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ÉconomieFrance

Entreprises : les cessations d'activité volontaires explosent en France (+100% en deux ans)

Photo de Coline Vazquez

Coline Vazquez

Publié le 17 juin 2022 à 05:49 - Mis à jour le 17 juin 2022 à 12:00

Une boutique à Avignon

En France, les défaillances d'entreprises restent nettement en dessous de la barre des 50.000, que l'indicateur tutoyait début 2020, avant la pandémie. Sandrine Marty/Reuters

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Alors que le nombre de défaillances des entreprises augmentent chaque mois, tout en restant encore en dessous des niveaux avant la crise sanitaire, un phénomène explose en France : celui des entreprises commerciales ou artisanales qui, malgré une bonne santé économique, préfèrent mettre un terme à leur activité faute de perspectives alléchantes pour l'avenir. D'après le syndicat des indépendants et des TPE (SDI), plus de 160.000 entreprises commerciales ont arrêté volontairement leur activité entre janvier et juin 2022 contre plus de 114.000 sur la même période en 2021 et plus de 80.000 en...

... 0, soit +100% entre 2020 et 2022.

« C'est normal même si c'est dramatique ». C'est ainsi que François Asselin, président de la CPME a résumé les perspectives en matière de défaillances d'entreprises dans les mois à venir. Selon le chef de l'organisation patronale, « il va falloir s'attendre à une montée de la sinistralité » sans que cette situation soit pour l'instant préoccupante.

Depuis deux ans, les entreprises françaises bénéficient d'un solide soutien financier grâce aux nombreux dispositifs déployés par l'Etat dont le fonds de solidarité, le chômage partiel ou encore le prêt garanti par l'Etat (PGE). Autant d'aides qui ont maintenu à un niveau bas le nombre de défaillances d'entreprises. Elles restent, en effet, nettement en dessous de la barre des 50.000, que l'indicateur tutoyait début 2020, avant la pandémie. Avec 30.915 défaillances recensées entre mai 2021 et avril 2022 par la Banque de France, « on est dans une situation complètement paradoxale », a jugé François Asselin qui s'attend donc à une remontée. Mi-mai, les prévisions dévoilées par Allianz Trade estimaient que le nombre de défaillances devrait bondir de 15% en 2022 et 33% en 2023, en France. Des prévisions plus optimistes que celles de l'automne dernier où la hausse était estimée à 40% en 2022. « Ce qu'on ne mesure pas, c'est la vitesse » à laquelle la courbe repartira à la hausse, a néanmoins souligné le président de la CPME. « Si au bout de tout cela, on a une sinistralité qui se stabilise autour de 50 à 60.000 entreprises, franchement (...), on aura sacrément amorti ces crises consécutives », estime-t-il.

Marc Sanchez, secrétaire général du Syndicat des Indépendants et des TPE (SDI) se montre moins optimiste et invite à se pencher plus particulièrement sur la situation des très petites entreprises. Selon lui, 94% des entreprises en cessation de paiement sont des TPE. Le syndicaliste pointe également des difficultés plus marquées dans certains secteurs comme les salons de coiffure et instituts de beauté, le bâtiment, ou encore la boulangerie, pâtisserie.

Des cessations d'entreprise volontaires

Mais surtout, c'est sur le nombre de cessations d'activité volontaires que Marc Sanchez veut attirer le regard. Ces entreprises commerciales ou artisanales qui, malgré une bonne santé économique, préfèrent mettre un terme à leur activité faute de perspectives alléchantes pour l'avenir. D'après le SDI qui se base sur les chiffres des greffes des tribunaux de commerce, plus de 160.000 entreprises commerciales ont arrêté volontairement leur activité entre janvier et juin 2022 contre plus de 114.000 sur la même période en 2021 et plus de 80.000 en 2020, soit +100% entre 2020 et 2022.

Un phénomène qui s'explique par différents facteurs à commencer par l'inflation qui sévit depuis plusieurs mois, alimentée par la guerre en Ukraine, et qui freine la consommation tout en contraignant les entreprises à augmenter leurs prix ou à rogner sur leurs marges.

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Et si le pouvoir d'achat des consommateurs est en baisse, il en va de même pour celui des indépendants, signale Marc Sanchez : « Avant le début de la crise sanitaire, leur rémunération moyenne s'élevait à entre 800 et 1.500 euros par mois pour 48 heures par semaine travaillées. Nous supposons donc que la situation est bien pire aujourd'hui », s'alarme-t-il. « Beaucoup de dirigeants se posent donc la question du rapport entre le temps de travail, l'argent engagé et les risques pris au regard de la rémunération qu'ils dégagent. Et pour certains, la conclusion est qu'il vaut mieux arrêter maintenant que de prendre le risque d'arriver jusqu'au dépôt de bilan », résume-t-il.

Le poids des PGE

D'autant qu'un autre poids pèse sur les épaules de ces petites structures : celui des PGE contractés pour faire face à la crise sanitaire et qu'il faut désormais commencer à rembourser. Mardi dernier, le médiateur du crédit à la Banque de France, Frédéric Visnovsky, s'est montré plutôt rassurant à ce propos, assurant que, « malgré les interrogations liées à la crise ukrainienne, il n'y a pas d'alerte particulière » quant à la solvabilité des entreprises françaises. Les premiers remboursements des PGE se « sont passés correctement » et le dispositif ne devrait pas générer plus de 4,5 milliards d'euros de pertes brutes pour l'État, a-t-il affirmé.

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Un point de vue que ne partage pas la CPME. Eric Chevée, son vice-président, alerte sur la situation de « certaines entreprises saines avant la crise et qui sont aujourd'hui lourdement impactées par le rythme de remboursement des PGE ». S'il « n'y a pas péril en la demeure », le syndicat insiste « sur la nécessité de trouver une solution ». « Le risque est double. Certaines sociétés pourraient ne pas pouvoir assumer un remboursement aussi rapide quand d'autres pourraient ne plus être en mesure de réaliser les investissements nécessaires pour se maintenir sur le marché à cause de ce remboursement », explique-t-il, balayant d'un revers de la main l'une des possibilités mises en place par le gouvernement pour étaler le remboursement. Actuellement, les entreprises peuvent bénéficier d'un « différé d'un an supplémentaire pour commencer à rembourser » leur PGE, indique le ministère de l'Economie qui précise que le délai de remboursement peut aller de 6 à 10 ans pour les TPE. Or pour cela, les structures doivent « s'adresser à la Médiation du crédit de la Banque de France ou aux conseillers départementaux de sortie de crise ». « Mais cela entraîne automatiquement une mise en défaut de l'entreprise », dénonce Eric Chevée. La CPME demande donc la possibilité d'étaler le remboursement du PGE sur six à 8 ans, sans que cela n'entraîne de mise en défaut. Une demande partagée par le SDI qui va même au-delà, proposant un étalement pouvant aller jusqu'à dix ans.

 (Avec AFP)

Coline Vazquez

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