ENTRETIEN. Absence de débats, guerre en Ukraine, pandémie...À la veille du premier tour présidentiel, la situation politique française est plongée dans un épais brouillard. Les Français ont eu de la peine à s'intéresser à cette campagne jugée atone par beaucoup. Pour Jean-Yves Dormagen, professeur de sciences-politiques à l'université de Montpellier et spécialiste des comportements électoraux, Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon pourraient être pénalisés par l'abstention.LA TRIBUNE - Doit-on s'attendre à une forte abstention dimanche prochain au premier tour de l'élection présidentielle ?
JEAN-YVES DORMAGEN -Tous les indicateurs semblent montrer que l'abstention sera élevée. Les sondages prévoient dans la plupart des cas une forte abstention. Les instituts de sondage ont parfois des difficultés à anticiper l'abstention avec précision. Il faut donc prendre ces chiffres avec certaines précautions. Mais l'abstention pourrait approcher le record de 2002, voire même le dépasser. Certaines estimations évoquent un chiffre de 30%. Rappelons qu'à la présidentielle, la participation est en général autour de 80%.
À qui pourrait profiter cette abstention ?
Le profil des abstentionnistes est bien établi aujourd'hui. Les jeunes, les catégories les plus populaires, les moins diplômés risquent de s'abstenir fortement. À l'opposé, les personnes plus âgées, appartenant aux catégories supérieures et diplômées votent plus régulièrement, y compris quand l'abstention est élevée. Quand l'abstention progresse, elle accentue les écarts de participation entre les catégories. Si l'abstention est forte, elle a tendance à augmenter dans certains groupes alors qu'elle reste contenue dans d'autres groupes. En gros, pour un cadre qui va s'abstenir vous aurez deux ouvriers qui n'iront pas voter. C'est le même type d'écart entre jeunes et seniors.
En conséquence, les candidats dont l'électorat est plus jeune et plus populaire sont les plus menacés. Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon pourraient être pénalisés par l'abstention. L'électorat de Jean-Luc Mélenchon a un profil très jeune. Quant à celui de Marine Le Pen, son électorat a un profil très populaire. Ces catégories sont très abstentionnistes. À l'opposé, Emmanuel Macron et Valérie Pécresse ont des électorats plus âgés, appartenant aux catégories supérieures et qui votent de manière plus constante.
La part des Français indécis est-elle encore importante à la veille du scrutin ?