Ces chevènementistes de choc au service d'Emmanuel Macron

POLITISCOPE. Malgré ses coups d'éclat médiatiques, Didier Lallement conserve toute la confiance du président de la République, qui adore plus que tout s'entourer, sur les questions régaliennes, d'anciens compagnons de route de Jean-Pierre Chevènement. C'est le canal « républicain » d'Emmanuel Macron, qui, jeune étudiant, côtoya quelques temps le Mouvement des Citoyens (MDC). Le chef de l'Etat cherche dans cette mouvance les clés d'un durcissement de son image "régalienne" pour 2022.

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(Crédits : Reuters)

Un homme d'ordre. Didier Lallement affectionne tout particulièrement qu'on le présente ainsi. Le préfet de police sait faire aussi dans la provoc'. Pour sa carte de voeux 2021, il avait choisi une citation du fondateur de l'armée rouge Leon Trotsky. Quelques mots martiaux : « Je suis profondément convaincu, et les corbeaux auront beau croasser, que nous créerons par nos efforts communs l'ordre nécessaire. Sachez seulement et souvenez-vous bien que, sans cela, la faillite et le naufrage sont inévitables ».

Car, à l'origine, Lallement fut un jeune homme de gauche. Ancien leader étudiant de l'UNEF à la fac Panthéon-Sorbonne, il s'engage très tôt au CERES (Centre d'études, de recherches, et d'éducation socialiste), le courant de Jean-Pierre Chevènement au PS. Avant que ce dernier ne l'appelle comme conseiller à son cabinet de l'Intérieur sous le gouvernement Jospin, il commencera sa carrière à Epinay-sur-Seine, auprès du socialiste Gilbert Bonnemaison, spécialiste des questions de sécurité au PS. Tout naturellement, le « Che », peu de temps avant sa démission fracassante du gouvernement Jospin, nommera préfet cet homme qui délaisse alors la révolution pour l'ordre.

Et malgré ses coups d'éclat médiatiques, Didier Lallement conserve toute la confiance du président de la République, qui adore plus que tout s'entourer, sur les questions régaliennes, d'anciens compagnons de route de Chevènement. C'est le canal « républicain » d'Emmanuel Macron, qui, jeune étudiant, côtoya quelques temps le Mouvement des Citoyens (MDC). C'est ainsi que l'un des plus fidèles amis du préfet Lallement, le haut fonctionnaire Didier Leschi, lui aussi passé par le CERES (mais lui est un ancien trotskiste de la LCR) prend de plus en plus d'importance au sein de la macronie. Ses avis comptent au plus haut niveau de l'Etat.

Comme Lallement, Leschi s'était retrouvé place Beauvau à la fin des années 1990 au cabinet de Jean-Pierre Chevènement, comme « attaché parlementaire », chargé des relations avec les élus. Depuis, ce haut fonctionnaire, qui dirige l'Office français de l'immigration et de l'intégration, s'est spécialisé dans les questions relatives aux cultes et à la laïcité. C'est justement pour cette raison que l'Elysée envisage de lui confier une mission sur le sujet, alors que l'Observatoire de la laicité, qui avait été présidé par Jean-Louis Bianco, a été supprimé il y a quelques semaines. Leschi, d'obédience chevènementiste, devrait contenter les tenants d'une laïcité « dure » qui ne cessaient d'accuser l'Observatoire de « laxisme ».

Cette dureté, l'Elysée est encore en train de la chercher sur les questions régaliennes. Alors que les sondages se multiplient en faveur du RN, et que le débat politico-médiatique se focalise sur les questions de sécurité, Emmanuel Macron souhaite maintenir un ton martial tout en continuant à jouer les équilibristes : il s'agit de ne pas faire fuir ce qui lui reste d'électeurs de centre gauche (ceux du premier tour de 2017). C'est dans cette optique que le Château a décidé de répondre favorablement aux demandes d'extradition de l'Italie concernant dix anciens des Brigades Rouges, qui avaient trouvé asile en France depuis le président Mitterrand. Les chevènementistes qui entourent désormais Emmanuel Macron n'y sont pas pour rien quant à ce revirement de l'Etat français.

En diplomatie d'ailleurs, Emmanuel Macron peut également compter sur François Gouyette, nommé ambassadeur à Alger à l'été 2020, après avoir officié à Ryad ; lui aussi a travaillé par le passé pour Jean-Pierre Chevènement, car il fut son conseiller diplomatique à Beauvau entre 1997 et 2000.

« Il ne vient pas chez nous par hasard : nos positions sur l'Europe, notre refus de la guerre du Golfe, l'intéressent », se souvient Jean-Yves Autexier, un vieux compagnon de route de Jean-Pierre Chevènement, qui a connu le jeune étudiant Macron. « À l'époque, on s'agite aussi beaucoup sur l'intégration républicaine. On met en place les adjoints de sécurité dans la police nationale. Le ministre souhaite alors que le recrutement soit le plus large possible et touche tous les milieux ». Le jeune Macron accompagne alors quelques militants du MDC aux universités d'été du parti à l'été 1998. Flatté par ce compagnonnage, Jean-Pierre Chevènement reste aujourd'hui bienveillant à l'égard du jeune président, mais lucide : « Emmanuel Macron fait souvent des analyses justes, mais l'application ne suit pas forcément ». On ne sait pas si l'ancien ministre pense à son successeur actuel à l'Intérieur, Gérard Darmanin.


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Commentaires 2
à écrit le 28/05/2021 à 17:58
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chevenement? le gars qui a deserte son poste de ministre des armees au moment de la guerre du golf? la france en a fusille pour moins que ca, des deserteurs ( moins hauts places, certes).....le type decouvre la realite et veut venir avec ses idees qu...

à écrit le 28/05/2021 à 15:48
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Il n'a pas inventé l'eau chaude vu qu'il est logique que plus on prive un peuple de liberté plus le risque qu'il se soulève est important et donc plus il faut le museler, le tenir en laisse et le battre régulièrement. Maintenant tout dépend quel est ...

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