Edouard Philippe lance le grand chantier de la réforme du système de santé

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La ministre de la Santé Agnès Buzyn a mis en avant quatre faiblesses du système : investissement trop faible dans la prévention, cloisonnement entre ville, hôpital et médico-social, dispersion des ressources et hospitalisations en trop grand nombre. Ces faiblesses s'inscrivent dans un contexte social et financier difficile, marqué par l'épuisement d'une partie du personnel hospitalier et la contrainte des dépenses de santé pour réduire les déficits publics.
La ministre de la Santé Agnès Buzyn a mis en avant quatre faiblesses du système : investissement trop faible dans la prévention, cloisonnement entre ville, hôpital et médico-social, dispersion des ressources et hospitalisations en trop grand nombre. Ces faiblesses s'inscrivent dans un contexte social et financier difficile, marqué par l'épuisement d'une partie du personnel hospitalier et la contrainte des dépenses de santé pour réduire les déficits publics. (Crédits : Regis Duvignau)
Le Premier ministre a donné ce mardi le coup d'envoi du projet de transformation du système de santé dont la feuille de route définitive sera publiée d'ici à l'été. Une enveloppe de 100 millions d'euros par an est prévue pour soutenir cette réforme d'ampleur qui doit aboutir notamment à une meilleure régulation des soins dits "de ville" (médecins et paramédicaux libéraux), à la réduction des dépenses inutiles. Sont confirmés au passage, les regroupements d'hôpitaux, le "virage numérique", et le remaniement de la formation des futurs soignants.

"Le temps des rafistolages est révolu". Ce sont les termes qu'a utilisés Edouard Philippe, en déplacement mardi 13 février à Eaubonne (Val-d'Oise), pour lancer le plan de "transformation du système de santé", une réforme qu'il veut "globale, cohérente, méthodique".

Le gouvernement "se donne trois mois pour y réfléchir intensément" et une concertation "à plusieurs niveaux" se déroulera de mars à mai, à la fois "au niveau local" pour "recueillir l'avis des acteurs du terrain", et au niveau national, notamment par une consultation en ligne. Le chef de gouvernement a ainsi résumé les objectifs de cette réforme :

"Notre objectif : passer d'un système cloisonné, fondé sur les soins curatifs tarifés à l'acte, une course aux volumes, à un système tourné vers la prévention, la qualité, l'accès aux soins."

Cinq grands thèmes ont déjà été identifiés : la qualité et la pertinence des soins, les modes de financement et les rémunérations, le numérique en santé, les ressources humaines, et l'organisation territoriale. Voici les principales préconisations à retenir.

Corriger les dérives de la tarification à l'activité (T2A)

La question du financement figure en effet en bonne place dans la liste des propositions, avec pour boussole la promesse d'Emmanuel Macron de "plafonner à 50%" la tarification à l'activité (dite "T2A") des hôpitaux.

"On est arrivés au bout d'un système" avec cette T2A qui "pousse à une activité sans qualité", estimait Mme Buzyn en décembre.

L'exécutif souhaite "corriger" la tarification à l'activité dont les dérives entraînent une inflation du nombre d'actes et mener, plus globalement, "une réforme en profondeur de la tarification des soins quel que soit le secteur : ville, hôpital, médico-social".

Une équipe proposera des modèles de financements nouveaux d'ici fin 2019.

Mieux prendre en compte la qualité des soins

La Haute autorité de santé devra proposer, dès 2018, des "indicateurs de qualité des parcours de soins" portant sur les 10 pathologies les plus fréquentes, comme le diabète ou l'insuffisance rénale. Ils seront systématisés l'an prochain.

Aussi, la satisfaction des patients devra être "systématiquement mesurée". Des propositions dans ce sens devront être faites d'ici l'été prochain.

Le numérique au profit de la santé

Le gouvernement maintient sa volonté "d'accélérer le virage numérique" dans le domaine de la santé, en mettant sur la table 5 milliards d'euros issus du Grand plan d'investissement annoncé en octobre.

L'objectif est de permettre d'ici à 2022 l'accessibilité pour chaque patient à ses données médicales, la dématérialisation de toutes les prescriptions et la simplification du partage de l'information entre les professionnels de santé.

