémunérations évidemment elles sont plus élevées après un master.

Je n'évoque pas les possibilités d'évolution, la pénibilité, l'espérance de vie... et d'autres arguments centrés sur votre vision étroite en faveur du master.

Faire un master c'est aussi quitter son bled, se cultiver, faire des rencontres, se découvrir...
Réponse de le 31/10/2017 à 6:29 :
A gringo.
Vous oubliez une chose importante ! Le type de master ! On est d'accord si vous parlez d'un master en informatique, en mathématiques statistiques, en finance internationale (avec les stages obligatoires à l'étranger) , en fiscalité, en math/physique bref à tout ces les diplômes qui ne sont pas a la portée du premiers venus. Par contre, si vous me parlez des masters en communication, en histoire de l'art, en socio, en psychologie etc... alors là, c'est le parcours du combattant pour rentrer dans la vie active et seuls une petite minorité d'entre eux travailleront dans le domaine sur lequels ils ont étudié et avec le salaire espéré.
a écrit le 30/10/2017 à 14:49 :
Pourquoi s'embarrasser à vouloir organiser une sélection pour être admis en université. Le
plus simple serait de durcir le Bac. 80 % d'élèves reçus chaque année, c'est une forme de nivellement par le bas. Le Bac devrait avoir le même niveau que dans les années 60.
Plus sélectif, et de meilleur niveau.
Réponse de le 31/10/2017 à 3:32 :
Si vous durcissez le bac vous allez faire augmenter les redoublements et donc le budget de l'éducation nationale car un élève cela coute cher. L'Etat n'a pas d'argent pour sa jeunesse!

Ce plan est vide, on voit bien que c'est du blabla qui ne coute pas un centime!

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