« C'est difficile à dire » : le directeur de l'Insee reste prudent quant au risque de récession
latribune.fr
« Il serait angélique de penser que le climat conjoncturel et les anticipations des entreprises sont indifférents à la politique économique », estime le directeur général de l'Insee, Jean-Luc Tavernier.
Reuters
Le directeur général de l'Insee, Jean-Luc Tavernier, estime dans un entretien accordé au journal Les Échos ce lundi que la politique économique du prochain gouvernement ne laissera pas indifférents « le climat conjoncturel et les anticipations des entreprises ».
« Les acteurs économiques seront très sensibles au programme du prochain gouvernement », estime Jean-Luc Tavernier dans une interview aux Échos ce lundi. Interrogé sur un risque de récession, le directeur général de l'Insee juge que « c'est difficile à dire ».
« Mais il serait angélique de penser que le climat conjoncturel et les anticipations des entreprises sont indifférents à la politique économique, qu'il s'agisse de l'avenir des réformes passées, de l'évolution du Smic ou de la consolidation budgétaire, qu'il faudra bien poursuivre d'une manière ou d'une autre », nuance-t-il.
Jean-Luc Tavernier observe que « le climat des affaires s'est effondré en juillet compte tenu des risques économiques liés aux élections législatives », qu'il s'est redressé de moitié en août, mais (qu')« on reste sur le fil du rasoir ». Pour rappel, le climat des affaires en France s'est « partiellement » redressé en août. Il reste toutefois en dessous de sa moyenne historique et du niveau constaté avant les élections législatives.
A 97 points, l'indicateur demeure inférieur à sa moyenne de longue période fixée à 100 mais regagne 3 points par rapport au mois de juillet, où il s'était effondré de 5 points pour chuter à 94.
Jean-Luc Tavernier constate que le prochain gouvernement trouvera « une conjoncture molle » mais qui « reste quand même positive », avoisinant « 1% en rythme annuel ». L'Insee a fait état vendredi d'une croissance de 0,2% du PIB au deuxième trimestre, soit 0,1 point de moins qu'annoncé à la première estimation publiée fin juillet (0,3%).
Pas de reprise de l'inflation attendue
Le directeur général de l'Insee note par ailleurs qu'il « n'y a pas d'anomalie dans la situation financière » des entreprises, et que si « l'investissement est faible, (ce n'est) pas anormal au vu des taux d'intérêt ». Pour rappel, les investissements des entreprises sont en recul de 0,5% par rapport au trimestre précédent, un reflux de même ampleur que celui enregistré entre janvier et mars, selon l'Insee.
Alors que l'inflation est repassée sous les 2% en août pour la première fois depuis trois ans, le directeur général de l'Insee indique que ce scénario était attendu, mais qu'il « intervient un peu plus rapidement que prévu », en raison du ralentissement des prix de l'énergie, et particulièrement du prix des carburants. « Cela a plus que compensé une hausse temporaire des services sans doute liée à la hausse des prix de l'hébergement et des transports avec les JO », explique-t-il.
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Pour Jean-Luc Tavernier, « il n'y a pas de raison de s'attendre à une reprise de l'inflation à un rythme différent de celui actuel ». « C'est le retour au monde d'avant mais cela ne signifie pas que les prix reviennent au niveau d'avant. On garde la trace de la hausse des prix passée », prévient-il.
Les économistes se veulent plutôt rassurants
L'incertitude politique qui règne en France entraîne un certain « attentisme » des ménages et des entreprises. La situation ne devrait toutefois pas précipiter le pays dans la « récession », jugent pour leur part plusieurs économistes interrogés par l'AFP.
Responsable de la recherche économique sur les pays de l'OCDE chez BNP Paribas, Hélène Baudchon « entend bien le discours des patrons d'entreprises ». « Mais quand on regarde les déterminants de l'investissement ou de l'emploi », la politique d'un gouvernement « n'est pas du tout le déterminant principal ». « Ce qui compte pour les entreprises, ce sont les débouchés » liés à leurs investissements, argumente-t-elle.
Au-delà des entreprises, l'impact de l'incertitude politique sur la consommation des ménages, carburant essentiel de la croissance française, est « très complexe » à évaluer, souligne Andreas Eisl, chercheur en politique économique européenne à l'Institut Jacques-Delors. Depuis le Covid, la propension des Français à épargner plutôt qu'à consommer s'est nettement renforcée, indépendamment du contexte politique.
Si l'absence de visibilité sur la composition et les orientations du prochain gouvernement peut effrayer, l'économiste d'ING Philippe Ledent assure qu' « il ne faut pas exagérer l'impact d'une telle situation. »
« Nous ne sommes pas dans des économies planifiées (...) Tout ne dépend pas du secteur public » et de la politique gouvernementale, souligne-t-il. Hélène Baudchon reconnaît que la France « est dans une période de flou. Mais ça ne va pas jouer de manière significative sur nos prévisions de croissance », certifie-t-elle. Andreas Eisl est du même avis.
« Pour l'instant, au vu des données économiques, je ne vois pas changer drastiquement la trajectoire économique du pays, qui est quand même(orientée, NDLR)vers une légère croissance.»