Faut-il un chef d'entreprise à Bercy ?

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Thierry Breton fut ministre de l'Economie et des Finances de 2005 à 2007.
Thierry Breton fut ministre de l'Economie et des Finances de 2005 à 2007. (Crédits : DR)
Après Francis Mer et Thierry Breton, un chef d'entreprise devrait-il succéder à Emmanuel Macron au poste de ministre de l'Economie ? Les dirigeants d'entreprises intermédiaires souhaitent en effet que ce soit un chef d'entreprise qui prenne en main le ministère de l'Economie.

Emmanuel Macron est-il « has been » ? Faut-il le remplacer par Jacques-Antoine Granjon, le fondateur de Vente-privée, Jean-David Chamborédon, le président exécutif du fonds d'investissement ISAI ou Xavier Niel, le créateur de Free ?

On pourrait le penser, à la lecture des résultats du 50ème Observatoire Banque Palatine des PME-ETI réalisé par Opinion Way.

En effet, 83% des dirigeants interrogés estiment que le critère le plus important pour devenir ministre de l'Economie est d'avoir une expérience préalable en tant que dirigeant d'entreprise. Il est également nécessaire pour eux qu'il ait une formation d'économiste (49 %) et qu'il bénéficie d'une expérience à l'international (40 %).

" La connaissance du fonctionnement de l'État et le fait d'avoir été un élu apparaissent moins comme des priorités aux yeux des dirigeants (18 % et 5 %) ", précise le baromètre. L'Ecole nationale d'administration (ENA) souvent couplée à l'Inspection générale des Finances, l'Ecole polytechnique ou Sciences Po ne seraient donc d'aucune utilité à leurs yeux si leurs enseignements ne sont pas accompagnés d'une confrontation avec la réalité de terrain ?

Francis Mer, l'expérience délicate

Comment interpréter ces résultats ? Les ministres issus de la société civile et en particulier du monde de l'entreprise ont-ils laissé des empreintes si indélébiles ? Leurs passages à Bercy, et auparavant au palais du Louvre, dans l'aile Richelieu, ont-ils été couronnés de succès ? L'immersion dans le monde feutré de l'administration française est parfois délicate. L'industriel Francis Mer n'a pas véritablement su imposer son style direct, voire brutal, heurtant les esprits policés. Son bilan n'est pas famélique mais presque. Il a lancé la privatisation de France Telecom, créé une nouvelle autorité des marchés financiers et abaissé l'impôt de solidarité sur la fortune (ISF). C'est peut-être pour cette initiative qu'il a laissé un si bon souvenir aux chefs d'entreprise.

Dette publique : et Thierry Breton sonna le tocsin

A peine plus rond, Thierry Breton, un temps président de France Telecom, a eu le mérite, après la publication du rapport Pébereau, d'ancrer dans les esprits la nécessité d'agir pour réduire la dette publique. Comme aurait pu le faire un entrepreneur qui se serait alarmer du surendettement de son entreprise. Il fut ministre de 2005 à 2007.

Avant eux, d'autres chefs d'entreprises ont également dirigé les ministères " économiques ". Citons l'énarque Roger Fauroux qui présida le groupe Saint-Gobain et qui fut ministre de l'Industrie entre 1988 et 1991, période pendant laquelle il tenta de faire de la défense du made in France et de l'environnement des priorités gouvernementales.

Roger Monory, Antoine Pinay, Georges Humann...

PDG de la régie Renault de 1955 à 1975, Pierre Dreyfus fut pendant un an le ministre de l'industrie de Pierre Mauroy, de 1981 à 1982.

Le passage dans le gouvernement du garagiste René Monory fut un peu plus long. Après avoir dirigé une concession automobile à Loudun, il  fut nommé ministre de l'industrie par Valery Giscard d'Estaing, poste qu'il occupa de 1977 à 1978 avant de prendre les commandes du ministère de l'Economie et des Finances de 1978 et 1981. Son principal fait d'armes ? Il fut à l'initiative de la loi du 13 juillet 1978 sur l'orientation de l'épargne et le financement des entreprises qui prévoyait l'exonération fiscale de l'épargne investie en actions par des particuliers.

Antoine Pinay dirigea la tannerie de son beau-père à Saint-Chamond avant de se faire élire député puis sénateur avant la seconde guerre mondiale. Il fut le ministre des Finances de Charles de Gaulle de 1958 et 1960. Il fut, avec l'économiste Jacques Rueff, le créateur du nouveau franc en 1960.

D'autres entrepreneurs, nombreux, ont occupé la fonction. Mais qui se souvient du banquier Joseph-Dominique Louis, convaincu des vertus de l'endettement public qui eu la particularité d'être nommé ministre des Finances du Danemark - pays où il émigra lors de la Révolution française - poste qu'il n'occupa pas, et en France où il occupa cinq fois la fonction à intervalles réguliers de 1814 à 1832.

