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Régionales 2015 : quand les attentats font le jeu du Front National

Jean-Christophe Chanut

Publié le 04 décembre 2015 à 13:00 - Mis à jour le 04 décembre 2015 à 13:06

Le Quotidien Numérique

18 juillet 2026

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Dernier scrutin avant 2017, les élections régionales s'annoncent favorables au parti de Marine Le Pen, qui pourrait l'emporter dans au moins deux des treize régions métropolitaines : le Nord-Pas-de-Calais-Picardie et Paca. Le traumatisme post-attentats du 13 novembre et le climat sécuritaire actuel jouant en sa faveur. De quoi amplifier la tendance au tripartisme qui pèsera sur l'élection présidentielle.

Moins d'un mois après les sanglants attentats du 13 novembre à Paris, les Français sont appelés aux urnes les 6 et 13 décembre pour le dernier scrutin avant 2017. Et ce alors que le pays est en état d'urgence jusqu'à la fin de février 2016.

Le maintien du scrutin régional, preuve que la France demeure un État de droit, pose la question de l'effet des événements parisiens sur le déroulement du vote. Le taux de participation - que l'on situait déjà à un niveau peu élevé - va-t-il en pâtir, les Français, notamment ceux des grandes agglomérations, ne voulant prendre aucun risque en se rendant dans les lieux publics ? Ou, au contraire va-t-on assister à un réveil citoyen que laisse entrevoir la mobilisation autour du drapeau national ? En 2010, lors du précédent scrutin régional, la participation n'avait été que de 46,33 % au premier tour et de 51,22 % au second. L'abstention a aussi été très forte lors des élections départementales de mars dernier, où un Français sur deux ne s'était pas déplacé au second tour.

Ces odieux attentats auront-ils aussi une influence sur les intentions de vote ? Un réflexe sécuritaire et la tentation du repli sur soi vont-ils doper les intentions en faveur du vote Front national ? C'est ce que laissent apparaître les derniers sondages post-attentats, qui montrent une forte poussée des listes frontistes avec une progression quasi générale de deux ou trois points, voire localement de 5 points.

Le FN remporterait au moins deux régions

Le parti de Marine Le Pen a manifestement le vent en poupe. Il faut dire aussi que les dernières très mauvaises statistiques sur le chômage en octobre (42 000 chômeurs supplémentaires), publiées le 27 novembre, n'ont pas arrangé les affaires de la majorité socialiste au pouvoir. Le sondage BVA pour la presse régionale, publié dimanche 29 novembre, montre en effet que les listes FN sont à la hausse partout et atteignent des niveaux inédits dans certains territoires. À noter que cette progression se fait plus généralement au détriment du parti Les Républicains et de ses alliés. Il y a des régions où le résultat du second tour demeure même totalement incertain à ce stade. Ainsi, en Normandie, la liste FN emmenée par Nicolas Bay est créditée de 33 % des intentions de vote dimanche 13 décembre, en progression de 3 points. Elle ferait jeu égal avec la liste Les Républicains, UDI, MoDem, pilotée par Hervé Morin, et ne se trouverait qu'à 1 point (34 %) de celle du PS et de ses alliés, conduite par Nicolas Mayer-Rossignol. Qui aurait imaginé cela, il y a encore quelques semaines ?

Toujours selon BVA, en Bourgogne-Franche-Comté, la liste FN virerait en tête au soir du premier tour avec 32 % des voix (en progression de... 6 points), devant celle du parti Les Républicains et ses alliés (27 %) et celle du PS (20 %). Mais c'est au second tour que le résultat pourrait être le plus spectaculaire. En effet, le FN est crédité de 35 % des suffrages, soit un bond de 5 points, au même niveau que la liste Les Républicains (qui perd 1 point), alors que la liste soutenue par le PS régresse à 30 %... perdant 4 points. Même dans des régions comme Les Pays de la Loire ou Aquitaine-Limousin-Poitou-Charentes, le FN fait un bond significatif.

