Dynamiques, les créations d'entreprises cachent des inégalités qui perdurent
latribune.fr
En 2023, les femmes n'étaient que 28% à s'inscrire dans une démarche entrepreneuriale, un total inférieur de 4 points à la moyenne nationale et relativement stable depuis 2016 (27%).
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Les Français ont créé l'an dernier près de deux fois plus d'entreprises que dix ans auparavant. Cette tendance dissimule toutefois des disparités persistantes dans l'accès à l'entrepreneuriat, plus ardu notamment pour les femmes ou les habitants de quartiers populaires.
[Article publié vendredi 20 septembre à 8h14, mis à jour à 9h46] Plus d'un million d'entreprises ont été créées en France en 2023. C'est, selon les chiffres de l'Insee, près de deux fois plus que dix ans auparavant. Une dynamique nourrie principalement par les micro-entrepreneurs (63% des créations d'entreprises l'an dernier), et qui permet à la France de franchir pour la troisième année consécutive la barre symbolique du million de sociétés créées.
«On sent clairement une volonté des gens de se lancer dans l'entrepreneuriat», témoigne auprès de l'AFP Marie Adeline-Peix, directrice exécutive de la création et de l'action territoriale chez Bpifrance.
« Quand on demande aux gens pourquoi ils ont envie d'y aller, c'est pour avoir de l'impact, pour être son propre patron et pour gagner en liberté », énumère-t-elle en se basant sur l'Indice entrepreneurial, un baromètre réalisé tous les deux ans par Bpifrance.
Selon cette étude, 32% des plus de 18 ans, soit 16 millions de Français, se sont inscrits en 2023 dans une « dynamique entrepreneuriale ». Un terme qui englobe aussi bien les chefs d'entreprises et les anciens patrons que les personnes qui réfléchissent à créer une société (« intentionnistes ») ou sont déjà en train de le faire (« porteurs de projet »).
Une mise de départ inférieure à 1.000 euros
Ce dynamisme cache toutefois des inégalités qui perdurent. Certains pans de la population restent plus éloignés de l'entrepreneuriat que la moyenne : c'est notamment le cas des habitants des quartiers prioritaires de la politique de la ville (QPV). Seuls 26% d'entre eux étaient engagés dans une dynamique entrepreneuriale en 2023, selon Bpifrance.
Le principal frein à la création d'entreprise chez les « intentionnistes » est « un revenu insuffisant ou trop instable » (cité par 29% des répondants). 16% des sondés jugent que le lancement d'une activité à son compte demande « un investissement financier trop important ». A en croire l'Insee, l'obstacle financier ne serait cependant pas insurmontable. En 2022, près de quatre créateurs d'entreprises sur dix (37,5%) ont démarré leur activité sans y consacrer de moyens financiers. Et pour deux entrepreneurs sur dix (20,3%), la mise de départ était inférieure à 1.000 euros.
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«Aujourd'hui il y a un million de créations d'entreprises en France par an, les gens se lancent», commente Marie Adeline-Peix. «L'important, c'est surtout qu'on fasse en sorte qu'ils se lancent avec le plus de chances de réussite», notamment sur le plan financier. «La mère des batailles, c'est d'amener des gens à utiliser les dispositifs de soutien à la création d'entreprises.»
Entre juillet et août 2024, un repli des créations
Dans son étude, l'Insee indique par ailleurs qu'entre juillet et août 2024, « le nombre total de créations d'entreprises, tous types d'entreprises confondus, continue de baisser, mais plus légèrement qu'au mois précédent », soit une décrue de 0,5 % (après ‑1,6 %).
Sur la même période, les créations d'entreprises classiques diminuent, elles, de 1,8 % (après ‑3,4 % en juillet), « tandis que les immatriculations de micro-entrepreneurs sont quasi stables » (+0,1 % après ‑0,6 %). En données brutes, le nombre total d'entreprises créées sur les douze derniers mois (septembre 2023 à août 2024) augmente de 6,8 % par rapport à celui des mêmes mois un an plus tôt (septembre 2022 à août 2023).
Autres chiffres partagés par l'Insee : les créations d'entreprises diminuent de nouveau dans certains secteurs « tels que les services aux ménages (‑8,3 % après ‑4,0 % en juillet), l'information et la communication (‑2,8 % après ‑7,2 %) et la construction (‑5,9 % après ‑1,0 %) ». Dans l'industrie manufacturière, les naissances de sociétés se replient de 4,9 % (après +0,8 %).
En revanche, indique l'Insee, les créations d'entreprises « poursuivent fortement leur augmentation » dans les transports et entreposage (+12,3 % après +4,4 %) et « rebondissent dans les activités financières » et d'assurance (+4,2 % après ‑1,4 %).
Près de 30.000 chefs d'entreprises ont perdu leur emploi
En parallèle des créations de sociétés, les défaillances d'entreprises, elles, se multiplient, notamment dans un contexte d'extinction progressive des dispositifs de soutien déployés par l'Etat pendant la pandémie de Covid-19. Le nombre de faillites est depuis plusieurs mois supérieur à sa moyenne d'avant-Covid (59.342 sur la période 2010-2019).
Résultat, près de 30.000 chefs d'entreprises ont perdu leur emploi au premier semestre, soit un cinquième de plus que l'an dernier à même époque, selon l'association GSC et le cabinet Altares. Soit une hausse de 18,4% sur un an. Altares avait dénombré 57.729 défaillances d'entreprises en 2023, en augmentation de 35,8% par rapport à 2022.
Malgré « l'envie d'entreprendre » qui règne en France depuis une vingtaine d'années, « environ quatre entreprises sur dix ne souffleront pas leur cinquième bougie », remarquait dans le communiqué publié fin août Thierry Millon, directeur des études Altares, évoquant « le traumatisme » subi par ces patrons, en particulier « le tiers âgés de plus de 50 ans qui envisageront plus difficilement leur rebond ».
« Nos créateurs d'emplois et de richesses sont abandonnés dès lors que leur navire chavire », regrettait Anthony Streicher, président de l'association GSC (garantie sociale des chefs d'entreprises), une assurance-chômage volontaire créée par les organisations patronales pour les travailleurs indépendants. Pour lui, cela doit être « un sujet prioritaire » pour le nouveau gouvernement.