Dérapage du déficit: Bruno Le Maire rend des comptes devant le Sénat
latribune.fr
Ex-ministre de l'Économie, Bruno Le Maire est le premier auditionné par le Sénat dans le cadre d'une mission « flash » d'information sur la dérive des finances publiques (photo d'archive).
Le Sénat va tenter de comprendre les raisons du dérapage budgétaire à partir de ce jeudi, en auditionnant d'abord Bruno Le Maire, l'ex-ministre de l'Économie. Objectif de la Chambre haute : « purger l'abcès » avant l'examen du budget 2025 dans les prochains jours.
Pourquoi le déficit public de la France a-t-il dérapé ? C'est ce que tente d'élucider le Sénat. Il va pour cela mener plusieurs auditions ces prochains jours dans le cadre d'une mission « flash » d'information sur la dérive des finances publiques. Bruno Le Maire, l'ancien ministre de l'Economie, est ainsi entendu depuis 08h00 ce jeudi devant la commission des Finances de la chambre haute. Suivra dans l'après-midi l'ex-ministre des Comptes publics, Thomas Cazenave. Puis l'ancien Premier ministre Gabriel Attal, vendredi à 9h00, et enfin sa prédécesseure, Élisabeth Borne, le 15 novembre.
Tous tenteront d'expliquer les raisons de l'explosion du déficit public. Pour rappel, ce dernier atteindra 6,1% du produit intérieur brut (PIB) en 2024 selon le nouveau gouvernement. Un niveau bien supérieur aux 4,4% initialement prévus dans le budget de l'État, réévalués à 5,1% en avril.
Pour le rapporteur général du budget au Sénat, « il est normal d'essayer de comprendre ce qu'il s'est passé, les responsabilités de chacun. Il faut que chacun assume et dise comment la situation a été vécue » au sein du gouvernement, a indiqué Jean-François Husson (Droite républicaine).
C'est lui qui pilote cette mission, aux côtés du président de la commission des Finances, Claude Raynal (Parti socialiste). Il est « nécessaire de purger l'abcès » avant l'examen du budget 2025 dans les prochains jours au Sénat, a poursuivi Jean-François Husson. D'autant plus dans un contexte où la majorité sénatoriale, une alliance DR-centristes, a basculé dans le « socle commun » soutenant l'actuel gouvernement de Michel Barnier.
Un avis partagé, notamment par Pierre Moscovici, à la double casquette de Premier président de la Cour des comptes et président du Haut conseil des Finances publiques (HCFP). « Il faudra comprendre ce qu'il s'est passé non pas pour faire je ne sais quel procès en responsabilité, mais pour éviter que les erreurs constatées ne se reproduisent », a-t-il estimé mercredi. Avant d'ajouter : « Il y a encore un peu de mystère, un peu de boîte noire » sur les mécanismes ayant abouti à ce résultat, selon lui. Et, quand ils seront révélés, « il faudra réfléchir aux solutions ».
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Les deux sénateurs ont en tout cas déjà mené au printemps un premier volet d'enquête sur ce sujet. Ils considèrent depuis que le gouvernement disposait très tôt de notes internes du Trésor qui pressentaient un dérapage plus net que prévu. Et qu'il a tardé à en tenir compte. Claude Raynal s'inquiète en effet de longue date d'une « opacité de la communication budgétaire ». Jean-François Husson, lui, regrette « de vraies erreurs de navigation » de la part de l'ancien exécutif et « une espèce d'enfermement dans la certitude d'avoir raison malgré les chiffres ».
Bruno Le Maire montre pattes blanches...
Bruno Le Maire s'était déjà défendu au printemps devant le Sénat. « J'ai toujours fait preuve, depuis sept ans que je suis ministre de l'Économie des Finances, de sincérité, d'honnêteté et de sens de la vérité », avait-il affirmé. Ces dernières semaines, après avoir quitté ses fonctions politiques, il avait promis de répondre « en toute transparence » aux questions des parlementaires. Il avait également assuré à France 2 que « la vérité apparaîtra plus tard ».
« Il assume toutes ses responsabilités. Devant le torrent de mensonges qui le touche, il s'emploiera à rétablir les faits. On peut vouloir les déformer mais rien n'a été caché »,insiste auprès de l'AFP l'entourage de l'ex-ministre.
Un autre parlementaire proche de Bruno Le Maire assure lui aussi que le précédent gouvernement a bien pris conscience de l'accélération du déficit. Preuve à l'appui : le fait que Bercy ait « [annulé] 10 milliards d'euros de crédits en février et [proposé] un projet de loi de finances rectificative au printemps ». Une proposition qui n'avait toutefois pas abouti.
...tout comme Gabriel Attal et Thomas Cazenave
Début octobre c'est d'abord Gabriel Attal qui avait affuté ses arguments, en affirmant avoir préparé un budget 2025 intégrant « quinze milliards d'économies » avant de laisser la main à Michel Barnier. « En huit mois nous avons identifié ou réalisé 40 milliards d'euros d'économies », avait-il plaidé.
Et fin octobre, c'est Thomas Cazenave qui s'était aussi exprimé sur le sujet, démentant avoir dissimulé des éléments. « On a transmis tous les documents dans la plus grande transparence », avait-il assuré.
Pour lui, l'une des raisons du dérapage viendrait des modèles de prévisions des recettes. « Depuis la crise, les modèles sont extrêmement perturbés, ils ont du mal à évaluer les recettes », avait justifié l'ex-ministre. Et avait affirmé que quand le « trou de 20 milliards d'euros dans les recettes a été constaté, (...) nous avons activé les freins d'urgence ». Il avait ainsi assuré que la situation actuelle résulte de ces erreurs de prévisions, mais aussi d'une envolée des dépenses des collectivités territoriales. Et, enfin, des élections législatives anticipées, qui ont « interrompu le plan de redressement des finances publiques ».
Ces auditions au Sénat préfigurent en outre un autre rendez-vous crucial : celui devant la commission des Finances de l'Assemblée nationale. Car celle-ci s'est dotée pour six mois des pouvoirs élargis de commission d'enquête pour se pencher sur le même dossier.
Trois députés piloteront ces travaux. À savoir deux rapporteurs, Éric Ciotti (UDR) côté oppositions et Mathieu Lefèvre (EPR), pour la majorité relative. Et un président, Éric Coquerel (LFI). Ce dernier s'est exprimé ce jeudi dans la matinale de Franceinfo. Il a rappelé que le rôle de cette commission est aussi « de clarifier ce qu'il s'est passé ». Avant de compléter : « Et de savoir comment on est arrivé à une situation où, aussitôt qu'on donne un chiffre - sur les déficits, sur la croissance -, un mois après ces chiffres sont complètement infirmés par la réalité et même les prévisions qu'on donne ». Éric Coquerel a affirmé en tout cas qu'il « part sans a priori ».
Interrogé sur la responsabilité de cette situation, notamment sur celle de Bruno Le Maire, il a répondu qu'il pense « plutôt » que c'est « l'échec d'un système ». Et de rappeler :
« Ce n'est pas une chasse à l'homme car au-dessus de Bruno Le Maire il y a Emmanuel Macron qui, en dernière instance, est le responsable de cette politique ».