Une "réflexion sans tabou" sur le numerus clausus

Plusieurs options sont ouvertes par le chef de gouvernement sur ce sujet : une suppression du "numerus clausus", une augmentation du quota d'étudiants admis en deuxième année ou une modulation selon les universités, via une loi en 2019.

A Eaubonne, il a exprimé le vœu de "conserver ce qui marche bien - on forme de très bons professionnels de santé en France - mais de corriger des dysfonctionnements dont on parle depuis trop longtemps", citant "en particulier celui de l'effroyable gâchis de la première année".

"On connaît tous des cas, autour de nous, d'étudiants, souvent méritants, qui, après deux échecs, se retrouvent sans rien. Certains, en général les plus aisés, vont se former ailleurs en Europe. Pour les autres, la sanction est très brutale", a-t-il dit.

Aussi, la formation des futurs soignants sera remaniée, avec un "service sanitaire" obligatoire dès la rentrée 2018.

Quid des 16.000 suppressions de lits d'hôpitaux ?

Agnès Buzyn a mis en avant quatre faiblesses du système : investissement trop faible dans la prévention, cloisonnement entre ville, hôpital et médico-social, dispersion des ressources et hospitalisations en trop grand nombre. Ces faiblesses s'inscrivent dans un contexte social et financier difficile, marqué par l'épuisement d'une partie du personnel hospitalier et la contrainte des dépenses de santé pour réduire les déficits publics.

S'agissant des hospitalisations, certaines orientations du précédent gouvernement seront confirmées: les regroupements d'hôpitaux vont être "approfondis" et le "virage ambulatoire" (soins sans hospitalisation) ne sera plus limité à la seule chirurgie.

De fait, ces regroupements d'hôpitaux pourraient remettre en lumière la question des suppressions de lits évoqués par Le Figaro en 2016, sous la présidence Hollande.

Le quotidien, après analyse du plan de redressement des finances publiques, et des économies demandées par le gouvernement aux établissements hospitaliers (3 milliards d'euros d'économies entre 2015 et 2017), avait calculé que cette mesure allait conduire à la suppression de près de 16.000 lits en chirurgie et en médecine générale, soit une réduction de 10% des capacités installées par rapport à aujourd'hui. Cependant, cette perspective avait été démentie dès le lendemain de la parution de l'article par la ministre de l'époque Marisol Touraine qui avait affirmé :

«Il n'existe pas de plan de fermeture de lits, pas plus qu'il n'existe de plan de fermeture des sites d'urgence.»

Statista, nombre lits hôpital pour 1.000 habitants,

[Légende : la France se situe nettement au-dessus de la moyenne des pays de l'OCDE en ce qui concerne le nombre de lits d'hôpitaux par habitant.]

(*) Un graphique de notre partenaire Statista.

(Avec AFP et Reuters)

