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ÉconomieFrance

Faut-il un chef d'entreprise à Bercy ?

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Fabien Piliu

Publié le 18 octobre 2015 à 08:00

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Après Francis Mer et Thierry Breton, un chef d'entreprise devrait-il succéder à Emmanuel Macron au poste de ministre de l'Economie ? Les dirigeants d'entreprises intermédiaires souhaitent en effet que ce soit un chef d'entreprise qui prenne en main le ministère de l'Economie.

Emmanuel Macron est-il « has been » ? Faut-il le remplacer par Jacques-Antoine Granjon, le fondateur de Vente-privée, Jean-David Chamborédon, le président exécutif du fonds d'investissement ISAI ou Xavier Niel, le créateur de Free ?

On pourrait le penser, à la lecture des résultats du 50ème Observatoire Banque Palatine des PME-ETI réalisé par Opinion Way.

En effet, 83% des dirigeants interrogés estiment que le critère le plus important pour devenir ministre de l'Economie est d'avoir une expérience préalable en tant que dirigeant d'entreprise. Il est également nécessaire pour eux qu'il ait une formation d'économiste (49 %) et qu'il bénéficie d'une expérience à l'international (40 %).

" La connaissance du fonctionnement de l'État et le fait d'avoir été un élu apparaissent moins comme des priorités aux yeux des dirigeants (18 % et 5 %) ", précise le baromètre. L'Ecole nationale d'administration (ENA) souvent couplée à l'Inspection générale des Finances, l'Ecole polytechnique ou Sciences Po ne seraient donc d'aucune utilité à leurs yeux si leurs enseignements ne sont pas accompagnés d'une confrontation avec la réalité de terrain ?

Francis Mer, l'expérience délicate

Comment interpréter ces résultats ? Les ministres issus de la société civile et en particulier du monde de l'entreprise ont-ils laissé des empreintes si indélébiles ? Leurs passages à Bercy, et auparavant au palais du Louvre, dans l'aile Richelieu, ont-ils été couronnés de succès ? L'immersion dans le monde feutré de l'administration française est parfois délicate. L'industriel Francis Mer n'a pas véritablement su imposer son style direct, voire brutal, heurtant les esprits policés. Son bilan n'est pas famélique mais presque. Il a lancé la privatisation de France Telecom, créé une nouvelle autorité des marchés financiers et abaissé l'impôt de solidarité sur la fortune (ISF). C'est peut-être pour cette initiative qu'il a laissé un si bon souvenir aux chefs d'entreprise.

Dette publique : et Thierry Breton sonna le tocsin

A peine plus rond, Thierry Breton, un temps président de France Telecom, a eu le mérite, après la publication du rapport Pébereau, d'ancrer dans les esprits la nécessité d'agir pour réduire la dette publique. Comme aurait pu le faire un entrepreneur qui se serait alarmer du surendettement de son entreprise. Il fut ministre de 2005 à 2007.

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Avant eux, d'autres chefs d'entreprises ont également dirigé les ministères " économiques ". Citons l'énarque Roger Fauroux qui présida le groupe Saint-Gobain et qui fut ministre de l'Industrie entre 1988 et 1991, période pendant laquelle il tenta de faire de la défense du made in France et de l'environnement des priorités gouvernementales.

Roger Monory, Antoine Pinay, Georges Humann...

PDG de la régie Renault de 1955 à 1975, Pierre Dreyfus fut pendant un an le ministre de l'industrie de Pierre Mauroy, de 1981 à 1982.

Le passage dans le gouvernement du garagiste René Monory fut un peu plus long. Après avoir dirigé une concession automobile à Loudun, il  fut nommé ministre de l'industrie par Valery Giscard d'Estaing, poste qu'il occupa de 1977 à 1978 avant de prendre les commandes du ministère de l'Economie et des Finances de 1978 et 1981. Son principal fait d'armes ? Il fut à l'initiative de la loi du 13 juillet 1978 sur l'orientation de l'épargne et le financement des entreprises qui prévoyait l'exonération fiscale de l'épargne investie en actions par des particuliers.

Antoine Pinay dirigea la tannerie de son beau-père à Saint-Chamond avant de se faire élire député puis sénateur avant la seconde guerre mondiale. Il fut le ministre des Finances de Charles de Gaulle de 1958 et 1960. Il fut, avec l'économiste Jacques Rueff, le créateur du nouveau franc en 1960.

D'autres entrepreneurs, nombreux, ont occupé la fonction. Mais qui se souvient du banquier Joseph-Dominique Louis, convaincu des vertus de l'endettement public qui eu la particularité d'être nommé ministre des Finances du Danemark - pays où il émigra lors de la Révolution française - poste qu'il n'occupa pas, et en France où il occupa cinq fois la fonction à intervalles réguliers de 1814 à 1832.

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Qui a encore à l'esprit l'épicier puis négociant strasbourgeois Georges Humann qui, sous la Monarchie de Juillet, fut trois ministre des Finances de 1828 à 1842, fervent adorateur de l'équilibre budgétaire. " L'abus de l'impôt tue le présent, l'abus du crédit dévore l'avenir » déclara-t-il un jour. Les chefs entreprises actuels auraient probablement été séduits par le personnage.

Fabien Piliu

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