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ÉconomieFrance

Emmanuel Macron est-il « apte » à libérer l'économie ?

Photo de Fabien Piliu

Fabien Piliu

Publié le 06 janvier 2016 à 14:13 - Mis à jour le 28 janvier 2016 à 14:13

Le Quotidien Numérique

18 juillet 2026

Photo d'illustration de l'article
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Dans un entretien accordé au Monde, le ministre de l'Economie fournit quelques détails sur ses propositions pour libérer l'économie et l'emploi. Reste à savoir s'il saura tirer les leçons du passé récent.

Bon sang ne saurait mentir. Rapporteur général en 2008 de la Commission pour la libération de la croissance française, dite Commission Attali, Emmanuel Macron veut également faire souffler un vent de liberté sur l'économie française. Dans un entretien accordé au quotidien Le Monde daté du 7 janvier, le ministre de l'Economie affirme que, parmi les propositions contenues dans le projet de loi sur les "Nouvelles opportunités économiques" (Noé), figurent plusieurs mesures consistant à revenir sur " les exigences excessives en matière de qualifications professionnelles pour exercer certains métiers dès lors qu'il n'y a pas de risque pour la santé ou la sécurité du consommateur et des travailleurs  ".

" Notre choix c'est d'ouvrir notre économie et de créer davantage de mobilité sociale", poursuit-il en voulant casser "des corporatismes, des rigidités, la capture de certains marchés par les ' insiders' ", c'est-à-dire ceux qui ont un travail, poursuit le ministre.

Une source d'inspiration

Des propos directement inspirés par les propositions et les conclusions de la Commission Attali, qui plaidait notamment pour la mise en concurrence de certains métiers, via notamment l'ouverture des professions réglementées. La fronde des taxis avait fait reculer le gouvernement de François Fillon.

" Des réglementations obsolètes créent un climat défavorable à la croissance quand bien même elles ne concernent qu'un nombre limité de domaines, car elles maintiennent la perception que certains secteurs restent durablement abrités alors que tous les autres doivent s'adapter. Au moment où notre pays a besoin de mobiliser toutes les énergies collectives pour procéder aux bouleversements nécessaires, aucune activité ne peut être s'exonérer de l'effort collectif. L'ouverture des professions réglementées pourrait offrir des opportunités professionnelles non seulement aux entrepreneurs innovants et aux salariés qualifiés, mais aussi dans certains cas aux salariés les moins qualifiés et à un grand nombre d'exclus du marché du travail ", expliquait la Commission.

Les artisans dans le viseur ?

Quels pourraient être les secteurs " libéralisés " par le ministre de l'Economie ? Un certain nombre de professions artisanales sont dans le viseur. Déjà frappées par la concurrence de l'autoentrepreneuriat, qu'elles jugent déloyales, de nombreuses professions devraient mal vivre l'arrivée de ces nouveaux entrants, même si cette stratégie sert l'objectif de créer des emplois pour le plus grand nombre.

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La proposition 209 du rapport de la Commission Attali plaidait pour la suppression de l'exigence du brevet professionnel pour ouvrir un salon de coiffure et sa substitution par un CAP ou cinq années de pratique sous la responsabilité d'un titulaire du CAP. Si cette proposition devait être retenue, on peut s'attendre à une guerre des ciseaux de la part des 150.000 coiffeurs exerçant en France.

En attendant d'en savoir plus sur les intentions précises du ministre de l'Economie, on peut d'ores et déjà anticiper la grogne que ces mesures pourraient provoquer. Surtout si le gouvernement gère cette prochaine ouverture des marchés aussi mal que celle imposée dans le secteur des taxis.

Un secteur complètement déboussolé

Aujourd'hui, la concurrence dans ce secteur est réelle, sans que l'on sache vraiment qui, à part les clients, sont les véritables gagnants. Entre les taxis et les VTC, les tensions sont très fortes. Une journée de mobilisation des taxis est prévue le 26 janvier pour dénoncer la concurrence jugée déloyale des VTC. Entre les VTC et les prochains VTC qui ne seront pas soumis aux mêmes exigences dans le domaine de la formation, les crispations sont également tendues.

Pourtant, la concurrence n'aurait dû apporter que joies et bonheurs. A qui la faute ? Aux méchants taxis ? Aux méchants VTC ? A l'américain Uber et aux entreprises du secteur qui profitent des failles des systèmes juridiques pour se développer ? Le fautif est l'Etat, tout simplement.

L'exécutif a en effet beau jeu de plaider pour l'ouverture de certains marchés à la concurrence. Mais quels sont ces résultats ? La loi Macron 1 a libéralisé le secteur du transport par autocars. Selon ses calculs, cette mesure permettrait la création de 2.000 à 3.000 emplois - la fourchette est large, à dessein, ce qui permet de limiter la marge erreur - mais qui en sont les principaux bénéficiaires ? Essentiellement les cinq ténors du marché, c'est à a dire la filiale de la SNCF Ouibus (ex-IDBus), le réseau de Transdev Isilines, l'allemand Flixbus, la compagnie britannique Mégabus et le réseau interrégional Starshipper. En fait, c'est un oligopole que Bercy a créé.

De l'utilité de la prospective

Il est plus délicat de la mettre en oeuvre de façon intelligente et responsable. Quand la Commission Attali plaidait pour la libéralisation du secteur des taxis, elle proposait parallèlement d'augmenter le nombre de plaques qui sont, faut-il le rappeler, le patrimoine, la retraite des chauffeurs. D'autres mesures étaient également prévues pour apaiser les chauffeurs de taxis, notamment l'autorisation globale de la maraude. Certes, les taxis s'étaient opposés à ces propositions. Mais elles avaient au moins le mérite d'exister.

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L'arrivée des Jump, Heetch Uber et autres a été sauvage. Bien que l'exécutif se soit doté depuis longtemps de cellules, voire parfois de ministères dédiés à la Prospective qui publient des rapports sur la France dans 20,30, 40 ou 50 ans, il a été incapable d'anticiper l'arrivée d'UberPOP, l'application qui permet à tout un chacun d'utiliser son véhicule et de devenir taxi quelques heures, " pour travailler plus " et donc " gagner plus " ! Pire, cette solution a été saluée par Emmanuel Macron qui estimait en décembre 2014 qu'il ne fallait pas interdire UberPOP à Paris, oubliant que le chauffeur UberPOP était totalement exploité. Aujourd'hui, le ministre déclare que grâce à Uber, " des gens souvent victimes de l'exclusion choisissent l'entrepreneuriat individuel - [ils vont pouvoir goûter aux joies du RSI ! -] parce que pour beaucoup de jeunes aujourd'hui, c'est plus facile de trouver un client que de trouver un employeur ". A qui la faute ? Aux jeunes ? Ou au gouvernement qui n'a pour seule solution contre le chômage des jeunes les allègements de charges pour les moins bien payés d'entre eux ? Et de poursuivre : "ils se lancent, ils travaillent plus, la rémunération ne suit pas toujours mais ils ont accès à l'activité économique et à des perspectives de mobilité ". Edifiant. Il faudra qu'Emmanuel Macron explique comment un jeune qui se lance peut s'en sortir quand " la rémunération ne suit pas toujours ", et comment il peut être mobile.

Espérons que le gouvernement, qui joue les apprentis libérateurs de l'économie, tire les leçons du passé très récent.

Fabien Piliu

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