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La "nationalisation" du scrutin

Dans ce contexte, les électeurs socialistes tentés par l'abstention vont-ils, in fine, se déplacer pour faire corps derrière le président ? Pour les Français, selon les derniers sondages, François Hollande, en tout cas, « fait le job » face à la menace terroriste. Sa cote de popularité, selon le baromètre Ipsos/Le Point publié le 23 novembre, a bondi de 17 points après les attentats pour atteindre 41 % d'opinions favorables... du jamais vu depuis trois ans. Et selon le sondage BVA pour la presse régionale, 62 % des Français se déclarent maintenant intéressés par le scrutin régional, soit un bond de 6 points depuis les attentats du 13 novembre.

Bien entendu, il faudra attendre le soir du 6 décembre pour dégager une véritable tendance. Mais il est indéniable que les attentats de Paris ont déjà eu un premier effet, celui de renationaliser le scrutin. Jusqu'aux annonces du président, le 13 novembre au soir, les enjeux territoriaux étaient au coeur de la campagne. On parlait lycées, TER, routes, etc. Et, du côté socialiste, on faisait tout pour que la politique gouvernementale - malmenée dans les sondages - ne vienne pas interférer. Comme si les « barons » locaux du PS voulaient chasser le plus loin possible la « politique parisienne ».

Depuis, c'est le retournement. Maintenant, plus aucun parti ne fait l'impasse sur la politique nationale post-attentats. Le Front national, en pleine dynamique, ironise sur le virage sécuritaire du président de la République qui, dans le cadre de l'état d'urgence, facilite les perquisitions et les assignations à domicile et évoque la possibilité de destituer certains « radicaux » de la nationalité française... Autant de mesures préconisées de longue date par le parti de Marine Le Pen. « Les Républicains », eux, pratiquent le grand écart, en voulant respecter le climat d'unité nationale tout en combattant la politique économique et sociale du gouvernement. Quant aux socialistes, ils se retrouvent unis derrière leur président. On n'entend plus les frondeurs...

Alors, dans ce contexte très particulier, quels peuvent être les scénarios pour ces élections régionales de décembre 2015 ? Nouvelle Bérézina socialiste ? La majorité sauve les meubles en conservant quatre ou cinq présidences de régions ? Percée du FN qui parvient à conquérir une, deux, voire trois régions, ce qui gâcherait la fête de l'UDI et du parti Les Républicains ?

Les différents scénarios possibles

Première hypothèse. Le Front national l'emporte dans deux, voire trois régions : Nord-Pas-de-Calais-Picardie, dont Marine Le Pen devient présidente ; Provence-Alpes-Côte d'Azur, avec à sa tête Marion Maréchal-Le Pen. Et, surprise possible, Florian Philippot, vice-président du FN, conquiert l'Alsace-Champagne-Ardenne-Lorraine. Et même, pourquoi pas, le FN pourrait aussi gagner la Normandie et/ou la Bourgogne-Franche-Comté.

Le PS, pour sa part, conserverait dans son escarcelle Midi-Pyrénées-Languedoc-Roussillon, Aquitaine-Limousin-Poitou-Charentes et la Bretagne. De leur côté, les listes UDI- Les Républicains (LR) arriveraient gagnantes dans cinq à sept régions, dont probablement l'Île-de-France. Mais cette victoire serait éclipsée par les trois (voire plus) conquêtes du FN.

Ce scénario est plausible. De fait, en Alsace-Champagne-Ardenne-Lorraine, d'après un sondage Odoxa/Le Parisien/ BFM TV, la liste de Florian Philippot (FN) talonne au second tour la liste UDI-LR menée par l'actuel président de la région Alsace, Philippe Richert. Mais d'autres sondages placent même la liste Philippot en tête, ce qui donne des ailes au FN, qui se verrait gagner trois régions, voire plus... Dans le Nord-Pas-de-Calais-Picardie, un fait est significatif : même si la liste PS, menée par Pierre de Saintignon, se retire au soir du premier tour - le sujet est toujours sur la table - afin de laisser le champ libre pour faire barrage au FN à la liste UDI-LR menée par Xavier Bertrand, l'opération n'est pas sûre de réussir. Selon plusieurs sondages successifs, même dans ce cas de figure, Marine Le Pen l'emporterait. Ainsi, selon le sondage BVA publié dimanche 29 novembre, la liste de Marine Le Pen l'emporterait avec 52 % des voix face à la liste présentée par Xavier Bertrand (48 %).

