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Face aux scores du FN, le PS opte pour la politique de la "terre brûlée".

Photo de Jean-Christophe Chanut

Jean-Christophe Chanut

Publié le 07 décembre 2015 à 15:28 - Mis à jour le 07 décembre 2015 à 16:46

Le Quotidien Numérique

18 juillet 2026

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La très forte poussée du Front National aux régionales affole les états-majors des principaux partis. Le PS a du mal a imposer sa politique de "la terre brûlée" (retrait des listes). Et, au sein du parti "Les Républicains", la stratégie de Nicolas Sarkozy sera discutée après le second tour.

Le second tour des régionales n'a même pas encore eu lieu que, déjà, le très haut score du Front national, provoque d'importants remous au sein des autres partis, « Les Républicains » (LR) et Parti Socialiste (PS), notamment.
En moyenne nationale, le FN frôle les 29% et dépasse les 40% dans le grand Nord et en Provence-Alpes-Côte d'Azur (Paca). LR est ses alliés arrivent en deuxième position avec 27,3%, puis suit le PS avec 23,3%.
Ce lundi, la plupart des formations réunissaient leurs instances pour définir la ligne à adopter en vue du second tour. En effet, la date limite pour le dépôt des listes pour concourir dimanche prochain est le mardi 8 décembre à 18 heures.
Au PS, on est, à ce stade en plein psychodrame. Dans le grand Nord, Pierre de Saintignon - dont la liste est arrivée en troisième position dimanche - a accepté de se retirer et a appelé « à faire barrage au Front national ».

Dans le grand Est, le  chef de file PS fait de la résistance

En Paca, la tête de liste PS, Christophe Castaner, lui aussi arrivé en troisième position, a pris la même décision mais avec beaucoup plus de difficulté, tant, c'est peu de le dire, la personnalité et les prises de position très droitières de Christian Estrosi (tête de liste « LR »), qui reste donc seul en lice face au FN emmené par Marion Maréchal-Le Pen, sont très contestées.
Mais pour Jean-Christophe Cambadélis, premier secrétaire du PS, le problème vient du grand Est avec la super région Alsace-Champagne-Ardenne- Lorraine où le chef de file PS , Jean-Pierre Masseret, président sortant de la région Lorraine, refuse de se retirer malgré son score de dimanche dernier où il est arrivé troisième avec 16,11% des voix, loin derrière le FN et l'alliance droite-centre. Selon lui :

« Plutôt que de se retirer, il faut se confronter. C'est l'affrontement qui fera reculer ce parti. Je serai accusé de tous les maux de la terre mais je suis fidèle à mes engagements. Nous sommes là, debout, déterminés à mener le combat ».

Une attitude qui déplaît fortement à Jean-Christophe Cambadélis qui rappelle que le Bureau national du PS a pris à l'unanimité la décision de retirer les listes PS, là où elles sont arrivées en troisième position et où il y a vrai risque FN. D'où de nombreuses pressions sur les colistiers de Jean-Pierre Masseret pour qu'ils se retirent afin que le dépôt de la liste soit impossible... Ambiance. Sans parler des discussions téléphoniques extrêmement houleuses entre Jean-Christophe Cambadélis et Jean-Pierre Masseret.

Mais que penser du calcul du PS de se retirer et donc de n'avoir aucun élus dans peut-être trois régions, dont l'une « historique » Nords-Pas-de-Calais-Picardie? En effet, avant la fusion avec la Picardie, la région Nord-Pas-de-Calais, actuellement présidée par le socialiste Daniel Percheron, était « LE » fief socialiste, on y trouvait même les plus gros bataillons du parti socialiste... Sans parler de Pierre Mauroy, véritable statue du commandeur !

Le double calcul du PS en retirant ses candidats

En réalité, les instances dirigeantes du PS font un double calcul. A court terme, elles veulent démontrer que le PS aura tout fait pour faire barrage au FN, quitte à se sacrifier. Et si, par malheur, un candidat FN devait tout de même accéder à une présidence de région, la faute en reviendrait aux seuls partis du centre et de la droite... De fait, des sondages montraient que, dans le grand Nord, même en l'absence de triangulaire, la liste de Marine Le Pen l'emporterait face à celle de Xavier Bertrand.

