Coup de frein sur le télétravail !

 |  | 712 mots
(Crédits : https://unsplash.com/photos/C3V88BOoRoM)
Après plusieurs mois de télétravail (forcé) pendant la crise sanitaire, nombre d'entreprises rappellent leurs employés dans leurs locaux, suscitant une certaine incompréhension, et tentent de négocier des accords pour trouver la juste dose de travail à distance.

Si seulement un quart des salariés travaillaient sur site fin mars, ils étaient déjà 50% fin mai. Fin juillet, le télétravail, en plein essor avec le confinement, ne concernait plus qu'un salarié sur dix, selon les dernières données du ministère du Travail.

"Pour la rentrée, on a reçu comme consigne (de faire) un jour de télétravail par semaine", "une injonction très contradictoire" alors que les gestes barrières doivent être respectés et les réunions physiques évitées. C'est même "un peu démotivant", témoigne Damien (prénom modifié), interrogé par l'AFP.

Pour ce quadragénaire qui encadre une petite équipe dans le domaine informatique au sein d'une filiale d'EDF, septembre a donc sonné le retour au régime ante-Covid, après du télétravail à 100% pendant le confinement et un retour très progressif ensuite, au siège situé à la Défense.

Cette annonce a fait l'effet d'une "douche froide" et "les gens râlent un peu", confie ce Parisien qui passe 1h30 en moyenne quotidiennement dans les transports en commun.

"Quelques équipes ont dû perdre un peu pied" pendant le confinement et "pour éviter de faire des cas particuliers, l'entreprise fait des règles générales", avance-t-il en notant que, "du côté du top management, il y a une volonté de recadrage et de ne pas aller trop vite sur le sujet".

Car si beaucoup ont apprécié le télétravail en termes de gain de temps dans les transports et d'équilibre des temps de vie, d'autres, parmi lesquels des responsables d'équipe, émettent des réserves.

"A haute dose, il y a une difficulté supplémentaire à faire travailler ensemble des personnes qui sont là et d'autres absentes physiquement, cela crée des disparités de traitement auxquelles il faut faire attention. On perd aussi en intelligence collective, en richesse, en créativité, c'est moins stimulant", liste Alexandra (prénom modifié) dans le secteur de la presse.

Aujourd'hui, les administrations publiques reviennent à "un fonctionnement quasi-normal", indique à l'AFP Johann Theuret, président de l'association des DRH des grandes collectivités. Avec un changement notable: "des demandes massives de un à deux jours par semaine de télétravail, appuyées par les directions des ressources humaines".

"Pour certains managers, c'est comme si c'était la fin de la récré", un discours qui peut heurter les salariés mobilisés pendant le confinement, souligne Christophe Nguyen, psychologue du travail et cofondateur d'Empreinte Humaine.

"Pas de retour en arrière"

Selon un sondage OpinionWay réalisé fin mai pour ce cabinet de conseil aux entreprises, 85% des télétravailleurs souhaitent conserver la possibilité de faire du télétravail mais une majorité veut aussi plus de règles pour l'encadrer.

"Il n'y a pas de retour en arrière possible, les salariés ont été bousculés". Si les entreprises n'intègrent pas leurs nouvelles aspirations, "elles risquent de faire face à un désengagement", prévient M. Nguyen.

Les partenaires sociaux doivent décider vendredi s'ils lancent la négociation d'un accord national interprofessionnelle (ANI), souhaitée par les syndicats.

Dans de nombreuses entreprises, comme le constructeur automobile PSA ou le gestionnaire d'aéroports ADP, direction et syndicats ont déjà entamé, ou vont lancer, des négociations pour s'accorder sur les règles du télétravail.

Avec un premier accord sur le télétravail signé en 2009, Orange a un certain "recul" sur le sujet, explique à l'AFP Martine Bordonné, directrice Télétravail et Nomadisme du groupe.

En France, avant le Covid, 36.000 salariés (environ 39% des effectifs éligibles) bénéficiaient régulièrement ou occasionnellement, sur la base du volontariat et via un avenant au contrat de travail, de trois jours de télétravailmaximum par semaine.

Depuis le 1er septembre, ce régime est maintenu mais "une mesure de +télétravail élargi+ permet aux salariés qui ne l'avaient pas expérimenté et à ceux qui ne télétravaillaient qu'une demi-journée ou un jour par semaine, de le faire jusqu'à deux jours par semaine", selon Mme Bordonné.

"C'est un équilibre à trouver entre l'apprentissage individuel et le travail des managers, garants de la cohésion des équipes", souligne la directrice.