Qui a encore à l'esprit l'épicier puis négociant strasbourgeois Georges Humann qui, sous la Monarchie de Juillet, fut trois ministre des Finances de 1828 à 1842, fervent adorateur de l'équilibre budgétaire. " L'abus de l'impôt tue le présent, l'abus du crédit dévore l'avenir » déclara-t-il un jour. Les chefs entreprises actuels auraient probablement été séduits par le personnage.

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Commentaires
a écrit le 19/10/2015 à 12:38 :
Pourtant les grands groupes ne s'y trompent pas et c'est L'ENA qui a fourni le plus de dirigeants d'entreprises du CAC 40.

On a donc d'un côté des hauts fonctionnaires qui sont courtisés par les grandes entreprises et de l'autre des entrepreneurs qui rêvent d'asservir l'économie à leurs intérêts en mettant un moins compétent mais à leur service à la tête de l'Etat.
a écrit le 18/10/2015 à 23:44 :
Il faut pondérer les droits de vote en fonction des catégories sociales : un chef d entreprise aurait par exemple 20 droits de vote, un notaire 10 droits de vote , un médecin 5 droits de vote, une infirmière ou un professeur 2 droits de vote, un employé ou un ouvrier, 1 droit de vote. Les fonctionnaires et les chaumeurs seraient privés de droit de vote. La société fonctionnerait beaucoup mieux .
a écrit le 18/10/2015 à 20:02 :
Il faut séparer la gestion opérationnelle de la régulation comme l'ont fait les suédois dans les années 90. Ce faisant, bien sûr qu'un chef d'entreprise serait sans doute plus efficace qu'un politique pour gérer un opérateur public. Par contre la régulation c'est de la politique et la politique c'est clairement un autre métier.
Réponse de le 19/10/2015 à 5:02 :
c'est quoi la régulation : être payé à vie pour creer du chômage ?
a écrit le 18/10/2015 à 18:09 :
Inutile

Les cultures de la fonction publique et d'un chef d'entreprise ne sont pas compatibles.

Pour avoir un ministère des finances et un budget efficace il faudrait des textes simples et évalués sur leur efficacité?
C'est donc au parlement et aux rédacteurs des décrets que cela ce joue.

La simple chose donc Bercy à besoin c'est de moderniser ses outils et d'une bonne gestion RH.
a écrit le 18/10/2015 à 17:40 :
Il est deja bien trop tard. L'augmentation du chomage est et sera proportionnelle à l'augmentation de la productivité liée à la technologie. J'ai une tpe de 3 personnes et je fais le CA d'une boite de 30 personnes. Personne ne veut ouvrir les yeux et nous allons hurter un mur avec une violence inouie. Il faut réfléchir et trouver des solutions qui n'existent pas pour l'instant, nulle part. Et cela ne se fera pas avec les profils formatés que nous sortons de nos grandes écoles.
Réponse de le 19/10/2015 à 5:06 :
vrai en partie : il est bien trop tard : mais le chômage est surtout proportionnel à la demande des gens de sécurité : il faudra savoir si on veut le travail ou la sécurité : les politiques et les fonctionnaires détruisent les entreprises avec délectation !!!!! il va falloir un gouvernement avec une poigne de fer qui ne voit que l'intérêt public, et ça, c'est pas gagné !!!! tant ils sont obnubilés par leurs avantages à quelque niveaux que ce soit !!!
Réponse de le 19/10/2015 à 7:11 :
En gestionnaire avisé, vous devriez plutôt gérer votre entreprise sur la base de la marge que du CA sinon effectivement vous irez droit dans le mur.
Réponse de le 19/10/2015 à 9:51 :
Quoiqu on veuille bien dire, il faudra toujours des gens qui travaillent de leurs mains......quand votre plombier vous facturera 1000 euros de l heure, vous allez faire la grimace........le tout technologie a aussi ses limites....vous le vendrez a qui votre produit si les gens ne gagnent plus leur vie par leur travail..........parceque de toute manière......à la fin, il y a toujours besoin d un consommateur qui achète.........6 millions de chômeurs qui gagneraient 20 points euros par ans réinjecteraient.....120 milliards dans le pib chaque année
Réponse de le 20/10/2015 à 16:30 :
@Eric
C'est bien la le problème. Je fais 80% de marge net. La "productivité" dans les technologies pulvérisent les ratios habituels...
@Curieux87
Entièrement d'accord. Seule une redistribution intelligente d'une telle concentration indécente de valeur est envisageable à long terme. Seulement, vous imaginez bien qu'il va me falloir une sacrée bonne raison pour faire le premier pas dans ce sens. :) Pour le moment, les gens succeptibles d'acheter mon produit font partis des 7 milliards d'ahbitants et pas seulement des 60 millions. Vous comprenez le problème?
a écrit le 18/10/2015 à 15:48 :
Il faudrait surtout regrouper dans un même ministère le travail, le capital et l'énergie. C'était la proposition de Nicolas Hulot.
a écrit le 18/10/2015 à 15:38 :
Je propose ma coiffeuse!
Réponse de le 19/10/2015 à 5:08 :
elle ne serait sûrement pas plus pourrie que Sapin
a écrit le 18/10/2015 à 14:52 :
Macron est très talentueux, c'est probablement le meilleur des ministres, s'il advenait qu'il quitte Bercy, il devrait passer aux Affaires Sociales, ou à Matignon... si ce n'est même à l'Elysée.
a écrit le 18/10/2015 à 14:48 :
Haro sur le baudet qui commence à déranger.
J'espère qu'il sera là après les élections régionales pour sortir des mots choisis.
Manu non élu mais hurluberlu bienvenu.