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Commentaires
a écrit le 15/02/2018 à 14:35 :
Outre la diminution des établissements hospitaliers et du nombre de lits il faut aussi envisager de donner leur autonomie à chaque établissements. Ceux qui en bénéficient me semble être plus efficace et de meilleur qualité.
a écrit le 14/02/2018 à 21:49 :
Ça n’empêche pas les hôpitaux d’être saturée et en «  manque de lit »
Des fois des branquards restent aux urgences , le temps de « trouver une place » ou des fois des transferts dans d’autres hôpitaux
L’ideal C’est de «  supprimer l’impression d’usine et de la fonctionnalité sans humanité qu’il faut supprimer dans les hôpitaux et le manque d’implication et d’intérêts des «  internes «  ou «  étudiants «  en cours d’apprentissage.
Il faudrait «  essayer de créer un cadre rassurant » pour les malades.
Oui , de la cohérence , de l’humanité
Quitte à faire 4 équipes d’intervenants pour «  permettre » à tous malade et intervenants de «  vivre mieux »
a écrit le 14/02/2018 à 9:39 :
Nous avons surtout assisté ces derniers jours à une campagne de désinformation éhontée par l'utilisation d'UN cas mortel de rougeole.Tout ce battage médiatique en particulier par la Ministre Buzyn pour encourager la vaccination contre cette maladie et par extension faire accepter par la population le cocktail des 11 vaccins.Une obligation vaccinale dont les principaux bénéficiaires seront sans aucun doute les laboratoires.
a écrit le 14/02/2018 à 8:35 :
Rien de bien à espérer. En effet comment d'un côté vouloir réduire les effectifs des fonctionnaires (moins 120 000 minimum) et de l'autre prétendre améliorer la situation des hôpitaux alors que leur second problème après les moyens matériels, est la diminution du personnel. Cette annonce est uniquement de la com.
a écrit le 13/02/2018 à 21:43 :
La prévention....eh bien la ministre devrait interdire la voiture, le tabac, l'alcool, le Nutella, les margarines, le sucre, le sel, les plats préparés....j'ai tout de même l'impression que cette réforme va se traduire par une augmentation du forfait hospitalier, une baisse des prises en charge, des suppressions de lits....bref de la comptabilité finalement....comme à chaque fois malgré les dénégations de notre 1er ministre...le mieux est donc de tenter de rester en bonne santé comme dirait mon médecin 😁😁
Réponse de le 14/02/2018 à 3:53 :
Et oui, ne vous deplaise, la prevention est l'outil le plus adapte a ce jour. Ici, chaque citoyen recoit chaque annee une convocation dans l'hopital qu'il souhaite pour y subir toute un chech up. Une semaine + tard, un second RV est prevu pour faire le constat avec un toubib.
Cette mesure evite les ennuis futurs.
Réponse de le 14/02/2018 à 19:29 :
Cher Matins calmes...vous devez être le seul à recevoir cette invitation....soit je suis trop "jeune" soit le courrier se perd....sur 68 millions de français 50% environ ont plus de 45 ans...soit 34 millions à pouvoir prétendre à un examen préventif à l'hôpital....cela laisse rêveur.....lle seul moyen pour faire des économies est de mourir en bonne santé et n'emm....personne!
a écrit le 13/02/2018 à 21:35 :
Le système hospitalier en France est en faillite.Certains y vont pour 1 consultation comme si les urgences étaient leur médecin...moi j y vais une fois dans ma vie et on me traite comme un mal propre après grosse chute dans les escaliers avec des bleu partout...m ont fait attendre 2h dans 1 brancard pour une simple radio et pas de scanner...pourquoi cotise t ont? Je suis pour la privatisation de tous les hôpitaux comme aux USA !
Réponse de le 14/02/2018 à 8:39 :
Vous ne connaissez pas la réalité américaine. Si vous n’êtes pas riche, vous n'avez pas accès à l'hôpital privé comme vous en rêvez ! aux U.S.A. il vous sera demandé une empreinte de votre carte bancaire avant de vous soigner.
Seul un service public de qualité, comme dans les pays nordiques, est capable d'offrir des soins répondant aux attentes. Nous payons assez d'impôts en France pour bénéficier du même système...
a écrit le 13/02/2018 à 20:00 :
Ils nous feront des hôpitaux aussi performants que les cuisines de l Elysée, j'en suis certain.
a écrit le 13/02/2018 à 19:52 :
Quand vous voulez détruire un service public, commencez par baisser son financement. Il ne fonctionnera plus. Les gens s' énerverons et ils voudront autre chose. C'est la technique de base pour privatiser un service public et le transposer au privé ..
L' analyse de Noam Chomsky grand universitaire américain dans "Requiem for the American Dream" est absolument transposable ici, confirmant parfaitement les analyses d' Asselineau et de l' Upr ..
https://www.youtube.com/watch?v=joWNlOkeFfs
Réponse de le 13/02/2018 à 21:27 :
Et pendant ces temps où l' on saigne l' hôpital public, nos politiques eux gardent le cap ...
Hausse de 40 % des indemnités des grands élus : le coup de gueule d’un « petit » maire :

Adopté nuitamment à l’Assemblée à la veille des fêtes de fin d’année, l’amendement est passé inaperçu. Il prévoit pourtant une augmentation de 40 % pour les grands élus. Ce dispositif, qui favorise encore une fois les grandes métropoles au paysage urbain, suscite l’ire des édiles de l’Association des maires ruraux de France (AMRF).

Source : La Gazette des Communes (6 février)
https://www.upr.fr/actualite/revue-de-presse-de-semaine-selection-5-11-fevrier-2018
a écrit le 13/02/2018 à 17:23 :
La moyenne des lits des pays figurants sur la liste est 7.35 lit/1000 habitants.(1.5 +13.2 /2).
Donc on est en dessous de la moyenne, n'en déplaise au Figaro.