L'électorat de gauche sauvera-t-il sa majorité ?

Avec les victoires du FN, l'émotion sera évidemment grande en France et en Europe. Nettement plus que lors de l'élection de Jörg Haider au poste de gouverneur de Carinthie (Autriche). Le FN revendiquera de nouveau le titre de premier parti de France et exigera l'introduction de la proportionnelle pour le prochain scrutin législatif, normalement prévu en 2017 dans la foulée de la présidentielle. Il faut également s'attendre à du rififi au sein du PS où la panique va se répandre dans les rangs. La politique menée par le duo Valls-Hollande va de nouveau être dans le collimateur... Sauf si la reprise économique s'affirme et le chômage, enfin, commence une décrue régulière.

Deuxième hypothèse. Le traumatisme des attentats pousse l'électorat de gauche, pourtant désabusé, à se mobiliser lors du scrutin régional. Résultat, outre les trois régions citées dans la première hypothèse, le PS conserve également la région la plus riche et la plus peuplée : l'Île-de-France. Et ce contre toute attente, alors que les sondages mettaient régulièrement la liste de Valérie Pécresse (UDI-MoDem-LR) 3, 4 voire 5 points devant celle de Claude Bartolone (PS). Dans ce cas, même si le FN prend deux régions ou plus, le PS pourra jouer sur cet « effet d'optique ». Un peu comme en 2001, sous Lionel Jospin, quand la gauche avait perdu de très nombreuses villes aux élections municipales mais avait conquis Paris, Lyon et Toulouse. Si la gauche conserve quatre régions, dont la régioncapitale, les succès de la droite républicaine (qui pourrait se retrouver à la tête de sept régions tout de même) seront minorés.

Troisième hypothèse. Sorte de miracle pour la majorité en place, la gauche fait plus que sauver les meubles en gardant cinq régions : Auvergne-Rhône-Alpes restant finalement dans son giron, voire la Normandie à la faveur d'une triangulaire avec le FN. Hypothèse qu'il ne faut pas écarter, la liste PS en Auvergne-Rhône-Alpes, menée par Jean-Jacques Queyranne, fait jeu égal avec celle LR-UDI, emmenée par un Laurent Wauquiez dont certaines positions - ouverture d'un centre d'internement pour les personnes faisant l'objet d'une fiche « S », notamment - effraient une partie de l'électorat centriste.

Les effet collatéraux des scores du FN

Avec cinq régions « sauvées » sur treize, le PS pourrait entonner le refrain de la « reconquête en marche ». Il pourra arguer d'un résultat nettement plus satisfaisant que lors des scrutins municipaux et départementaux. Et ce alors que les élections régionales auront été la dernière consultation avant la présidentielle de 2017. Si, en plus, le chômage baissait en 2016, alors tout resterait encore ouvert... C'est du moins le scénario rêvé par le parti socialiste.

Reste que ces élections régionales millésime 2015 se singularisent déjà par rapport aux scrutins antérieurs. Cette année, toujours si l'on en croit les sondages, ce sera la première fois que les listes du Front national pourront se maintenir dans toutes les régions au second tour en obtenant au moins 10 % des suffrages. En 2010, faute d'avoir obtenu ce score, le parti de Marine Le Pen n'avait pas pu concourir en Bretagne, Pays de la Loire, Aquitaine, Midi-Pyrénées, Limousin, Poitou-Charentes, Auvergne et Île-de-France. Marine Le Pen pourra se targuer d'avoir singulièrement élargi le socle électoral du FN.

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C'est tout l'enjeu de ce dernier rendez-vous électoral avant le choc de la présidentielle de 2017. Le score du FN à ces régionales 2015, dans un climat de République sécuritaire, aura des effets collatéraux très sensibles, non seulement sur l'élection présidentielle, avec trois partis, au lieu de deux en passe de l'emporter, mais aussi sur le positionnement des différents candidats à la primaire de droite de l'automne 2016, prochain rendez-vous politique d'importance avant l'élection présidentielle de 2017...

Jean-Christophe Chanut

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