Confinement : des disparités départementales criantes

Dans la plupart des départements touristiques, l'activité s'est effondrée au cours des confinements de l'année 2020. Les zones de montagne ont également payé un lourd tribut pendant le premier confinement. A l'opposé, les départements plus ruraux ou ceux situés sur la façade Atlantique ont limité les pertes de revenus ou d'activité, selon le dernier ouvrage de l'Insee consacré à la France et ses territoires.
Grégoire Normand
(Crédits : Reuters)

Les confinements se suivent et ne se ressemblent pas toujours. Depuis l'arrivée du virus sur le sol français, le gouvernement a mis en oeuvre trois confinements à géométrie variable. Au printemps 2020, les mesures décidées ont été particulièrement drastiques au regard des suivantes. Pour avoir une approche plus précise des conséquences de ce type de mesure, les statisticiens de l'Insee ont passé au crible dans leur dernier ouvrage intitulé La France et ses territoires dévoilé ce jeudi  29 avril, les différents indicateurs macroéconomiques de ce choc inédit. L'étude met en lumière des disparités criantes entre les différentes zones étudiées par les chercheurs. "En avril 2020, le déficit d'activité a été au plus fort de 33%. Il est bien plus modéré dans l'industrie agroalimentaire que dans les services. Le déficit d'activité a concerné tous les départements mais avec des intensités différentes. Une géographie de crise se dessine" a expliqué Christine Charton, chargée de mission études à l'organisme public lors d'un point presse.

Les données haute fréquence de transaction bancaire et celles de téléphonie mobile ont permis de passer au peigne fin les fluctuations d'activité et les mouvements démographiques à un niveau très précis. Alors que se profile une réouverture de l'économie, la crise pourrait laisser de graves séquelles sur le front de l'emploi. Pour les candidats aux élections régionales et aux élections départementales de juin, les conséquences territoriales de la pandémie devraient occuper tous les débats. "Les territoires jouent un très grand rôle pour expliquer les crises, les disparités ou le développement durable" a ajouté Gérard Moreau, chef de la division statistiques régionales et locales lors de la présentation aux journalistes. Ce document très fouillé brosse le portrait d'une France fragmentée par les déflagrations d'une année pandémique.

Les départements de montagne et spécialisés dans le tourisme frappés de plein fouet

L'application du confinement à l'ensemble du territoire a eu des effets différenciés selon la spécialisation économique des zones d'emploi. La mise sous cloche de l'économie tricolore en mars 2020 a entraîné un arrêt violent de l'activité touristique dans les zones de montagne. "Dans les départements alpins ou pyrénéens, le confinement met fin brutalement à la saison touristique hivernale. La baisse de l'activité économique, mesurée par le volume d'heures rémunérées, et celle des transactions par carte bancaire CB en face-à-face y sont davantage marquées" indiquent les auteurs. Les départements qui concentrent des activités dans le matériel de transport ont également été particulièrement touchés par les répercussions de la pandémie comme le Haut‑Rhin ou le Doubs (automobile) et la Haute‑Garonne (aéronautique). A l'opposé, les départements où l'industrie agroalimentaire et l'agriculture ont été bien plus préservés comme à l'Ouest.

450.000 personnes sont parties de Paris, 180.000 ont quitté la Savoie

Les images des ruées sur les gares parisiennes et des trains bondés ont marqué les esprits au lendemain des annonces d'Emmanuel Macron. Certaines zones ont pu profiter de l'exode des citadins pendant les périodes de confinement quand d'autres ont perdu de la population. "Les différences de profils économiques des départements expliquent en partie la baisse de l'activité. D'autres facteurs ont pu jouer. Le confinement a provoqué d'importants mouvements de population. 450.000 Parisiens sont partis (-20%). En Savoie, la baisse a été de 30%. Ces départs ont provoqué des chutes d'activité. La saison du confinement est un facteur de différenciation de l'impact économique" a ajouté Christine Charton.

Dans la capitale, plus de la moitié de la baisse s'explique par des populations n'y résidant pas habituellement (touristes, professionnels...). L'autre moitié concerne principalement des habitants de la "ville lumière" et des étudiants partis retourner vivre chez leurs parents. Beaucoup de communes du littoral Atlantique ont été prises d'assaut. Ces exodes ont eu des répercussions sur la consommation visibles notamment par la baisse des transactions par carte bancaire. "Cette chute des transactions par carte bancaire CB est d'autant plus forte dans les départements où la population présente a diminué au moment du confinement. Ainsi, elle dépasse 70% en Savoie, à Paris et dans les Hautes‑Alpes, où les départs de population ont été massifs. La baisse des transactions par carte bancaire CB est également élevée dans les départements les plus affectés par la pandémie comme le Haut‑Rhin, le Bas‑Rhin, le Territoire de Belfort ou la Seine‑Saint‑Denis" indiquent les auteurs de l'enquête.

La crise risque de creuser les inégalités territoriales

L'un des enseignements de cet épais document de plus de 200 pages consacré à la France et ses territoires est que la pandémie risque d'exacerber les disparités déjà existantes entre les départements. Sur le front de l'emploi par exemple, les départements qui ont une part d'intérimaires très importante risque de connaître un marché du travail profondément affecté par les vagues épidémiques. Les travailleurs en contrat à durée déterminée (CDD), en mission d'intérim ou les saisonniers ont été en première ligne lors des différentes périodes de mises sous cloche. "En réponse à la baisse d'activité, le travail intérimaire s'effondre et les situations d'emploi où les personnes ne travaillent pas ou partiellement (activité partielle, congé pour garde d'enfants) se développent. L'emploi permanent est relativement préservé" précisent les statisticiens.

Si certains secteurs ont pu redémarrer et d'autres ont pu s'adapter en développant des activités en ligne, d'autres comme l'industrie de la fabrication automobile, l'aéronautique, la restauration risquent d'être profondément transformés par ces longs mois de crise sanitaire. Les récessions économiques provoquent souvent des effets à long terme encore difficiles à mesurer. Les files d'attente dans les banques alimentaires et la saturation des services hospitaliers sont les signaux les plus visibles à court terme de cette pandémie. Il faudra encore attendre des mois pour bien appréhender la transmission de tous ces chocs sur le tissu productif et l'emploi dans l'économie française.

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