A noter que ce n'est pas toujours le ministre le plus important, c'est le cabinet qui le conseille... et le pouvoir qui le contre
a écrit le 18/10/2015 à 12:26 :
Un chef d'entreprise: bonne idée....
Mais pas un haut fonctionnaire qui dirige une multinationale du CAC 40 !
Non : il faut quelqu'un qui ait VRAIMENT mis les mains dans le cambouis, à l'image de Monory et de Pinay !
La problématique des très grandes entreprises est la même que celle des banquets ce n'est pas le cas des TPE.
Dans les TPE, les 35h ne sont pas un sujet, parce que les 35h (heures supplémentaires au dessus) sont intégrées...
Par contre, un contrat de travail à durée non déterminée dont on pourrait mettre fin moyennant indemnités proportionnelles à l'ancienneté, ça, ça donnerait de la souplesse et permettrait d'embaucher ! ET une simplification du code du travail, aussi
Réponse de le 18/10/2015 à 14:55 :
Ce pourrait être Pierre Gattaz, qui dirige une très belle PME industrielle, Radiall, qui affronte avec succès la concurrence mondiale dans le secteur des composants électronique. Quelqu'un de très compétent et très efficace.
a écrit le 18/10/2015 à 12:16 :
...un peu de clarté, de transparence dans les recettes et les dépenses....!
Que fait on de chaque euro d'impôt que je verse...!Pb: je n'en sais rien!!!!!
a écrit le 18/10/2015 à 12:08 :
Il faut surtout supprimer au moins un million de postes de fonctionnaires et réduire gravement les impôts sur le capital. Comme ceci n'arrivera pas avant l'effondrement de l'état, je dis bye bye la France ! La vie est trop courte pour la gâcher dans ce pays...qui ne respecte pas le travail et les efforts de ceux qui veulent construire quelque chose. Le cycle socialiste français arrive à sa fin mais il ne restera que des ruines de cet ex grand pays.
Réponse de le 18/10/2015 à 15:36 :
Votre million de fonctionnaires en moins vous les remplacez par des salariés, ou vous supprimez purement et simplement les missions?
Réponse de le 19/10/2015 à 5:11 :
il faut supprimer les 6 millions de fonctionnaires et les faire gérer par le privé avec comme seul et unique objectif de créer des emplois !!!
Réponse de le 19/10/2015 à 12:31 :
Bertrand je crois que vous avez une culture économique proche de 0.

Primo il n'y a pas 6 millions de fonctionnaires.

Secundo, le travail réalisé par un foonctionaire n'est pas gratuit. Vous n'allez pas demander à des policiers, aux militaires, aux juges, aux médecins des hôpitaux, aux enseignants, aux contrôleurs... de travailler gratuitement.

Il faudra donc soit les salarier, soit passer par des contrats avec des entreprises pour réaliser ces missions.

Dans le premier cas sachant qu'un cadre A touche à compétence égale 10 à 20% de moins que dans le privé, on peut en déduire en déduire que la sécurité de l'emploi et des horaires de travail souvent moindre dans le public sont compensées par ces salaires bas.

Mais attention, l'éducation nationale n'arrive plus à recruter, car demander un master pour aller travailler en banlieue pour 1500 euros par mois, ça ne fait pas rêver! Il existe un marché du travail auquel l'Etat ne peut se soustraire!


Deuxième solution, le recours à des entreprises, et bien sachez qu'elles ont des salariés qu'elles doivent payer et comme je vous l'ai écrit plus haut souvent plus que des fonctionnaires (cadres A). De plus les entreprises ne travaillent pas pour la gloire elle ont donc des impératifs de profitabilité qui alourdissent les factures.

Au final, il faudra payer des factures qui risquent d'être plus élevées.

Vos solutions sont donc absurdes et je pèse mes mots.

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