Je ne me suis pas amusé à calculer une moyenne pondérée en fonction de la population, ce qui aurait été plus rigoureux, mais vu que l'Allemagne, la Pologne et la France sont les poids lourds démographiques de l'Europe je prends les paris que nous sommes encore très très moyens.

Et pourtant on s'en fout et voici pourquoi.

Il va falloir expliquer à quoi rime ce chiffre de 8.1 pour l'Allemagne?
Est ce un signe de gabegie financière, ou de haut niveau de soins?
Idem pour le Japon qui peut s’enorgueillir de l'espérance de vie la plus élevée de la planète.

Et que doit t'on déduire, alors, des chiffres très proches de la Suède et de la Grèce, qui sont le meilleur et le pire de la sécurité sanitaire en Europe?

Faut arréter de convoquer des stats et de leur faire dire ce qu'elles ne disent pas, parce que c'est prendre le lecteur pour un imbécile.
a écrit le 13/02/2018 à 17:22 :
On pourrait commencer par taxer les remontées mécaniques des stations de skis pour financer les fractures des skieurs . Est-il normal de payer pour ces prises de risques.
La sécu n'est pas faite pour rembourser ce type d'activités.
Réponse de le 15/02/2018 à 9:03 :
Et les résultats de la consommation de tabac, alcool, drogues, les accidents divers, ... va-t-on aussi les exclure des remboursements de la sécu ?
a écrit le 13/02/2018 à 15:43 :
C'est la feuille de route qui a été donnée directement par Macron l'année dernière a une poignée de fonctionnaires de Bercy: "trouvez moi 10 milliards d'économie sur la sécurité sociale dont l'essentiel sera supporté par les hôpitaux publics."

Le plan, il est devant nous. Autant dire que l'enveloppe de 100 millions par an est une insulte plus qu'une aide.

Et ce n'est pas fini, puisqu’il y aura également 13 milliards d'économie forcées pour les collectivités locales et 10 sur le fonctionnement de l'état.

Tout ceci donne une grille de lecture assez efficace de l'action de l'Etat. Il faut trouver une quarantaine de milliards chaque année pour financer l'abandon de l'ISF, la Flat taxe, et le CICE. Sans compter le retour de la défiscalisation des heures sup (comme si on n'avait pas assez de chômeurs)...
Réponse de le 13/02/2018 à 19:23 :
Absolument, la feuille de route de Bruxelles ou GOPE qui fixe la politique de Macron qu' il lui est donnée à signer une fois l' an en baptisant le tout "réformes" pour donner à penser qu' on gouverne..

Le texte va plus loin concernant le système de santé puisqu’il explique que « d’importantes économies à court terme ne peuvent être réalisées sans une réduction significative de l’augmentation des dépenses de sécurité sociale »

Traduction : il faut s’attendre à une baisse massive des remboursements de santé, puisque la branche maladie représente quasiment 50 % des dépenses de la Sécurité sociale [7], ainsi qu’à une privatisation rampante de la Sécurité sociale, via le recours croissant aux mutuelles privées, présentées comme solution à tous les problèmes.

Pour la branche vieillesse, il s’agit bien évidemment des retraites qui sont en ligne de mire. Après la hausse de l’âge de départ à la retraite, vient maintenant le gel du montant des pensions [8].

Pour les retraités, la perte de pouvoir d’achat c’est maintenant ! Le texte de la Commission européenne parle d’ailleurs explicitement de gel des retraites et d’autres pensions sociales, ce qui confirme une fois encore que le gouvernement ne fait qu’appliquer la politique de l’oligarchie euro-atlantiste.

Pour le chômage, le texte parle de « dégressivité des allocations » : cela augure d’une baisse plus importante et plus rapide des allocations dans le temps.

Heureux anglais !

https://www.upr.fr/actualite/europe/les-gope-grandes-orientations-politique-economique-feuille-route-economique-matignon
a écrit le 13/02/2018 à 15:41 :
Faites attention au tableau dont le titre principal est particulièrement trompeur surtout si on ne lit pas celui d'en dessous, du coup on se ditn quand on voit que la france a quand même 6 lits d’hôpitaux par habitant, qu'on est encore vachement large hein...

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