Capteurs de CO2, purificateurs d'air : la facture de la rentrée scolaire s'envole pour les collectivités

Avant la rentrée scolaire ce 2 septembre, le ministre de l'Education nationale Jean-Michel Blanquer s'est prononcé pour la "généralisation" des capteurs de CO2 et "l'utilité" avec "discernement" des purificateurs d'air. Communes, départements et régions qui gèrent les écoles, collèges et lycées y sont prêts, mais interpellent le gouvernement sur ces nouvelles dépenses.
César Armand

6 mn

(Crédits : Reuters)

Ça y est, c'est la rentrée ! Les parents sont soit stressés soit soulagés, les enfants surexcités et... les collectivités territoriales surprises - les communes gérant les écoles, les départements les collèges et les régions les lycées. A la question du JDD le 21 août dernier « Pourquoi ne pas rendre obligatoire l'installation de capteurs de CO2 ? » dans les classes, le ministre de l'Education nationale Jean-Michel Blanquer a déclaré vouloir les « généraliser ».

« Il y a un consensus scientifique (le Haut Conseil de la Santé publique recommande l'aération et la ventilation lorsque la concentration en CO2 explose, Ndlr) pour en équiper les classes car cela permet de mesurer le besoin d'aération mais je veux le faire en partenariat avec les collectivités locales, dont c'est la compétence, plutôt que par la contrainte », a-t-il ajouté.

Les départements « pas favorables à une obligation »

Cela tombe bien : l'assemblée des départements de France (ADF), qui porte la voix des conseils départementaux, recommande aussi la mise en place des capteurs de CO2, mais ne se déclare « pas favorable à une obligation ». « Rappelons que ces outils ne permettent que de s'assurer de la bonne aération des espaces clos. Ils n'apportent rien de plus à ce qui est déjà mis en œuvre : à savoir renforcer les cycles de nettoyage, s'assurer d'une circulation de l'air optimal, notamment dans les espaces de restauration », communique-t-on au cabinet de François Sauvadet, président (UDI) de la Côte d'Or et nouveau patron de l'ADF.

Il n'empêche : plusieurs conseils départementaux se sont déjà équipés pour « répondre aux inquiétudes de la communauté éducative », dit-on encore. Par exemple, la Haute-Vienne en a installé dans les réfectoires de tous ses collèges de la même manière que la Mayenne en a mis à disposition 300 pour les 41 collèges publics et privés. Idem en Eure-et-Loire avec deux capteurs par collège, un pour la cantine, un autre à la discrétion du chef d'établissement.

Les régions espèrent « une aide de l'Etat »

« Nous aiderons même celles qui auraient des difficultés pour aller vite dans cet investissement nécessaire et raisonnable », a également affirmé le ministre de l'Education nationale à nos confrères du JDD.

Une promesse en passe d'être tenue d'après le maire (ex-PS) de Lavoncourt (Haute-Saône), deuxième vice-président de l'association des maires ruraux notamment chargé de l'éducation. En réunion au ministère le 25 août dernier, le directeur de cabinet de Jean-Michel Blanquer le lui aurait promis le soutien financier de l'Etat pour les écoles rurales sans rentrer dans le détail. « Ça coûterait très cher pour nous. Nous n'avons ni les moyens ni les budgets », assure l'élu local.

« Une aide de l'Etat » également espérée de la part des conseils régionaux qui administrent les lycées. En conférence de presse le 26 août, la nouvelle présidente (PS) de l'association Régions de France, réélue en Occitanie, Carole Delga a annoncé qu'ils allaient s'équiper en capteurs de CO2 « un par lycée dans un premier temps », et « en priorité les espaces de restauration ». Les conseils régionaux en achèteront d'autres dès lors que la météo s'adoucira et qu'il sera difficile d'ouvrir d'autres.

Son équipe nationale a déjà sorti la calculatrice. Entre les cantines, les classes et les salles polyvalentes, chaque lycée compte au moins cinquante espaces à équiper. La plupart des conseils régionaux, qui compte chacun environ une centaine de lycées, devrait donc s'acquitter d'au moins plusieurs millions d'euros pour être parfaitement dans les clous. « Les régions ont fait beaucoup d'efforts sur les équipements sanitaires, nous avons des dépenses supplémentaires et nous demandons des compensations à l'État », a plaidé Carole Delga.

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 Un rappel également exprimé par les conseils départementaux, insistant sur les « importantes dépenses » liées à la Covid-19 pour « garantir le plus haut degré de sécurité sanitaire ». Dans une enquête interne à l'ADF arrêtée au mois de février 2021, le surcoût moyen par département était en moyenne de 756.900€ comprenant les surcoûts en dépenses de masques (+240.000 euros), produits d'entretien et d'hygiène (+155.000€ en moyenne) ainsi qu'en moyens humains (+362.000 € en moyenne).

« J'ai l'impression qu'il se défausse sur les collectivités »

« S'agissant des purificateurs d'air, les autorités sanitaires nous ont toujours demandé de faire preuve de discernement. Rien ne remplace le fait d'ouvrir les fenêtres. Ces purificateurs d'air peuvent être utiles surtout pour certaines salles impossibles à aérer suffisamment par les fenêtres », a par ailleurs souligné le ministre de l'Education nationale.

Sur ce point, le maire (PS) de Bourg-en-Bresse (Ain) et président délégué de l'association Villes de France, représentant les villes moyennes, confirme qu'il existe des écoles où il est difficile d'ouvrir les fenêtres car donnant sur des boulevards, mais s'« agace » du discours de Jean-Michel Blanquer. « C'est une pression sans le dire », estime-t-il. « J'ai l'impression qu'il se défausse sur les collectivités », poursuit l'édile.

En réalité, le ministre de l'Education nationale pratique le « en même temps » cher au président Macron. D'un côté, il appelle à « généraliser » les capteurs et à « aller vite dans cet investissement nécessaire et raisonnable ». De l'autre, il insiste sur la nécessité d'agir « en partenariat » avec les collectivités et évoque l'importance de « faire preuve de discernement ». Un discours d'équilibriste dans un quinquennat marqué par la suppression de la taxe d'habitation, principale ressource des communes quoique compensée par la taxe foncière, et la baisse des impôts de production.

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César Armand

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Commentaire 1
à écrit le 02/09/2021 à 19:27
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Encore un marché public sans appel d'offre (cf. StopCovid) dont l'utilité n'est pas prouvée... mais à qui profite le crime?

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