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A plus long terme, c'est à une sorte de stratégie de la terre brulée que se livre le PS. Refusant toute compromission avec un FN au pouvoir pour gérer la région - il faut bien voter des budgets pour les lycées, les routes, etc -, le PS ne veut pas devoir joindre ses voix à celle du FN dans le cadre d'une assemblée régionale. Les instances du PS espèrent ainsi que cette position radicale portera ses fruits en 2017, quand les électeurs seront déçus par la gestion régionale du FN dont les premiers résultats ne pourront être que très éloignés de leurs espérances.
C'est, en tout cas, le rêve caressé par le parti socialiste.

Règlement de comptes en vue chez "Les Républicains"

Mais du côté du parti « Les Républicains », l'embarras règne aussi. Cependant, les hostilités ne s'ouvriront pas avant le lendemain du second tour. Réunies en bureau politique ce lundi 7 décembre, les instances du parti ont adopté la ligne définie par le président de LR, Nicolas Sarkozy : « ni retrait ni fusion ». Seuls l'ancien Premier ministre Jean-Pierre Raffarin et l'élue de Paris Nathalie Kosciusko-Morizet ont affiché leur désaccord. Le premier estimant que « lorsque on est troisième on se retire » la seconde déclarant qu'il « fallait tout faire pour éviter qu'une région ait une présidence FN ».


En fait, un seul cas de figure de ce type se présente. En Midi-Pyrénées-Languedoc-Roussillon où la liste LR-UDI-MoDem, emmenée par le politologue Dominique Reynié, est arrivée en troisième position avec 18,84% des suffrages, derrière la liste PS de Carole Delga (23,98%) et celle du FN de Louis Alliot (33,36%). Dominique Reynié a déjà fait savoir qu'il se maintiendrait. De fait, la situation n'est pas la même que dans les régions où le PS est arrivée en troisième position. En effet, il y a davantage de porosité entre les électorats FN et LR qu'entre les électorats LR et PS. Aussi, paradoxalement, un désistement de Dominique Reynié pourrait être favorable à... Louis Alliot.
Il n'empêche. Au sein de LR, les masques tomberont à l'issue du second tour. L'ancien premier ministre François Fillon a déjà prévenu :

"On ne change pas de stratégie au milieu du gué. La fusion ou le retrait n'est pas à la mesure de la gravité de la situation politique. C'est lutter contre la mer qui monte avec des sacs de sables. On serre les dents et on fait campagne sans états d'âme, on reporte après le second tour les examens de conscience"

«Il va falloir que nous ouvrions un débat après le second tour, sur pourquoi nous ne sommes pas audibles», a affirmé pour sa part Alain Juppé.


Sarkozy dans le collimateur

Et Bruno Le Maire était également sur la même longueur d'ondes. Autant de candidats déclarés à la primaire de la droite et du centre qui aura lieu à l'automne 2016.
Sans parler des propos ambigus - et corrigés depuis - tenus par l'ancien ministre Eric Woerth qui a souligné que la droite n'avait « pas de leader officiel et légitime ».
En fait, c'est la stratégie de Nicolas Sarkozy qui va être dans le collimateur. Et notamment ses multiples et fluctuants discours depuis les attentats du 13 novembre où il a alterné les attaques contre François Hollande en semblant refuser l'idée d'unité nationale, pour reprendre plus tard plus de hauteur. Une ligne floue qui a désemparé à droite. A la différence d'un Alain Juppé qui s'est montré constant.

Alors certes, la droite et le centre sont dans la situation de pouvoir présider environ cinq régions après dimanche prochain. Mais des victoires FN éclipseront ce résultat. D'où cette tentation de plusieurs ténors de LR d'en tenir responsable Nicolas Sarkozy, accusé de faire des clins d'œil un peu trop appuyés à l'électorat FN... On retrouve là toute la prochaine problématique de la primaire. Alain Juppé espère l'emporter en s'appuyant sur les voix centristes, alors que Nicolas Sarkozy se positionne plus à droite, flattant davantage le noyau dur de l'électorat LR.

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Marine Le Pen peut déjà triompher, avant même les résultats définitifs de dimanche prochain. Quoi qu'il advienne, toute la vie politique dans les prochain mois va tourner autour du Front National qui, par ses scores, est devenu le sujet incontournable. A défaut, peut-être, de victoire dans les urnes, elle aura remporté la victoire des cerveaux.

Jean-Christophe Chanut

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