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Commentaires
a écrit le 10/09/2020 à 18:56 :
Télétravail = organisation !
Effectivement il faut savoir faire la part, entre privé/professionnelle.
Une pièce dédiée est une bonne mesure pour ne pas dépasser la frontière.
Personnellement, lorsque je suis en télétravail je suis en immersion et parfois je mange sur le pouce, m'octroie moins de pause que sur le site. Les préjugés de flemardise ne s'applique que si les règles d'encadrement sont mal gérées. C'est donc au manager de fixer les objectifs... Tout le monde y gagne ! En bonne organisation.
a écrit le 10/09/2020 à 10:11 :
Le télétravail, c'est à terme l'isolement, la solitude, la dépression.
Le travail ce n'est pas seulement travailler, c'est aussi être dans un environnement social nécessaire à l'humain pour qu'il puisse vivre autrement qu'en reclus.
a écrit le 10/09/2020 à 5:34 :
Faut les comprendre tous ces cadres, ils sont tellement fragiles, sensibles et puis reprendre le rer chaque matin, decidement ce sera non. on reste a la maison.
Les entreprises vont en profiter pour degraisser.
a écrit le 09/09/2020 à 22:16 :
Le télétravail est une forme de suicide, au-delà de la facilité qu'un jour ou deux par-ci par-là peuvent procurer : socialisation, échanges, collaboration, convivialité, partage, ergonomie du poste de travail, transmission des savoirs aux nouveaux, "sas" de décompression entre le travail et le domicile, régulation des horaires de travail, sanctuarisation du domicile (pas d'intrusion !), respect de la vie privée, pas de concurrence entre usages du domicile entre conjoints, garde des enfants... Le télétravail a été l'argument de la peur : ne lui donnons ni excès d'honneur ni indignité, ce n'est qu'un moyen d'organisation parmi d'autres et partiel, pas la panacée "universelle" voulue par les bien-portants dans leur grande peur de vivre..
a écrit le 09/09/2020 à 17:18 :
J'ai fait du télétravail comme mes collègues et le constat est clair, ceux qui ont aimé le télétravail sont en général ceux qui en ont profité pour en faire moins voire parfois quasiment rien. Bien sûr il ne faut pas généraliser, je connais quelques exceptions qui confirment la règle.
Réponse de le 09/09/2020 à 19:11 :
Ne surtout pas généraliser en effet, pour ma part j'en fais depuis plus de 20 ans sans soucis et en mode très très efficace avec ed gros volumes horaires mais beaucoup d'autonomies etc.
Je remercie vos collègues... c'est grâce à ce type de comportements enfantins que nous devons rester surveillés dans un bureau comme à l"Cole jadis...
a écrit le 09/09/2020 à 16:01 :
Peu étonnant ! Atavisme, conservatisme intellectuel et manque d'imagination du management à la Française... Ou l'on retrouve les rois de la réunionite inutile qui aiment montrer qu'ils sont des experts en Powerpoint et savent faire une démo en public... Leur grande peur c'est surtout ne pas avoir la sensation de maîtriser leurs équipes et de changer leurs propres habitudes en restant chez eux et non dans le beau bureau, symbole de leurs supposés pouvoirs, dont ils rêvaient le matin dans leur salle de bain en se rasant (ou se maquillant ;-) ...
Réponse de le 09/09/2020 à 19:12 :
Je vous invite à travailler pour des sociétés étrangères le télétravail se fait sans soucis !
a écrit le 09/09/2020 à 14:35 :
2 choses me choquent :
1) article copier/coller sur sudouest.fr
2) prendre orange comme exemple est tout simplement écoeurant et scandaleux, et franchement démagogique : oui, Orange permet 2 jours de télétravail (occasionnel) par semaine ...... MAXIMUM, et impose une présence sur site 3 jours par semaine.......... là où, avant la crise, il était tout à fait possible d'avoir 3 jours de télétravail par semaine, cette solution a été supprimée et donc Orange a SUPPRIME des possibilités de travail, et non "rajouté". (ils jouent sur le côté "occasionnel qui a augmenté", là où le TT régulier a été charcuté)
a écrit le 09/09/2020 à 9:56 :
Toujours le même problème il y aura toujours des salariés hyper actifs qui auront tendance d'en faire plus chez eux qu'au boulot, des consciencieux qui feront pareil et d'autres qui ne profiteront pour moins travailler.

C'est comme les patrons, le problème étant qu'un salarié défaillant, si on est en mesure intellectuel de le repérer, ce qui est déjà bien, on le localise et on le remplace, un patron défaillant par contre va faire défaillir tous les salariés et donc l'entreprise avec. Et ce patron défaillant au lieu de se remettre en question ira machinalement se vautrer dans cet si improductif dumping social.

Le télétravail est bien pour certains et moins bien pour d'autres mais de part l'incompétence de ceux censés les gérer ben ils mettent tout le monde dans lmee panier par facilité intellectuel et basta, "emballer c'est peser" mais peser sur l'entreprise surtout.
Réponse de le 10/09/2020 à 5:45 :
@ citoyen blase. On sent l'expert.

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :